‹ Œuvres poétiquesChapitre 103 sur 226 · Poilj pour cheveux. — Cf. Glossaire · texte numérisé non relu

Poilj pour cheveux. — Cf. Glossaire

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Et n'cust sçeu le destin rendre mon ame hostesse Ny de tant de plaisir, ny de tant de tristesse, Qu'encor ie ne sentisse et ma ioye augmenter Et ma peine décroistre à te le raconter.

le tais infinis dons cachez et manifestes, Que t'auoient départis les puissances célestes, Et diray seulement que iamais icy bas Nulle beauté qui tinst vn Monarque en ses lacs, N'vsa plus doucement de Fextréme puissance Que l'Amour luy donnoit sur son obéissance : Que ces mains qui pouuoient maint orage émouuoir, En rien qu'en obligeant n'ont monstre leur pouuoir : Que tu n'auois appris de nos vains artifices Qu'à les auoir en hayne au pair des plus grands vices : Et qu'en fin ton esprit n'estoit rien que bonté. Tout ainsi que ton corps n'estoit rien que beauté.

Toy seule à mon amour ayant coupé les ailes, Tu le tenois lié de chaisnes éternelles : Et ta seule beauté mes désirs arrestant M'auoit fait deuenir et fidelle et constant. Car nulle autre que toy ne plaisoit à ma veuë. Tant fust-elle et d'appasts et de grâces pourueue : Ou ses beautez pour moy n'auoient point de vigueur. Et contentant mes yeux, ne tentoient point mon cœur. Toy seule avois pour moy ces charmes et ces prises Qui font courir fortune aux plus libres franchises. Et l'Empire d'Amour, tant soit-il vn grand Roy, Ne me sembloit ny grand, ny puissant que par toy.

Aussi t'auois-ie éleiie entre les plus aimables Pour estreindre mon cœur de liens perdurables, Trouuant heureusement en toy seule amassé Tout ce qu'en maints sujets les dieux ont dispersé. Las ! faut-il que la mort résolue en pourriture Vn si rare thresor dedans la sépulture? Quelle hayne des Cieux, après tant de faueur Qui m'a fait de la France appeller le sauueur, Me poursuit maintenant, et sur ma triste vie Darde ainsi tous ses traits de courroux et d'enuie?

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Faisant d'entre mes bras par la mort arracher Tout ce que mon esprit eust iamais de plus cher, Et qui tant contentoit et ma vie et ma veiie, Qu'en estant l'vne et l'autre à iamais despourueûe, Le voir m'est superflu, car ie ne voy plus rien, Et le viure odieux, priué de tout mon bien.

Clair astre des François, Roy iuste et magnanime, (Luy respondit alors l'ombre de Caleryme) Nulle hayne des Cieux poursuiuant ta valeur Ne m'a rauie à toy pour t'emplir de douleur : Le Ciel aime ta gloire, et sans cesse conspire Auec tes saincts pensers pour l'heur de ton Empire : Mais le bien de l'Estat conserué par tes mains Veut que cédant aux vœux d'vn million d'humains, Tu r'engages tes ans dans les nœuds d'Hymenee : Et ie n'estois point celle à qui la destinée^ Auoit promis l'honneur d'estre coniointe à toy Far les sacrez liens de la nopciere loy : Bien que la France ait creu, veu ton amour extrême, Que pour me faire part du Royal diadème Ton esprit embrasé d'vne si longue ardeur Eleueroit ma vie à ce poinct de grandeur.

D'autres chaines d'amour, d'autres fiâmes t'attendent. Et ja d'entre les dieux, inuisibles, descendent Au cœur d'vne Princesse à qui l'heur des François Reserue ceste gloire en ses fatales loix. Princesse qui ne cède à nulle ame qui viue En rien dont la douceur les plus libres captiue : Qui rend de ses beautez l'Amour mesme amoureux : Qui nourrissant son cœur de soins tous généreux, lomt aux grâces du corps les richesses de l'ame, Et les vertus d'vn homme aux beautez d'vne dame. le ne la nomme point, si ce n'est la nommer Qu'auec ce peu de mots ses grâces exprimer : Car estant icy bas ses vertus sans pareilles, Et desia ses beautez ayant de leurs merueilles

I . Allusion au mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. — Cf. les vers qui suivent, et Introduction.

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Parmy toute la terre espandu leur renom, L'ornement d'Italie est son iuste surnom.

C'est de ces chaines-là dont les astres ordonnent Que les nœuds de lunon de nouueau t'emprisonnent, Pour voir naistre de toy de grands et puissans Rois ' Au sceptre et de la France et des monts Nauarrois, Voire à toute l'Europe, et presqu'à tout l'Empire Qui sous le ioug Turquesque incessamment souspire : Car celuy qui du monde embrasse je grand tour Ne promet rien de moindre aux fruits d'vn tel amour.

Il s'éleue vne sale au Palais de la Parque, Oij des Dieux et des Rois le père et le Monarque Reserre les destins des grands de l'vniuers Profondement grauez en des tableaux diuers, Les vns d'or et d'argent, et les autres de cuiure. Et les autres de fer, selon que les doit suiure Vn sort obscur ou noble, et qu'ils sont destinez De viure en leurs desseins bien ou mal fortunez. Là, dans vn tableau d'or où la main de Mémoire D'vn burin éternel a graué ton histoire, le leu n'a pas long temps, alors que le trespas En ce Palais fatal guida mes tristes pas. Que le doux fleuue d'Arne, et les champs qu'il arrouse Te deuoient (quelque iour enuoyer pour espouse Vne belle Princesse en qui l'heur des destins Assembloit les vertus des grands Ducs Florentins : Et que les fruits naissans de deux si rares plantes Estans l'vnique mort des discordes sanglantes Qui déchirent la France, y feroient refleurir Tous les biens que la guerre a contraints d'y mourir : Puis receuans du ciel, après quelque tempeste, L'Europe en héritage, et l'Asie en conqueste Occuperoient vn iour de leur seule grandeur Tout ce que de ce monde occupe la rondeur, Et feroient que la terre à leurs loix obligée Se verroit à la fin entre eux seuls partagée.

Là, ie leu qu'il estoit de long temps arresté, Que pour n'empescher point vn heur tant souhaitté

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D'arriuer à la France, il falloit que ma vie Me fust loin de tes yeux auant l'âge reuie : Ne pouuant aduenir que ton ardente amour, Moy viuante et voyant la lumière du iour, Te permist d'attacher les désirs de ton ame D'vn lien nuptial aux laqs d'vne autre dame.

Et bien qu'en relisant ce dur arrest des Cieux Quelques goûtes de pleurs sourdissent en mes yeux, Si me reconfortay-ie, au lieu d'en faire plainte. Voyant qu'au moins ma vie auoit l'heur d'estreesteinte Pour l'espoir d'vn tel bien, et qu'ainsi qu'autrefois Vn grand Prince appaisant la Déesse des bois, Sacrifia sa fille aux vœux d'vne vengeance \ La Parque m'immoloit aux destins de la France.

Donc, ô rare ornement des grands Rois d'icy bas, Ne va point plus iong temps souspirant mon trespas : Mais pense, en consolant les ennuis qui te rongent. Que ce dueil excessif où les hommes se plongent. Pour leurs amis esteints de tout bien se priuans. Ne sert de rien aux morts, et peut nuire aux viuans : Pouuant bien ta douleur plus long temps poursuiuie T'auancer le trespas, non me rendre la vie. Car la mobile roiie où se tourne le sort Des humains non encor abatus par la mort, Depuis que leur despoùille en la tombe est couchée. Est de cent doux d'acier pour iamais attachée, Et la superbe main du destin rigoureux Ne peut rien désormais ny contre eux ny pour eux.

Bien m'est-il doux de voir que pour ma vie esteinte Quelque trait de douleur rende ton ame atteinte : Car m'oublier si tost me voyant au tombeau. Ce seroit tesmoigner que l'amoureux flambeau Qui sembloit ardre en toy, n'estoit rien que feintise, Ou qu'en vn cœur léger sa flamme estoit esprise, Dont l'vn m'affligeroit plus que ma propre mort, Et tous deux paroistroient te condamner à tort.

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