‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 32 sur 39 · LOUISE DE LA VALLIËUE · texte numérisé non relu

LOUISE DE LA VALLIËUE

Elle voit maintenant d'un œil que rien n'abuse

Un présent qui l'éclairé, un passé qui l'accuse,

Un avenir douteux qui lui peut échapper,

Et c'est cet avenir, si prompt à nous tromper.

Qui va seul désormais occuper sa pensée.

Elle fuit cette cour dont elle est délaissée.

Pour elle, dans Paris, un réduit ignoré

Par de fldèles mains est déjà préparé.

C'est là que La Vallièrc ira cacher ses larmes ,

Chercher contre ses maux un appui dans les cieux ,

Et , sous un autre nom , voiler à tous les yeux

Le triste éclat d'un nom trop fameux par ses charmes.

Elle s'empare donc de cet humble réduit ; Puisse-t-elle y trouver un repos qui la fuit ! Elle ne l'attend plus d'un monde qu'elle quitte ; Elle l'attend du ciel , qui la doit secourir Des doiUeurs qu'elle souffre et qu'elle veut souffrir, Des évangiles saints que sa ferveur médite. Mais elle y trouve en vain ces mots du doux Jésus , Disant à la coupable : « AUez , ne péchez plus ; « Rien n'adoucit encor sa cruelle souffrance. Rien ne lui rend la paix ni môme l'espérance ; Tant sa faute est présente à son esprit troublé ! Mais au Dieu qui voit tout ses larmes ont parlé. Ce Dieu l'appelle enfin. Dans cette âme trop tendre Du pontife de Meaux la voix s'est fait entendre. La pénitence en deuil courbe au pied des autels

Ce front dont l'éclat pur enchantait les mortels. Elle apprend h goûter, en des tourments qu'elle aime, L'oubli des rois , des cours, du monde et de soi-même ; Et si , quand le ciel s'ouvre à ses pieux transports, Quelque reste d'amour se mêle à ses remords , Voici qu'un autre amour plus fécond en prodiges , De ses feux mal éteints détruit jusqu'aux vestiges, Brise les vieux liens , change tout à son gré , Et ne laisse après lui dans ce cœur déchiré Que l'image d'un Dieu, plus grand, plus équitable. Mais plus jaloux cent fois, cent fois plus redoutable Que le Dieu d'un moment qu'elle avait adoré.

Oh ! qu'à ses yeux alors s'embellit sa retraite !

Jeux, spectacles, concerts, pompesdcs cours, vains bruits,

Qui du nom de plaisirs déguisez vos ennuis.

Non , vous n'avez plus rien que sa ferveur regrette !

Tous ses jours sont remplis , tous ses instants comptés ;

Jamais lorsqu'à sa voix les arts , les voluptés

S'empressaient d'animer les royales demeures.

Le temps d'un vol si prompt n'avait franchi les heures.

Le malade , privé des soins qui font guérir,

Au chevet de son lit la voyait accourir.

L'orphelin sans appui, la veuve infortunée,

Par un ingrat surtout la fille abandonnée.

Tons, sans savoir son nom , recueillaient ses bienfaits ,

El jamais nul d'entre eux n'eût mécomui ses traits.

(j'élait là ses ijlaisirs. l'\m sou\ent la prière

Page 1