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lecteurs qu'an temps où il parut pour la pieinière fois. Peut-être même s'élonncra-t-on qu'un poème religieux ait ouvert a un écrivain les i»ortes de TAcadémie française. Ce fut cependant ce qui arriva au moment où les champs de bataille étaient le seul théâtre où s'agitât la politique ; et personne ne fut surpris, à la mort de Delille , de voir la seconde classe de rinstitut appeler M. Campenon a remplacer l'illustre poète dont elle déplorait la perte. Sans doute, ses titres littéraires étaient peu nombreux, mais ils n'en étaient pas moins réels; et souvent un tout petit volume a fait une grande renommée. M. Campenon, fidèle observateur des doctrines qui ont fait la gloire des lettres françaises, méritait par la pureté de son goût, par l'étendue de ses connaissances, non moins que par ses ouvrages, d'appartenir à notre premier corps littéraire. Mais c'était peu le connaître que de lui supposer la pensée de remplacer Delille, en lui succédant ^ et c'était mal le juger de croire que les événements de 1814, qui avaient ramené sur le trône les princes dont il avait déploré l'exil, lui feraient oublier, dans son discours de réception, les égards qu'où doit à la grandeur déchue, a la gloire
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malheureuse. M. Campenon ne caclia point sa joie du retour des Bourbons, mais aucune parole ne put lui être reprochée par les plus fanatiques partisans de Napoléon.
Nommé secrétaire de la chambre du roi , M. Campenon remplit peu de temps ces fonctions; et ce ne fut que plus tard que Louis XVIII l'admit, ainsi que M. Michaud, au nombre de ses lecteurs.
Déjà sa santé affaiblie ne lui permettait plus d'exercer les fonctions actives d'une place de chef de division à l'Université, qu'il devait îi l'amitié de M. de Fontanes. Il se livra alors a des travaux académiques et littérj^ires. Il fit partie de la commission du Dictionnaire, traduisit la continuation de l'Histoire de Hume par Smolett, ï Histoire d'Ecosse de Robertson , et les Odes et Satires d'Horace , et écrivit des Mémoires pleins d'intérêt sur Ducis, son plus ancien ami. Bientôt la pensée d'un nouveau poème Foccujia tout entier. Il entreprit de chanter la gloire et les malheurs du ïasse, de ce poète dont la vie semble elle-même 'un poème. Quelques chants achevés, d'autres seulement commencés, font bien vivement regretter que la maladie . qui a fini par conduire
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M. Campenon an loml)eaii, soit venue Tarr^Mer dans l'accomplissement de sa plus belle œuvre poétique. Combien nous déplorons qu'il n'ait pu terminer c<? monument qu'il élevait a la gloire d'un grand poète, et qui eût été celui de sa propre gloire!
C'est pour la première fois que les quatre premiers chants de ce poème sont livrés au public. Il y trouvera sans doute quelques vers que le poète n'eût pas manqué de supprimer ou de corriger avec la même sévérité dont cette nouvelle édition offre la preuve pour ses autres ouvrages-, mais il pardonnera aisément quelques négligences ou incorrections que nous avons dû respecter en faveur d'une foule de gracieuses images , de nobles pensées et de vers charmants dans lesquels le génie même du Tasse semble revivre. M. Campenon nous paraît avoir pris dans ce poème un vol plus hardi, plus élevé, que dans V Enfant Prodigue. Son vers est plus ferme, plus serré, et la pensée s'y renferme avec plus de concision. La peinture de la cour de Médicis et du cabinet de l'Hôpital , la fête chevaleresque où le Tasse chante des fragments de son poème, et la procession de la Fête-Dieu n'eussent point assu-
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n'iiiont ('lé désavouées par le chantre de la •lérusalem.
Quelques élégies pleines de sentiment et de j)oésie, que M. Canipenon écrivit dans ses dernières années, prouvent que son talent, sans rien perdre de sa grâce, avait acquis une force et une énergie nouvelles. Et la mort, longtemps annoncée, long-temps menaçante, la mort, qui semble jalouse de l'immortalité des poètes , n'a pas voulu que sa vieillesse eût un dernier triomphe. Elle a brisé sa plume sin- la page inachevée. Voila pour les amis des lettres de justes motifs de regrets : mais pour sa veuve et son fils , mais pour ses nombreux amis , mais pour tous ceux qui Tout connu , des regrets plus amers , des douleurs plus vives ont suivi au tombeau cet époux, ce père, cet ami, cet homme aimable, dont le cœur semblait inépuisable en sentiments nobles, tendres, généreux, et que ni lingralitude, ni Tégoïsme ne purent jamais dis- Iraire de son insatiable désir de faire le bien. (Connaître M. Campenon par ses ouvrages seulement, c'est ne le connaître qu'à demi. La droiture de son cœur, la douceur de son caractère et Taménité de ses mœurs, l'emportaient
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encore snr la distinction et la grâce de son esprit. Il donnait a sa conversation nn intérêt, un charme qui faisaient qu'on ne se lassait jamais de lYcouter. Les traditions de cet art de causer, qui se perd chaque jour de plus en plus, se conservaient en lui comme nn héritage des Ducis, des Boufflers , des Andrieux , des Suard , qui tous avaient été ses amis. La génération des écrivains qui virent le siècle dernier s'éteint peu a peu : le siècle actuel en produit une autre dont les travaux ont plus d'éclat peut-être ; mais comment ne pas regrelter cette fraternité littéraire qui faisait de la rivalité même un lien de plus a Tamitié!
Forcé depuis quelques années, par des infirmités toujours croissantes, de renoncer aux relations du monde , M. Campenon s'était renfermé dans les affections de la famille et dans les douceurs de Famitié. Les sentiments d'une piété sincère étaient dans son cœur comme dans ses ouvrages^ et s'il eut a regretter la vie, il n'eut pas du moins a craindre la mort. C'est dans le village de Yillecresnes, près Grosbois , où il passait une partie de l'année, qu'il s'est éteint, le 24 novembre 1843, entouré des soins du plus tendre dévoiiment, des bénédictions du pauvre
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et des coiisolalions de la religion. Il semble que Dieu ait voulu que le })oèle de la Maison des Champs reposât dans un humble cimetière de campagne.
Nous serons heureux que ce peu de lignes, échappant à loubli par le lien qui les attache aux œuvres poétiques de M. Campenon, disent combien son amitié nous fut chère et attestent que la nôtre n'est point morte avec lui.
Ed. Mensechet.