‹ Œuvres poétiquesChapitre 9 sur 54 · D£ LA TROISIEME EDITION · texte numérisé non relu

D£ LA TROISIEME EDITION

tions 9 une faute de logique qu'il suffit de mettre à découvert pour reuverser tout Të-

âe tant de tains raisonnements^ Nos adversaires (qu'il me soit permis de parler ici au nom de tous les tmducteurs ) établissent d'abord comme principe que la traduction ad verbum^ c'est^4«-dire celfe qui rend la phrase de l'auteur original avec des mots parfaitement correspondants , et d'une signification absolument semblable , qui es-« prime ses tours par les mêmes tours ^ tes métaphores par les mêmes métaphores^ etc. ^ mërite seule le nom de traduction; et comme il est à peu près impossible de traduire de cette manière , chaque langue ayant son gé-* nie particulier qui fait qu'elle difiCèré de toutes les autres langues» ils en tirent cette con^ séquence que c'est une entreprise folle que de traduire : de là leur mépris pour les tra^ ducteurs.

%5ù PRÉFACE

Que leur répondrois-je ici que je ne leur aie déjà dit? En établissant ainsi, leur di** rois-)e encore , que les traductions ad ver^ bum sont les seules qui soient de véritables tradactions, il est évident que voussuppo^ sez ce qui est en quesiion ; ou pour mieux dire, que vous avancez un principe dont ïà fausseté est également démontrée et par l'exemple et par l'autorité. Il est de fait que Ton traduit et que l'on n'a jpoint cessé de traduire depuis qu'il existe dans le monde des littératures classiques et des gen»qui s'oc- ' cupent des lettres ; les plus grands maîtres de l'art , non-seulement n'ont point dédaigné eux-mêmes de s'exercer dans ce genre de travail, mais ont considéré des traductions bien faites comme des ouvrages utiles et .

agréables ; on en trouve dans toutes les ]an«gues -vraiment littéraires , et plusieurs y sont considérées comme des produclious aussi

Oigitized by

DE LA TROISIÈME ÉDITION. » iSi

classiques qae les clieffr-d'œuvre ongioanx dont elles sont les heureuses et brillantes co^ pies ; aucune de ces excellentes traductions n'eiA conçue dans le système rigoureux du MOT A MOT que vous présentez pomme le seul qui pût être atluiissible , si rimpossibilité n'en étoit pas démontrée (i), mais dans celiû

(i) La langue allemande, parmi tous les idiomes modernes de TEurope^ est la seule qui présente, avee les langues grecque et latine , des analogies assez complètes pour qu'on pût essayer d*y résoudre le problème des traductions ad tterbum^ M. Voss, célèbre philologue allemand , et que f ai déjà cité a osé tenter cette entreprise sur presque tous les grands classiques de l'antiquité , et ne Ta point achevée sans quelque succès. Cependant,, malgré tant de ressources qu'il pouyoit puiser dans une langue si flexible, si abondante , si essentiellement tTuiupojîaVe , son trairail n'est guère estimé par tous ceux qui connoissent a fond les délicatesses de

• F9rt% pag. i38

• j52 • PKEFACE

4efi équivalents que vous t'ejetez , et qui est fen effet le aeul syétkme posatbkf <rt niifiroiitia>? Ue« VejiièteBCe de ees traductioiis et restime doiit elles jouissent déposent donc contre Totre principe êt contre toutes les conséquenrlees que vous prétende^ en tirer $ et loin de conclure f conrnie vous y que les traductions ad verbum étant impossibles , il faut re— noncer à traduire j nous concluons , contre vous , que lé» traductions oii Ton emploie les équivalents étant les seules possibles ^ non-senlement il oonimiit de tradàîre aifr*jourd'hui ainsi qu'on Ta fait de tout temps |

cette langue > qae sons le rapport de l'exaetitode et de la difficulté vaincue ; ils ini reprochent delà roideur^ de la sécheresse, un manque presque total d^harmonie y et conviennent qu*il eût probablement beaucoup mieux traduit, s*il n^eût pas penné si loin cette manie d'une firoide èt minnticuse fidélité. «

DE LA TROISIEME ÉDITION. iSS

mais encore qjBL^il est néoèssrâre ^ lQr$<{iiéVeB a vainement cherché des tours et de» exr' pressions analogue j de traduire pat des

Toutefois . il n'y a point à se désespérer absolument ^ mêmtà avec M. Edme Ferlet ^ VoDiemi le |>htt- violent et le plus impl**" cable des traducteurs qui ait encore paru jusqu'à nos jours ; car j'ai remarqué qu'at<^ taquanA particuHeremènt y àaoé son discoura préliminaire ^ la traduction des «Géorgiqned par M. Delille, et triomphant de ce que cet écrivain n?a poittl tradml iiio€ h mot le dbe£i> d'oeuvre de Virgile ^ il ne peut s'empêcher de l'appeler un poëte célèbre et un illustre auteur. Il est donc possible dé devéniritfiii<« ire et célèbre en s'occUpant do oette espèce de travaux que M« Ferlet considère comme absurdes et méprisaUes s t'est un lot dont ponrroit à la rigueur se contenter le tradno»

teur le plus chatouilleux car son mérite lit-« téraire; et beaucoup sont loin d'aspirer à tant de gloire*

Je suis du nombre de ces derniers : néai^ u^oins, m'apprétant à publier cette troisième ^tion , je n'ai pas cru' devoir le fidre sans de nouveaux efforts pour rendre mon our* vrage moins indigne de Tindulgence avec laquelle le public a daigné jusqu'ici l'accueillir. Dans ce travail ^ la science j le goût et l'extrême complaisance de mon illustre ami f M* Boissonade , m'ont été d'un secours dont il me seroit diiEcile d'exprimer toute l'efficacité et dont je ne puis jamais être assez reconnoissant. II a bien Toulu m'y suivre y pour ainsi dire , pas à pas j et partageant la tâche que je m'étois imposée y m'indiquer , ici pour le sens du texte y Ik pour la Icorrection du style , l'élégance de l'expression et le mouvement de la

Oigitized by Coogll

DE LA TROISIÈME ÉDITION. iS5

plirâse , tout ce qui j dans l'édition pfécë-* dente 9 lui semblait ou foible y ou fkux 9 ou défectueux. Qu'il me permette donc de ne point finir sans lui offrir un bien léger témoignage de ma gratitude : si cette traduc-* tien , tout imparfaite qu'elle est encore , se frouTO maintenant placée à une moins grande distance de son modèle y je le dois unique^ ment au zèle infatigable de ce censeur amical et sévère ; Toium muneris hoc tui esty pottrrois-je lui dire avec le lyrique latin ; et j'ajouterai qu'il n'a pas dépendu de lui qu'elle n'atteignit un très-haut degré de perfection.

ODES D ANACRÉON

Page 1