‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 38 sur 39 · VOYAGE A CHAMBÉRY · texte numérisé non relu

VOYAGE A CHAMBÉRY

La nuit qui s'avançait vint nous détourner de ces rêveries , et nous forcer de chercher un asile. C'eût été déroger à notre qualité hien constatée d'aventuriers que d'aller passer la nuit à l'auberge. La lassitude, d'ailleurs, ne nous permettait guère d'aller prendre un gîte au Touvet , seul endroit où il y eût une hôtellerie. Nous fûmes forcés d'entrer à la première porte qui se trouva ouverte : c'était celle d'une chétive maison à quelques pas du village.

Une vieille femme nous y reçut sur notre bonne mine, et avec le ton de l'hospitaUté la plus franche. Après nous être donnés pour des voyageurs égarés , nous demandâmes un gîte et un souper ; on nous promit l'un et l'autre de la meilleure grâce du monde. Mais un vieux goutteux, qui se donna pour le curé du village, vint réclamer sa part du souper, et nous nous mîmes à table avec lui. Ce festin ressemblait assez à celui de Philémon et Baucis :

La table, oit l'on servit le champêtre repas, Fut d'ais non façonnés à l'aide du compas ; Encore assure-t-on , si l'histoire en est crue, Qu'en un de ses supports le temps l'arait rompue.

Quoi qu'il en soit, à tout autre qu'à un convalescent, ce souper eût paru délectable. On nous offrait de si bon cœur ! on était si fâché de n'avoir rien de meilleur ! L'appétit, la reconnaissance nous aiguillonnaient, et nous dévorâmes.

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