PROMENADE D'AUTOMNE
\U BOIS d'autel.
Il est donc vrai ! Flore, an piintemps , M'avait fait de vaines promesses !
J'ai vu ses trompeuses lai-gesses Devenir le jouet des vents.
Mes pommiers, pour toutes parures, N'offrent qu'un fruit pâle et taché, Qui dans son sein garde caché L'insecte aux secrètes morsures.
Ah ! sans moi, qu'on porte au fruitier Ce tribut d'une avare automne ; Que mon petit clos me pardonne Si je le quitte un jour entier.
Un riche pays m'environne : Ailleurs, ix)ur me dédommager.
Je puis voir quelque autre verger Plus favorisé de Pomone.
Parlons : dans un recoin du bois, Où l'œil s'étend de ina fenêtre , Allons rêver sous le vieux hêtre Que j'ai visité tant de fois.
Plus d'un jeune couple, je gage, Se rendant au prochain hameau , Eut un abri durant l'orage Sous l'épaisseur de son rameau.
IMoi , j'y viens chercher du silence, Un air pur en toute saison , Et , sous son dais qui se balance , Un siège du plus doux gazon.
Marchons, j'ai besoin d'air, d'espace; Tout est prêt : j'ai mon feutre gris , Voilà mon vieux bâton , j'ai pri»
Mon livre, mou lidéle Horace |
Lui qui m'enseigne sans effort A souffrir les méfaits des hommes , Les maux du temps , les coups du soit , El le ver (pii mange mes poumies.
POf:-TKS DIVERSES. 315
Les chars roulant vers les châteaux Sur ce chemin n'abondent guère ; Le vent , ou le pas des troupeaux , Y fait seul lever la poussière ;
Et cependant tout est tableau Pour le rêveur qui s'y promène ; Quelque incident toujours nouveau Vient à ses yeux changer la scène.
Là , le chasseur à l'œil félon , Pour frapper de plus près la grive , Franchit ce ruisseau , dont l'eau vive Court désaltérer le vallon.
Plus haut , dans ces grasses pâtures , J'aime à voir ces chiens vigilants , Ce bélier, ces moutons bêlants , Et leurs dos aux molles fourrures.
;Mais, vers le bois plus nous montons , Plus la feuillée offre un mélange De riches couleurs , d'heureux tons , Du vert-pâle jusqu'à l'orange.
Quelle caravane d'oiseaux Sur ma tête fend le nuage !
N'entonds-jo pas sous ces l)crccaii\ , Le chaul des fUlcs du villasc ?. . .
JNon , c'est la voix de réinondeur.
Que vois-je !... II est au pied du lièlre Dont la voûte , sous sa rondeur, Abrite mon siège champêtre.
La coignée , à coups redoublés ,
Ébranle sa tige superbe ;
Ses longs branchages mutilés
De toutes parts tombent sur l'herbe ;
Tout est en deuil ; le ramier fuit , Et l'écho qu'attriste l'automne , Répète le bruit monotone De l'acier tranchant qui détruit.
Faut-il que cette sombre image , En nous arrachant à nos jeux , Jette son voile nébuleux Sur le plus riant paysage ?
Ce bûcheron à cheveux blancs Qui sape l'arbre et qui le mine , N'est-il pas l'emblème du temps Qui nous frappe et nous déracine ?
Son cœur n'éprouve aucun combat En mutilant ces vertes cimes.
Il chante , en frappant ses victimes.
Sa tâche est d'abattre , il abat.
Qui sait ix)urtant si ce vieux hêtre Ne quitte jx)int avec regret Les jeux que son ombre couvrait Et l'heureux sol qui le vit naîft'e?
N 'importe, il faut subir son sort , Qu'on soit arbre ou roseau débile.
Le sien du moins fut d'être utile , Car il l'est même après sa mort.
Vienne l'hiver, et quelque pâtre, Dans les cités , dans les hameaux Viendra nous vendre ses rameaux Tout prêts à pétiller dans l'âtre.
Si décembre amenait jamais Son vieux tronc sous mon toit champêtre, Dans mon foyer j'éprouverais Quelque joie à le reconnaître.
Souvent son dôme piotecteur Du soleil m'épargna l'injure ,
Qu'il soit encor mon bienfaiteur En me sauvant de la froidure.
Peut-être sa dbùce chaleur , Jusqu'au cœur se faisant passage , IMe rendrait le penser rêveur Que j'ai goûté sous soli Ombrage.
J'attiserais, d'Un Soin jâibux , Les charbons , ardeiite lumière , Puis cendre chaude au feu plus doux , Puis à la fin froide poussière.
« Le dur vieillard qui t'a frappé (Dirais-je) à la faux meurtrière » N'a sans doute point échappé , » Et, comme toi, n'est que poussière.
» Au taillis qui se reproduit » Désormais il ne peut plus nuire. . . » Non ! mais le temps n'a pas détruit L'outil façonné pour détruire.
La coignée est en d'autres mains Au même emploi toujours fidèles ; Je l'entends par les grands chemins , Qui sape des tiges nouvelles,
Moi-mt'iiic , enfin , qui rêve ainsi , Avant le tronc de ce vieux hêtre, Avant ce bûcheron , peut-être Deviendrai-je poussière aussi.