‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 8 sur 39 · I.ance toujours des regards amoureux · texte numérisé non relu

I.ance toujours des regards amoureux

A ses côtés j'aime à voir la jonquille;

Le même sol convient à toutes deux.

3Iais fuyez l'onde , et qu'un tuf sablonneux

De vos oignons nourrisse la famille.

En vain Narcisse , épris de sa beauté ,

Se pencliera vers cette eau fugitive;

Résistez-lui ; bientôt la fleur plus vive

Approuvera votre sévérité.

Qu'un sol plus chaud , préparé dès l'automne ,

Aide à fleurir la craintive anémone;

Et que l'acier, prudemment gouverné , Coupe soudain sou feuillage fané.

Il est des soms qu'on doit à leur enfance ;

Connaissez-les. Le démon des hivers ,

Du tiède avril redoutant l'influence,

Souvent, la nuit , revient, glace les airs ,

Saisit la sève , et sans pitié dévore

Les jeunes fleurs qui s'empressaient d'écloro.

A ces combats souvent renouvelés

N'exposez point leur inexpérience,

Et que la serre, où vous les rassemblez ,

S'oppose encore à leur impatience.

Vous attendrez qu'éloignant tout danger,

Le soleil donne un feu moins passager;

Et même alors, soigneux de leur jeunesse.

Que chaque soir mi tissu de roseaux ,

Du froid des nuits défendant leur faiWesse ,

Soit étendu sur leurs tendres rameaux.

Sur les amours des zéphyrs et des roses L'antiquité trop long-temps sut mentir.

Quittons la fable et ses métamorphoses ; Rompons l'hymen de Flore et de Zéphyr ; Et , de dépit dût en pleurer l'Aurore, Que, libre enfin de fabuleux atours, Mon vers fidèle à vos yeux fasse éclore L'hymen des fleurs et leurs chastes auiour&

Le même Dieu qui plaça dans nos àmcs Ces doux rapports des deux sexes entre eux , Ces vifs désirs , ces amoureuses flannnes , Du cœur de l'homme aliments dangereux , Du même feu sut animer la plante.

Ainsi que nous , sa jeunesse bouillante A des penchants, des besoins, des désirs, Des nœuds secrets , d'ineiïables plaisirs ; Et , du printemps quand la sève l'inonde , L'amour la brûle et l'hymen la féconde.

Mais de ce peuple étudions les mœurs.

Il est d'abord une tribu de fleurs (8) ,

De la nature admirable caprice ,

Qui , résidant sur un même calice ,

D'un double sexe y goûtent les douceurs ;

Et , s' unissant en couple inséparable ,

Dans les plaisirs de ce lien charmant ,

A chaque hymen , réalisent la fable

De Salmacis et de son jeune amant.

Une autre habite une tige commune (9) ;

Mais des rameaux l'intervalle jaloux

"Vient séparer les vierges des époux.

Une autre enfin, pleurant son infortune (10)

Qui la condamne à l'absence, aux regrets.

Voit , loin des fleurs où l'amante respire ,

Naître la tige où son amant soupire.

De leur hymen pénétrez les secrets ;

Dès que la fleur, dont l'œil suit les progrès (li) , A déployé sa fraîciie adolescence , (O de l'instinct effet prodigieux!) Soudain l'amant , qu'irrite encor l'absence , Confie aux vents ses fdtrcs amoureux; De ses parfums , de ses sucs savoureux , Flatte de loin son amante nouvelle ; Charme ses sens, et, se courbant sur elle, Jusqu'en son sein qui s'ouvre avec transport Laisse jaillir sa poussière brûlante.

La jeime épouse , interdite , tremblante , Sur son bonheur se recueille et s'endort; Et , déployant son plus riche pétale , Pour en couvrir le dépôt de l'amour , Mère en espoir , sur son sein , tout le jour , Laisse flotter la robe nuptiale.

De leur hymen si vous trompiez les feux ;

Si votre main , par une loi cruelle ,

Sur d'autres bords, loin du plant amoureux.

Osait porter la plante maternelle ,

Vous la verriez , victime de vos jeux ,

S'y dessécher dans un mortel veuvage.

Près d'elle en vain mille plants étrangers

Courbent leur cime , inclinent leur feuillage :

Indifférente h leurs soins passagers,

La triste fleur en son deuil solitaire

Repousserait leur caresse adultère.

Mais si les vents , propices à ses feux ,

Jusqu'à son sein , par une heureuse haleine

Du jeune époux , exilé de ces lieux ,

Faisaient voler la poussière lointaine ;

Son sein flétri par la stérilité ,

S' ouvrant encore à la maternité ,

Dans l'air brûlant qui la frappe au passage ,

Respirerait l'amour, la volupté.

Et saisirait , dans ce vague nuage ,

Le germe errant de la fécondité.

Ainsi les fleurs , anuisement du sage , Dans tous les temps , à la ville , au village , Charment ses goûts , occupent ses loisirs. Là , point d'ingrat (|ui trompe son attente , Point de méchant qui nuise à ses désirs , Point d'envieux que sa fortune tente , Point de remords qui suive ses plaisirs. De nos jardins les fruits sont la richesse ; \ les compter notre œil jaloux s'empresse. Mais qui pourrait ne pas aimer les fleurs ! L'enfant sourit à leurs n ives couleurs ; Avant sa main , son regard les caresse. De leurs bouquets la pénétrante odeur Vient ranimer la vieillesse étonnée ; La jeune lille , à l'autel d'hyménée , En pare encor sa mourante pudeur ; Et de nos arls le luxe imitateur ,

Quand de leurs dons se déiwuille l'année , Rend à nos yeux leur prestige enchanteur.

Oui , je le sais , il est une autre Flore

Que l'art fit naître et que Paris adore ;

.Mais on ne voit , dans ses temples trompeurs ,

Que feston sec , que guirlande inodore.

Là , quand l'hiver nous livre à ses rigueurs,

Un faux printemps se reproduit sans cesse ,

Et , sous les doigts de la jeune prêtresse ,

Oui , par son art , ose imiter les fleurs ,

Le 'm docile en pétale se pHsse;

Se frise en feuille ou se creuse en calice.

Sur ces bouquets méconnus des zéphyrs

Ln pinceau fin adroitement dépose

L'or du genêt , le carmin de la rose ,

Ou de l'his nuance les saphirs ;

Puis on les voit , dans nos folles orgies ,

Au sein des ba's , loin des feux du soleil ,

S'épanouir au rayon des bougies.

L'art peut sourire à leur éclat vermeil ;

Mois sur ces fleurs , (jue l'art seul fît éclore ,

Je cherche en vain les lannes de l'Aurore.

N'envions [mut aux boudoirs de Paris Ces faux bouquets dont l'éclat est futile ; Maison des champs , ton luxe est d'ê» e utile. Bannis encor de tes simples Ir^ibris

Ces ornomonts dos salons do la ville , Ces fdets d'or ciselés à grand prix , Ces lits où flotte une moire incertaine , Ces vases grecs et ces sièges romains , Et ces tissus où de savantes mains En longs tableaux ont nuancé la laine.

Parer ces lieux est ton modeste emploi ,

Propreté simple , aimable enchanteresse !

Oui , ton éclat vaut mieux que la richesse ;

Tu plais sans elle , elle n'est rien sans toi.

Do mon réduit sois l'hôtesse fidèle ;

Viens l'embellir. Sous ta soigneuse main ,

Plus d'un vieux meuble, objet d'un fier dédain,

Va se vêtir d'une grâce nouvelle.

Lits d'autrefois , dont les amples rideaux

Environnaient des familles entières;

Vastes fauteuils , qui de vos larges dos ,

De vos longs bras enveloppiez nos pères ,

Meubles bannis par de frivoles lois ,

De votre exil revenez à ma voix !

Ainsi , des biens que dédaigne la ville , J'enrichirais votre champêtre asile.

C'est pou : les arts, le travail et les jeux Vont mieux l'orner, vont l'enrichir bien mieux. Mais voulez-vous qu'un attrait plus durable Vous y retienne , il faut que le plaisir

Y soit utile et le travail aimable; Que mille soins n'y viennent point ravir Le temps au sage et le sage à lui-même ; Et que la vie , aux heures de loisir , S'écoule encore en des travaux qu'on aime. Je ne vois point , autour de vingt châteaux , S'étendre au loin vos domaines superbes ; Un pâtre seul peut garder vos troupeaux (12) ; Un jour suffit à moissonner vos gerbes; C'en est assez. Dieu mit sous votre main Deux grands trésors, l'ordre et l'économie; On les augmente en y puisant sans fin. Voilà les biens où le sage se fie.

Il sait qu'aux champs soi-même il faut tout voir ; Que chaque jour , chaque matin , chaque heure J)onnc une tâche et prescrit un devoir; Que le temps fuit , que son emploi demeure , Et que les jeux , même les plus nouveaux , Pour mieux nous plaire, ont besoin des travaux.

Mais du dîner la cloche vous appelle; Son tintement se prolonge , et soudain Du fond des cours , du salon , du jardin , Chaque convive , au rendez-vous fidèle , Se précipite et s'assied au festin.

Festin frugal ! Le maître , de sa place , A reconnu les perdreaux de sa chasse , Le doux melon cultivé de sa main ,

l LA MAISON DES CHAMPS.

Le chasselas détaché de ses treilles , Les rayons d'or, tribut de ses abeilles , Le vin du clos et les fruits du jardin (lo).

Et du midi si les ardeurs moins vives ,

Loin de la table , après un long repas ,

Au sein des champs ajipellent vos convives,

Partez, courez, visitez vos étals.

Je suis de l'œil le char lourd et sohde ;

J'entends hennir sous la flottante bride,

Non ce coursier bouillant , fier, enflammé ,

Au feu de Mars , au glaive accoutumé ;

Mais l'animal pacifique, timide.

Qui , de Gérés cultivant les sillons ,

N'y voit briller que le fer des moissons.

Et même enfin , si l'àne osait paraître .

J'implorerais quelques soins généreux

Pour l'animal , trop avili peut-être ,

Qui toujours prêt , toujours utile au maître ,

Porte au marché la fermière, les œufs.

Et qui du moins, du coursier qu'il remplace.

N'a jioint l'orgueil , s'il n'en a pas la grâce.

Mais quel vent chaud vient raser les sillons ! Quelle furie a soufllé sur la terre I Où fuit ce pâtre? et d'où vient la poussière Qui sons ses ])ieds roule en noirs tourbillons? Sous ces noyers, dont la feuille emportée

LA MAISON nns CHAMPS. 43

Tournoie en l'air par les vents disputée , Que vient chercher ce chasseur éperdu ? Et dans la ferme , où l'effroi le devance , Qui fait ainsi rentrer inattendu A demi plein le char de l'abondance?

Oh ! de l'orage indice trop certain !

Le voyez-vous s'étendre sur nos tètes?

Entendez-vous, dans l'hoiizon lointain , Ce roulement précurseur des tempêtes?

Fuyons!... Mais quoi ! ce ciel sombre, attristé, Qui , ce matin , des couleurs de l'aurore S'embellissait à mon oeil enchanté , Même en son deuil sait m'attacher encore. Le jour en vain me ravit son flambeau ; J'attends l'éclair qui , par un feu nouveau , Allume , éteint et rallume son phare.

J'aime à sentir la tiédeur de cette eau , Qui du nua^e échappe en goutte rare ; Et si la nue, en long sillon tranchant, Ouvre son sein , le ferme , l'ouvre encore , Et, de vos toits tout à coup s'approchant. Semble y porter l'effrayant météore ; N'avez-vous pas la flèche de Franklin , Qui , vers les cieux , s'ouvrant un sûr chemin , Dresse sa tige , -atteint la foudre errante , Et , de ses feux aussitôt s'emparant , Du haut du fer où leur flamme serpente, Guide h vos pieds leur courroux expirant ;

ii LA MAISON DES CHAMPS.

Tandis qu'au loin les cloches du village , Que font mouvoir l'ignorance et la peur , Vont dans les airs , tout noircis de vapeur, De leur vain bruit irriter le nuage?

Vous qu'un beau jour, un beau ciel rend joyeux ,

D'un autre aspect r(\jouissez vos yeux.

Voyez : des cieux déjà l'urne est tarie ;

L'ombre que chasse un soleil vigoureux

S'est repliée et court dans la prairie ;

Dtgà d'Iris le ruban vaporeux

Se courbe en arc sous la voûte céleste ,

Et, terminant leur promenade agreste,

Vos pèlerins que l'orage a surpris ,

De votre toit , caravane modeste ,

Le dos mouillé, regagnent les abris.

Naissez alors, délassements du sage,

Jeux des hameaux , voluptés de tout âge !

Mais loin de vous ces mornes tapis verts ,

D'or et de dés et de cartons couverts !

Il est des jeux pleins d'un plus doux délire ;

Le vaincu même y rit de ses revers.

C'est là surtout , femmes , qu'est voire empire.

L'une, au clavier qu'interrogent Ses doigts ,

En rougissant vient marier sa voix ;

J/autre, en un coin, rit d'un air de malice

Sur don Quichotte et son vieux palefroi ;

LA MAISON DES CHAMPS. io

A SCS côtés, le cœur saisi d'effroi , Une autre pleure en achevant Clarisse.

Là , c'est la tante assise aux petits jeux Qui , s'entouranl de nièces , de neveux , Sert de mentor à ces têtes mobiles, Et de conseil dans les cas difficiles.

Enfin plus loin , dans le recueillement , La plume en main , une sœur, une mère , Pleurant l'absence ou d'un fds ou d'un frère , Jusques à lui , dans son éloignement , Laisse échapper sa plainte involontaire Sur ses chagrins qu'elle voudrait lui taire , Craint d'en trop dire ; avant de le plier, D'un mot d'amour charge encor son papier, Et , se navrant d'une doideur qu'elle aime , Trompe et le temps, et l'absence , et soi-même. Telle sans doute , en tes loisirs touchants , Plus d'une fois la nuit vint te surprendre , O Sévigné ! toi qui sus vivre aux champs , Oui, loin des cours et dans l'amitié tendre Trouvas ta gloire et plaças ton bonheur ; Toi qui fus mère et ne fus point auteur !

D'un tel séjour, hélas ! combien diffère Cette campagne à son maître étrangère 1 Un fol attrait retient dans nos cités Les possesseurs de ces lieux enchantés ; Ou si parfois à leur chamiiètre asile

L'été conduit ces hôtes passagers , Leur vœu secret y demande la ville , Sa gaîté fausse et son éclat futile , Et ses plaisirs et surtout ses dangers ; Et le regret de tous ses biens factices En lieu d'exil change un lieu de délices.

Ah ! i)our s'y plaire, il faut porter aux champs Des goûts plus purs et de plus doux penchants. C'est ton vieux sol, c'est toi que j'en atteste , Simple Ilclvétie. Eh ! quelle muse agreste N'a pas chanté l'azur délicieux De tes beaux lacs , l'azur de tes beaux cieux ; Tes monts géants, dont la tête allongée Rayonne au loin de frimas assiégée , Et sous leurs pieds ces coteaux , ces vallons , Ces champs aimés de Paies et de Flore , Oij le travail fait germer , fait éclore L'encens des fleurs parmi l'or des moissons !

lu les connus, ces liants paysages (1&) , Toi dont les vers, aussi purs que ton cœur, Du frais Limraat vantent les bords sauvages. Tu côtoyais ses sinueux rivages , Quand tu chantas l'amant navigateur Qui , le premier , vers une île étrangère , Des flots vaincus joyeux dominateur , Osa guider sa nacelle légère.

Plus loin , ces rocs, ces monts , ces bois déserts Channaient ton œil de noiis tableaux avide , Quand , sous les coups du premier homicide , Le juste A bel expirait dans tes vers. Mais c'est surtout vers ces molles prairies , Sous ces vergers , le long de ce ruisseau , Que s'égaraient tes vagues rêveries.

Là tu disais les fastes du hameau , Des vieux bergers les crédules annales Et le chalet aux mœurs patriarcales , Et ce beau ciel , ce beau pays , toujours Cher à l'idylle et propice aux amours.

^lais qu'ai-je dit, ô France ! ô ma patrie ! Où sont les lieux , quel est l'heureux climat , L'heureux séjour qui, dans tout son éclat , Sur toi l'emporte en mon âme attendrie? Quel lx)rd lointain , à nos vœux plus soumis , Au possesseur offre un sol moins rebelle , Des bois plus frais , plus chers à Philomèle, Des flots plus purs et des cieux plus amis !

O de Meudon délicieux asile (15) ,

Champsde St-Maur (IG), berceafuxde Romainville (17)

Cond)ien de fois , plein du démon des vers ,

Dès le matin , m'échaj'pant de la ville ,

J'allai rO\er sous vos ombrages verts !

J'aimais à voir vers ces riants bocoucs.

Alliants , époux , voyageant deux à deux , S'acheminer en longs pèlerinages, (-es souvenirs sont présents à mes yeux. Là , des enfants , écoliers du même âge , Vrais maraudeurs , une fronde à la main , Sur les pommiers qui bordent le chemin , D'un caillou sûr battaient le fruit sauvage. Plus loin , Taunay cherchait un paysage ; Robert , un ciel ; et Redouté , des fleurs. Ici, c'était la halte des chasseurs; Le rendez- vous au pied de ce vieux chêne ; Le repas pris au bord de la fontaine ; Les bals du soir qu'interrompait la nuit ; Et le départ , quand , se levant sans bruit , Phœbé paraît et vient fermer la scène.

Mais le soir même offre encor des tableaux D'un ton plus frais , d'un plus doux caractère : Ce paysage éteint dans l'atmosphère , L'ombre du soir qui descend des coteaux , L'odeur des prés , la moiteur du feuillage , Le chant lointain des pâtres du village De l'abreuvoir ramenant les troupeaux • Le bord des lacs, des sources, des ruisseaux. Couvert d'enfants (jui vont , en troupe agile , - Plonger dans l'eau la cruche aux flancs d'argile ; Tous ces aspects confusément épars Du solitaire attachent les regards.

Ces vieux récits de la myfliologic

De rois pasteurs , de bergers de Phrygie ,

Tout l'âge d'or, par Homère enfanté.

Renaît soudain à l'esprit enchanté.

Et , si de loin quelque humble métairie

Que couvre un bois , qu'entoure une prairie ,

Offre à mes yeux sur la campagne errants (18)

Ses volets verts , ses vergers odorants ,

Ses toits en tuile , et déploie à la vue

De quatre arpents la fertile étendue ;

Je porte envie à l'heureux possesseur,

D'Alciuoiis agreste successeur.

De son bonheur l'image ravissante ,

Illusion sans cesse renaissante ,

Vient se jouer autour du cœur ému (19).

Il vit , me dis-je , où son père a vécu ;

Là , son hymen est exempt de querelle ,

Son ami sûr , son épouse fidèle ;

Son enfant croît en vigueur , en vertu ;

Et , sans niU art , la mère de famille

Est jeune encore aux noces de sa fille.

Ah! ce bonheur que je peints dans mes chants , Il appartient à l'homme vraiment sage Qui , sous l'abri de sa maison des champs , Cultive en paix son modeste héritage; Dans SOS jardins , dans ses vergers en fleurs , Va de ses fruits épier les primeurs ,

Sème ses blés , recueille ses fermages ,

Et du ciel seul redoute les orages.

Oui , la grandeur a des plaisirs moins purs ,

Des biens moins doux et des aigris moins sûrs.

Noble séjour d'une antique puissance, Brillant Clioisy, le banni que la France (20) Voit revenir sur ses boids plus heureux, En vain demande aux rives de la Seine Tes murs vantés , ta pompe souveraine.

Sous les parvis que naguère ses yeux Ont vus jjeuplés de serviteurs nombreux , La ronce croît et s'étend ; le reptile Siffle en passant sur le marbre inutile , ' Usé jadis par le pied des flatteurs ; L'oiseau des nuits frappe de ses clameurs Les fûts poudreux , la coupole écroulée ; Et seul , le lierre , ami des monuments , Sur ces débris qu'amoncèle le temps Jette au liasard sa verdure isolée ; Tandis qu'auprès du palais dévasté , Se dérobant aux fureurs intestines , . La ferme , heureuse en son obscurité, S'élève en paix au milieu des ruines.

ET

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