‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 9 sur 39 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

DE CE Î'OÈME, DANS SA VnEMIÈRE FORME.

XoTF. 1, l).Tj;c l.J.

L'hiver a fui; là verdure nouvelle Déjà s'étend et couvre les buissons.

Ce clélintcsl, cii piirlie, iniilc de la 12° clégie du 3' livri: des Trisies d'Ovide.

Note 2, page 20.

On songe alors à ses amis perdus.

Amissas Jletnus nmicit'.as.

Catul.. ad Calrnm de QvinlUiîi.

Note .3, page 22.

Tels sont les biens que Pomone dispense.

Ce pelil poème, comme je l'ai déjà dit, devait d'ahord être plus l'iemlu. J'y donnais quelques préceptes sur la {freffe des arl)r(s, sur les signes <jui amioncent !a maliirilé des fruits, et sur les

iiioyoïis d'en faim la ri'collc. J'ai siippriiiié ers dûlails. Le peintre (le la naliii'c, qui cs( aussi l'oracle du goûl el de la raison, Vir- (;ile a dit :

]\'on eijo cuncla mcis amplecii versibus oplo.

Un j)ai'eil préceple devait surtout s'appliquer à ce genre d'ouvrage. Un poème n'est pas un traite. Pour qu'un poème soit didactique, il suffit qu'il contienne (|uel(pies préceptes; el l'auteur, étant le maître de les riioisir, doit s'atlaclier de préférence à ceux qui font aimer l'art qu'il chante et cpii piêtcnt davantage à la poésie. Voici les vers que j'ai reiraiicliés ;

Je vous dirais par quels secrets encore

Dt's fruits nouveaux l'arbuste .se décore.

A la forêt, au taillis, au buisson,

Allez ravir un jeune sauvageon ;

Dans le verger que sa tige placée

Des mêmes vents s'y trouve caressée ;

Et que l'acier, par un étroit sillon,

Se faisant jour sous l'écorce blessée.

De vos poiriers y glisse un seul bourg, on.

Bientôt la poire, à paraître empressée,

Sur le jeune arbre à Pomone rendu,

Arrondira son trésor suspendu.

Ainsi les arts, par un charme suprême,

Enrichiront la nature elle-même.

Mais le temps fuit; et bientôt du verger

A nos regards la scène va changer.

De ses bienfaits déjà Pomone avare

Prête à la tige une sève plus rare ;

La feuille vole en tourbillon léger.

Et sur la terre, au hasard dispersée.

Vient du rêveur éveiller la pensée.

A ce signal tristement répété, Que le cueilloir au verger soit porté.

Vous attendrez que de la matinée L'astre du jour ait bu l'humidité ; Et, si ses feux échauffent la journée,

NOTFS. 33

Qu'alors le fruit légèrement touché, Et sans effort du rameau détaclié, Au sein du jonc qui se plie en corbeille, Se place et monte en colonne vermeille.

Si sa hauteur le dérobe à la main,

Ne souffrez pas que la main trop pressé.-,

Au sein des airs se frayant un chemin,

L'ose frapper d'une pierre lancée.

Pour l'obtenir il est un art certain,

Un soin plus doux que la prudence exige.

Qu'un jeune pâtre au sommet de la tige

S'élance, grimpe, et, vainqueur plus humain,

D'une main sûre enveloppe sa proie, elc

Note 4, paye 2G.

Et qu'un jeune arbre, à leurs jeux destiné, Dans la volière étendant son feuillage, Trompe ou du moins pare leur esclavage.

Les moeurs des oiseaux, leur éducalion, dans nos volières, avaient fourni d'auircs développenienis au premier cadre de ce poème. On en peut juyer par le morceau suivant :

Vous choisirez, dans les oiseaux divers.

Ceux dont les mœurs, le gosier, le plumage

A vos desseins souriront davantage.

Rassemblez-les, étudiez-leur gotit.

Leurs amitiés aisément assorties.

Leurs simples jeux, leurs instincts, it surtout

Interrogez leurs douces sympathies.

Oiseau d'amour, voluptueux ramier, Quel goût fâcheux voudrait t'associcr L'épais hibou, dont lo vêtement sombre Chasse la joie et repousse l'amour ; Dont l'œil hagard est destiné pour l'ombre. Comme le tien est formé pour le jour î

Choisissez donc la douce tourterelle, Dont le plaintif et long roucoulement Imite assez la plainte d'un amant (Jui vient de perdre une amante fidèle. Dans la volière accueillez sa pudeur ; (Ju'ellc soit vierge, et que sa tendre ardeur, Au jeune amant qui gémira près d'elle, I.ong-temps résiste et cède avec lenteur. Ce premier nœud, cet essai çju bonheur Doit embellir sa demeure nouvelle.

Mais toutefois variez ce tableau ;

Et que votre œil passe, avec rêverie,

De la décence à la coquetterie,

De la colombe au pétulant moineau.

A ses côtés que la svelte mésange.

En ses ébats, livre aux jeux des zéphyrs

Son cou de jais, ses ailes de saphirs;

Que le verdier auprès d'elle se range ;

Que le pivert offre à votre œil charmé

Son vêtement de rubis enflammé ;

Et que l'oiseau des champs de Canaric

Par vous s'instruise à des airs plus savants,

Et, modulant sa flexible harmonie.

De la romance imite les accents.

Ne chassons point la babillarde pie, Le geai criard, ni le merle indiscret , Ni des pinsons la fumille étourdie.

Soignez-les tous; votre oreille en secret Peut s'offenser de leur fâcheux ramage ; Vous souffrirez ; mais votre œil plus lieureux Les retiendra pour l'éclat du plumage.

Eh! qui pourrait, aux grâces du langage, .Joindre encor l'art de charmer tous les yeux I

Mais qu'ai-je dit! touchante Philomèle, N'as-tu donc plus ces attributs divers' N'est-ce pas toi dont la plainte fidèle Si doucement s'exhale dans les airs !

NOTES. 5o

Tu fais rêver ia vierge solitaire ; L'amour heureux s'unit à tes concerts, Et, sous l'ombrage où tu viens la distraire, La douleur même, en son recueillement.

Mêle sa plainte à ton gémissement.

Chez les oiseaux il est un goût volage, Un attrait vague, un désir curieux, Qui les excite à voir de nouveaux cieux. Tous ils n'ont pas ce travers en partage ; Mais quelques-uns, en secret tourmentés, Du froid Verseau voulant fuir le passage. Dans des climats du soleil visités, A chaque hiver, vont en pèlerinage.

Vous, dès qu'avril par ses douces chaleurs Rappellera ces oiseaux voyageurs, Veillez sans cesse autour de la volière. Et chassez-en leur troupe familière.

Un voyageur ne sait pas ce que coûte Le trait qu'il jette en passant sur sa route -, Mais trop souvent cet amour passager, Dans la volière encouragé sans doute, Laissa les fruits d'un hymen étranger.

Leur nourriture exige une autre étude, Un œil plus sûr. Que votre main jamais A leurs désirs n'offre de nouveaux mets Sans consulter leur première habitude.

Le fruit du chanvre et celui du millet, Le laccron * qu'on rassemble en bouquet, La morgelinc ** à la tige rampante, Les fruits aqueux, l'onde rafraîchissante, Doivent suffire à leur frugalité.

Il est des mets dont l'usage est plus rare : Donnez-les donc, mais d'une main avare.

Plante que let jardiniers appelli'Dt cominiiiiément lu liiiiron ( '^ * Le mouron des niseniix.

Craignez l'cxci^s et la satiété.

Que du plantain la grappe desséchée Pende parfois à la grille attachée ; Que le grain d'orge en perles dispersé, Le pur maïs de son épi chassé, Ou du chardon l'aigrette plus légère, ■Viennent piquer leur palais émoussé ; Mais ménagez ce moyen salutaire.

Quel mal secret consume cet oiseau t Quel voile épais s'étend sur sa paupière 1 11 se refuse aux jeux de la volière ; Ces fruits, ces fleurs, ce feuillage, cette eau, Ces chants d'amour, la paix de ces ménages. Rien ne l'arrache à sa sombre langueur; Son cœur se ferme à ces douces images. Et son regard, fixé sur les nuages.

Les considère avec un soin rêveur.

De ses tourments calmez la violence.

Le mal qu'il soufTre est l'amour et l'absence.

Ah ! qu'on le rende à son premier lien,

Aux dieux des champs, aux nymphes des bocages,

Premiers témoins de ses amours sauvages.

Au chaste nid consacré par l'hymen !

Qu'il parte donc ! ouvrez-lui la volière,

Et que votre œil, touché de ses adieux.

De vos états voie enfin la barrière

Se refermer sur des sujets heureux.

Chez les humains, comme au sein des volières,

Voilà l'amour, ses souffrances, ses jeux.

D'un feu plus pur, d'un limon généreux.

Le ciel partout forma le cœur des mères.

Quand vous verrez vos jeunes arbrisseaux

Se revêtir de feuillages nouveaux;

Dès que la sève agitée avec force,

En flots brillants, roulera sous l'écorce;

Sachez qu'alors au sein de vos oiseaux

Un feu pareil circule à pleins canaux.

Que votre main, sagement prévoyante,

Dans la volière avec profusion

Uépande alors la laine en pur ftofon,

Du cotonnier l'ouate éblouisssantc,

Et du roursicr la dépouille floltantc,

Et le duvet, léger (ruit du cliardon.

Tous ces apprêts vont être nécessaires;

Voici les jours de la maternité,

Et les doux soins de l'hospitalité

N'ont rien de trop pour contenter des mères.

Ce ne sont plus ces volages oiseaux :

Vous allez voir des êtres tout nouveaux. (Juel changement 1 ces fauvettes si belles Ont donc jierdu leur souple agilité 1 Kt cç moineau, qU'a-t-il fait de ses ailes! Quel nœud l'attache au nid plus fréfiucnté! S'il s'en éloigne, où donc est la puissance Qui d'une épouse y fixe la présence 1 Apprenez-moi quel pouvoir révéré, Quel noble instinct ordonne à cette mère D'entretenir, esclave volontaire.

Au lit d'hymen le feu pur et sacré.

Maternité ! ce zèle est ton partage !

Au sein de l'œuf le germe emprisonné.

Par tant de soins à la vie amené,

Au jour bientôt va s'ouvrir un passage.

Ne hâtez point ce moment fortuné.

Le temps s'approche, et la vingtième aurore

Va se lever sur l'oiseau près d'éclorc.

Enfin, pour lui va cesser le néant.

Il a brisé l'enveloppe légère

Qui l'entourait d'un frêle vêtement;

Il s'en dépouille avec étonnement ;

.Son œil redoute et cherche la lumière;

Son aile imj lore une aile tutélaire;

Il l'a trouvée, et son premier accent

Bénit ensemble et le jour et sa mère.

Dès ce moment, il n'est plus qu'un devoir; Mais ce devoir est un plaisir encore.

Plus de chanson au l-.ver de l'aurore ; Plus de concerts prolongés jusqu'au soir. Toute la nuit la mère est là qui veille Pour que l'enfant plus doucement sommeilK'. Sans doute, au jour, ce millet préparé Va rafraîchir son gosier altéré î Détrompez-vous. C'est pour un autre qu'elle, Et son rigard s'y porte sans désir.

Ainsi l'amour, dans l'âme maternelle, Privé de tout, sait encore jouir.

Vous jugez bien que cette vigilance, Ces soins touchants, cet amour généioux, Du faible oiseau hâtent l'adolescence.

Il croît, et même, Icare audacieux, Il veut déjà, dans son vol téméraire, Franchir l'espace et s'élever aux cicux. Plus d'une fois l'adresse de sa mère Sut différer ce projet dangereux; Plus d'une fois des périls du voyage Elle effraya son imprudent courage.

Ruse inutile ! il a pris son essor ; Impatient, hors du nid il s'élance.

Il vole...., il tombe..., ot, s'élevant encor, Il vole enfin avec plus d'assurance.

La mère, hélas! gémissant en silence Sur le départ du jeune voyageur, Le suit de l'œil avec inquiétude, Au moindre choc sent palpiter son cœur ; Et, le plaignant de son ingratitude, Va tout le jour, seule avec sa douleur, Au nid désert pleuror<sa solitude.

Norr. 5, pa{;(' 80.

Vous les verrez s'y sorger d'ambroisie.

Iliicct'hiï, j)()t le florcnlin , a fait sur les alieilles un petit poème fort ajjréahic. Je l'avais imité dans cinq ou six vers du passa{;e suivant; j'insisic sur ce nombre, par la raison que, lorsque je

piiitliai 1(1 Maison des Chniiijis, jr iiis (ilaiis une satire) (jiie j'a\;iis |)illc Hdoeélaï iwiir faire num poème.

Vois-tu là bas cet essaim tout poudreux 1

11 a quitté la ruche accoutumée,

Il fond sur toi ; sa bourdonnante année

Vient envahir ton asile joyeux.

.\ux armes ! guerre à ces lâches pirates!

Défends tes jours, tes trésors, tes pénates !

Mais dans les airs les deux essaims lancés Brillent déjà l'un vers l'autre poussés. Déjà j'entends les ailes frémissantes, Le faible choc des dards entrelacés, Le dernier cri des abeilles mourantes, Et les fureurs des vaincus terrassés.

Vous qui veillez sur les ruches naissantes, Des denx partis éteignez le courroux :

Mêlez le miel dans le vin le plus doux ; Au bois prochain qu'une branche coupée Dans ce breuvage à l'instant soit trempée ; Et, du rameau secouant la liqueur Sur les vaincus et sur l'essaim vainqueur. Arrosez-les d'une poussière liumidc.

Vous les verrez bientôt d'un vol rapide Se réunir, en grappe se presser, El de leur trompe à l'cnvi se sucer.

Note G, page 32.

Et souvent même apporte à l'odorat* De l'ananas le parfum délicat.

(/est le fraisier ananas (fraijnria vc en annnms'i) .

Note 7, pajjc 33.

Sans ces secours, moins vivace. moins fiere . La clématite, oubliant sa blancheur,

Baisse la lèlc, et perd dans la poussière De ses bouquets l'odorante fraîcheur, etc.

On vpiU parler ici de la clématite oiloranle {clcmalis fi-immula, LiNN.). Elle est sarnicnleiisc, et peut s'élever jusqu'à viiigt pieds.

NoTK 8, page 36.

Il est d'abord une tribu de fleurs , De la nature admirable caprice, Qui, résidant sur un même calice, D'un double sexe y goûtent les douceurs.

Ce sont les fleurs hermaphrodites, c'est-à-dire celles où les deux sexes sont réunis dHns le nicinc calice; cette constitution est commune au plus grand noml)re des fleurs, et paraît en cfFet Ja plus convenable au règne végétal.

No'i'E 9, page 3G.

Une autre habite une tige commune, Mais des rameaux l'intervalle jaloux Vient séparer les vierges des époux.

Ce «ont les plantes mono'iqucs, c'est-à-dire celles dont les deux sexes sont bien réunis sur le même individu, sur la nicinc tige, mais vivent séparément sur des branches diffcrcntesj

NoTK 10, page 36.

Une autre enfin, pleurant son infortune Qui la condamne à l'absence, aux regrets j Voit, loin des fleurs où l'amante respire, Naître la tige où son amant soupire.

Telle est la classe des plantes que l'on nomme (tidirjitcs, c'esta-dire qui portent toutes Iciu's fleurs mâles sur un pied, et toutes leurs fleurs femelles sur un autre.

NOTKS. 61

NoTF. 11, ]);!{;(• 37.

Dès que la Heur, dont l'œil suit les progrès, A déployé sa fraîche adolescence , (0 de l'instinct effet prodigieux!) Soudain l'amant, qu'irrite encor l'absence, Confie aux vents ses philtres amoureux ; De ses parfums, de ses sucs savoureux, Flatte de loin son amante nouvelle, etc. ,

Ce système sexuel des plantes n'est point un jeu ilc l'imaginalion. Depuis long-temps, les gens de la campagne reconnaissent ciix-niênies les deux sexes dans certaines plantes, telles cpic le chanvre , l'épinard , le houblon , chez qui le mâle est sépare de la femelle; mais ils prennent fréquemment l'nn pour l'autre; ils appellent mâle le chanvre femelle, et femelle le chanvre mâle, sans considérer que la plante femelle est nécessairement celle qui porte le fruit.

Ce phénomène n'était pas non plus tout à fait ignoré des anciens. On peut voir ce qu'en dit Pline, liv. XIII , cliap. IV.

Un médecin de Louis XIII, nommé Guy de la Brosse, publia en 1628 un ouvrage intitulé De la nature, vertu et utilité des Plantes, dans lequel se trouvent plusieurs chapitres fort curieux sur le sexe, les sens et la génération des plantes. En voici quelques passages , qui m'ont paru aussi piquants par le fond des idées que par le naturel du vieux langage dans lequel s'exprime l'auteur :

« Par le général aveu que tout ce qui prend nourriture, croit et engendre , est vivant , nos devanciers nous ont assuré que les plantes sont des corps animés, vivants et végétants. Empédocle et Anaxagoras, au rapport d'Arislote, croient qu'elles étaient, ainsi "que les animaux, distinguées de sexe, pleines de sentiment, se mouvant à la joie et à la tristesse, cl ayant l'usage du veiller et du dormir; même elles ont leur temps auquel elles entrent en amour. L*ue certaine humeur gluante se trouve entre l'écorce et le bois , que l'on ncmnnc sève, lémoignanl leurs désirs amoureux.

Lors, elles se Iriiiisphiiileiil les unes ilans les autres, el non en yiitrc saison, imilaut les animaux qui s'accouplent et se mêlent quand la semence écumante et émue les titille et chatouille.

» Puisqu'elles ont tlu sens , ellos sont émues à la joie et à la irislessc, parce que ce sont tleux passions qui s'introduisent par le sens, et lesquelles se rencontrent en ce qui leur satisfait ou contredit. La vigne élève plus haut son sarment quand elle rencontre quehjue arbre voisin pour support, et devient plus belle que lorsqu'elle traînasse. Le lierre est plus verdoyant , rencontrant un chêne ou une muraille pour supjjort , que rampant à terre. 11 y a uik arbre surnommé Triste, croissant en Malabar (au rapport d'Acosta), ([ui fleurit seulement de miit et jamais de jour. Aussitôt que le soleil luit dessus, ses fleurs tombent, et ses feuilles demeurent tout le long du jour fanées; la nuit, elles retournent en leur naturel. Ses fleurs ont une bonne odeur; mais aussitôt qu'on les manie, elles la perdent.

» L'herbe vive donne de pareils sentiments de son déplaisir (juand on la touche. Celle qu'on nomme mimeuse, ou mole, pourrait être appelée joyeuse, par les effets contraires qu'elle a à l'arbre triste; car, aussitôt cpie \t: soleil se couche, elle devient languide, de sorte qu'elle paraît morte, celte passion croissaut toute la nuit jusqu'au lever du soleil tpi'elle revient à soi, étant il midi en sa ])leine vijjucnr, tournant tout le long du jour ses feuilles vers lui.

» Ces accidents ne sont-ils pas signe de joie et de tristesse? Les animaux en peuvcnt-ils rendre de plus exprès, hors la voix et le gémissement ?

" Nous pouvons même dire que les plantes \eillenl el dorment comme les animaux , principalement si les choses matérialisées, comme dit Averroès, se fatigueift en leurs fonctions, et se rétablissent par le sommeil restaurant ou plutôt récréant leurs esprits dissipés; cai' les plantes travaillent et sont fatiguées. Elles travaillent, attirant le suc nourricier de la terre j)our leur aliment, le digérant, transmuant et distribuant, occupant leurs sentimcius à ces fonctions. Aussi voyons-nous qu'elles se reposent et dorment. Elles sont encore fatiguées par le chaud et par les autres inqircssions tempeslives, ))our les(|uclles elles souffrent grande-

nipni, PI ont besoin «le rliomer et «le dormir. Aristole nie le dormir aux plantes, parce, ilit-il, qu'elles n'ont point »le sens et tle mouvement , et que le somme est une cessation du sens et repos du mouvement; mais nous avons pronv»* qu'elles ont sens et qu'elles travaillent, voire se meuvent de plusieurs sortes de mouvement ; quand même elles n'auraient (jue celui de la {j<5nération, il suffirait , car i-llcs ont besoin après de se reposer de telle action. 11 me semble qu'avouant cette nécessaire vérité, nous sommes obligés de dire que les plantes veillent et dorment. Quand l'on n'en voudrait avouer la nécessité par ces raisons , l'on serait oblige de la confesser par les effets , considérant le repos et le travail des plantes. Combien sont-elles affaiblies l'été par les ardents rayons du soleil, et consolées la nuit par l'agréable fraîclieur que leur verse la mère du soiiinieil!

■ » L'on remarque que les soucis , les anémones , les tulipes, les colcliiques et semblables plantes ouvrent leurs fleurs au soleil , et, se couchant, les referment ; ce ipi'elles continuent tous les jours , nous faisant voir par là une espèce de dormir, lequel encore est très-exprès au réglisse et au trèfle-aigre; car tous les soirs, au couclier du soleil, ils replient leurs feuilles qu'ils tiennent ainsi toute la nuit , et il son lever les ouvrent et continuent tout le jour, soit que le soleil luise ou non; mais, outre celui-là, les plantes ont un Irès-exprcs dormir ou repos , l'hiver, après le ir.tvail du printemps et de l'été. Et ainsi qu'il y a des animaux ipii donnent le jour et veillent la nuit, allant h la pâture, aussi y a-t-il des p'anles qui dorment au printemps et veillent l'été; d'antres veillent l'automne et l'hiver, et dorment les deux autres saisons. Ces variétés rendent la nature plus belle, et les diversités en sont très-agréables en l'un et l'autre règne des animaux et des plantes. Plusieurs bulbeuses dorment un long-temps, même hors de leur lit, comme les ognous, les ails, les échalottes et les tulipes, el se conservent longuement endormies hors de terre sans s'altérer; mais, lorsque leur réveil approche, l'on voit pousser leur sève, et mourir si elles ne sont remises au giron de leiu" mèic et nourrice pour lui sncer la mamelle, à guise de petit enfant qui, a son réveil, est impatient, et, la faim le pressant , ne demande ((n"à téter. Que s'il y a quelques plantes sans repos travaillant

cominiiclleincnl , ainsi ([iic roriiiigcr cl le liiromiicr, ayant toujours Hi'iii's ou fruii el hicii soiivciU Ions les deux cuseuible, c'est qu'elles imili'ut les fourmis, doul l'assidu labeur ne prend point de tiii , encore que, retirées dans leur taupinière cl cachées pour l'hiver, elles ne cliônienl jamais, du moins nous l'assure ainsi le philosophe Cléantlies , après les avoir observées ([uaraule ans.

» Voilà les raisons qui nous font penser que les plantes veillent et dorment, ou, si l'on ne vcul ces mots, qu'elles travaillent et se reposent. «

De la Natuue des Plantes, cliap. 9, 10 et 1:2.

C'est à Guy de la Brossi; qu'on doit l'élablissenient du Jardin duBoi; du moins Irouve-t-on dans l'ouvraye que je cite un dessein du Jardin royal pour la culture des piaules à Paris, avec inie re(piêle par hupudl - ce médecin expose au roi, dans le plus yrand détail, ses vues sur la disirilniliou de ce jardin ((jui doit avoir luie étendue de cin([uanle arpeuls); et un plan d'enseiynemcnt, avec une yrande partie des moyens d'instruction qui sont encore employés aujourd'lmi dans cet clablissement. 11 offre de se cliarjjcr lui-même d'une espèce de cours (ju'il explique ainsi : n J'offre, dit-il, de faire leçon des plantes, donnant connaissance » de leurs synonymes, des lietix où elles croissent, du temps do » maturité et cueillette, du moyen de les conserver, de leurs qua- 11 lités premières et secondes, et le phis des troisièmes ipi'il me 11 sera possible , me servant pour cela des auteurs les plus célè- " bres et approuvés , sans oublier leur usage ; laquelle leçon se 11 fera deux lois la semaine, à commencer du premier jour de 11 mai que les piaules paraissent, jusqti'aii dernier jour de sep- 11 tend)re (ju'clles déclinent bien fort. »

A la suite de celle requête se Irouve l'édil de Louis XllI, qui fonde le Jardin-Royal des Plantes sur le plan propose par Guy de la Brosse, et nomme cclid-ci intendaut de ce jardin.

Note 12 , i)a{je 41.

Un pâtre seul peut garder vos troupeaux, etc.

Dans la première version tic ce poème , j'en consacrais quel-

ILOTES. Co

qiics ytaijcs aux soins des troupeaux. Ou me pardounera , je l'espère, d'avoir rcjclc dans mes notes et de placer ici les vers où je donnais (iiielcpics préceptes, iiiclés de descriptions, sur cette branche iuiporlantc de l'économie agricole,

Quaud l'ouragan, balancé dans les airs,

Comme un point noir, se fixe sur nos têtes,

Si le taureau, de ses naseaux ouverts,

Semble aspirer la vapeur des tempêtes;

Ou que la grue, au séjour des éclairs,

Sentant déjà la moiteur du nuage.

D'un cri d'effroi prophétise l'orage ;

Par ce signal averti du danger.

Je veux alors que le prudent berger

Ne cherche pas un lointain pâturage.

Mais, si le ciel prend un voile d'azur.

Si le soleil plus brillant et plus pur

En se jouant sur la plaine arrosée

A du matin bu la froide rosée.

Loin du bercail j'aime à voir le troupeau.

Mon œil le suit dans ce riant tableau.

J'entends déjà, dans les fraîches vallées,

Le bêlement des brebis rassemblées.

Le cri des chiens et les chants du pasteur. Et des échos la confuse rumeur.

Mon regard fuit l^n des plaines brûlées Où vos béliers, abattus de chaleur, Courbent leur front, et, la tête baissée. Rêvent dans |'ombre, à leurs pieds amassée, Mais sur ce roc dont la cime l'end l'air. Mon œil se plaît à poursuivre Amalthée; J'aime à la voir, de sa dent clTronlée, Mordre la ronce ou le cytise amer; Puis s'échapper dans sa course volage, Puis reparaître au bord de ce ruisseau. Et, de ses pieds sillonnant le rivage.

Troubler la sourf-e où le timide agneau Hume en tremblant la surface de l'eau.

Du ciel d'été les flammes dévorantes

Sur les troupeaux, dans l'étable enfermés, Jettent parfois des vapeurs malfaisantes. A vos moutons, de ces feux consumés, Sachez offrir des nuits rafraîchissantes, Un air plus pur, un sol moins enflammé. Pour accueillir leurs peuplades souffrantes, Au champ voisin qu'un enclos soit formé. Du coudrier que les branches pressées, Tout à l'entour élevant un rempart, Forment un mur, en claie entrelacées.

Là, quand du soir s'abaisse le brouillard. Quand de Vesper le fanal étincelle, Que le troupeau s'achemine à pas lents ; Que le pasteur, suivi du chien fidèle.

Traîne avec lui ses pénates roulants ; Et que tous deux, au poste vigilants, Jusqu'au retour de l'aurore nouvelle, Fassent la nuit tour à tour sentinelle.

Mais, soit qu'à l'air exposant vos troupeaux. Au sein des champs vous formiez cet enclos ; Soit que l'hiver, les chassant des prairies, Vienne sur eux fermer les bergeries; Que le pasteur, par un soin journalier. Renouvelant leurs couches de litière, Jette à leurs pieds une fraîche bruyère; Qu'un mets chois* charge le râtelier.

Et qu'une eau pure, à la source puisée, S'offre à leur soif aisément apaisée.

Note 13, page 42.

Le vin du clos, etc.

Je crains d'abuser de la patience du lecteur par des citations si longues et si iiuiltiplii^es; mais je réclame encore son indulgence pour les vers suivants , où j'avais essaye de peindre quelques effets du ciel pendanl les matinées de septembre et d'octobre , et de donner (juelqucs préceptes sur la veiulange.

Souvent alors dans l'orient brumeux On voit pâlir ses rayons * nébuleux ; Son disque échappe à l'œil qui l'examine, Et, sans chaleur, le brouillard du matin Fume et s'étend le long de la colline . Dans vos celliers voulez-vous que le vin. En vieillissant, des couleurs du raisin Garde toujours la teinte primitive!

Pour le cueillir, attendez prudemment Que le soleil en sa marche tardive Ait dissipé ces brouillards du moment.

Mais dans la coupe où la liqueur se vide, Si vous voulez que le jus des coteaux Coule i vos yeux, plus pâle, plus limpide Que le cristal où jailliront ses flots ; Saisissez l'heure où la grappe arrosée Vous offrira ces gouttes de rosée.

Que votre doigt, sans trop de mouvement, Du fruit mouillé dépouille le sarment ; Qu'une autre main dans de vastes corbeilles Pose avec soin ces dépouilles vermeilles ; Et pour porter, d'un pas sûr et soumis. Ce doux fardeau de la vigne au logis.

Que l'âne, aidé de son guide rustique, Prête sa marche et son dos pacifique.

C'est par ces soins qu'au pétillant chablis

On sait donner un pâle coloris.

Cette rosée éclatante et légère

N'est point perdue ; au sein des flots vineux,

Elle se change en globules mousseux,

Et le buveur la retrouve en son verre.

Quand l'économe aura senti le grain.

Cédant déjà sous le doigt qui le presse, Quitter la grappe avec plus de mollesse. Et d'un jus rouge ensanglanter la main ; Il en est temps : que la jeune bacchante Saisisse alors la serpe impatiente;

es NOTES.

Que le panier, de pampres tapissé, Pende à son bras mollement enlacé ; Et, du moment où le coq domestique Du jour naissant donnera le signal, Vers le vignoble, à ce cri matinal, Faites marcher le cortège rustique.

Il est des bords favorisés des cieux, Bords où la Grèce, en îles partagée, De ses coteaux voit le front glorieux Se réfléchir dans les flots de l'Egée, etc.

Note 14, paye 46.

Tu les connus, ces riants paysages,

Toi dont les vers, aussi purs que ton cœur.

Du frais Linimat vantent les bords sauvages!

Gessner est ne à Zurich, sur les bords du Limmat, .Ses poèmes de la Mort d'Abel, du Premier Novigaleur, et ses poésies [laslorales, sont entre les mains de tout le monde. Gessner élail iniprinicur-lchrairc, piofession qui, comme on le voit de nos jours par l'exemple des Didot, n'exclut ni l'cnidilioii ni le talent îles lettres.

Note 1,5, i)a(jc 47.

0 de Mcudon délicieux asile !

Les points de vue qu'on découvre des hauteurs de Meudou sont délicieux. Le bois et le parc sont particulièrement fré([uentés, dans la belle saison, par les botanistes qui vont y faire des herborisations, les paysayislcs qui viennent y chercher des sites pittoresques, et les écoliers de Paris qu'où y mène en promenade les jours de congé.

Note 16, pajjc 47.

Champs de Saint-Maur!...

Saint-Maur, joli village près de Pim'Is, au delà du bois de Vinccnncs.

Note 17, |>;i{;i! 47.

Berceaux de Romuiuvillc !

Le bois tic lîomuiiivillc esl une pronieiuulc cliiirinanle à deux ))eliies lieues de Paris, au delà de Belleville et du Frc-Saiiit- Gerviiis.

Note 18, pa(;e -49.

Et si de loin quelque humble métairie Que couvre un bois, qu'entoure une prairie, OlTre à mes yeux, sur la campagne errants, Ses volets verts, ses vPrgers odorants.

Ses toits en tuile, et déploie à la vue De quatre arpents la fertile étendue , Je porte envie à l'heureux possesseur, D'Alcinoiis agreste successeur.

Le jardin d'Alcinoiis ne contenait que quatre arpents, comme on en peut juger par la description , tracée de la main même ti'Honicrc, cliap. 7 de l'Odyssée.

Note If), page -i9.

Vient se jouer autour du cœur ému.

Circum pracordia ludil.

PERS.,Sat.

Note 20, paçc 50.

Noble séjour d'une antique puissance , Brillant Choisy, etc.

Clioisy, village à trois lieifts de Paris, sur les bords de la .Seine avait lui niugultiipie château (pic Louis XV avait aclieié et (pi'il avait embelli. Il ne reste plus rien de ce château, dont la charrue :i labouré les jardins.

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