‹ Œuvres poétiquesChapitre 105 sur 226 · SVR LE TRESPAS DE FEV, MADAME ^ SŒUR VNIQUE DU ROY · texte numérisé non relu

SVR LE TRESPAS DE FEV, MADAME ^ SŒUR VNIQUE DU ROY

Donc, ô grande Princesse, après la vaine attente D'vn heur qui deuoit rendre et la France contente, Et de ton cher Espoux les souhaits accomplis. Et tous les champs Lorrains d'allégresse remplis : Au lieu d'auoir conceu l'espoir de l'Austrasie, Et dissipé l'ennuy dont elle estoit saisie Pour le mal qui sur toy redoubloit son effort, Tu n'as finalement rien conceu que ta mort?

Donc le ciel rendu sourd à la voix de nos plaintes. N'a point eu de nos cris les oreilles attaintes? Ny tant de iustes vœux conceus pour ta santé N'ont sceu par nos souspirs fléchir la cruauté Du destin qui vouloit qu'à sa mortelle enuie La rigueur du trespas sacrifiast ta vie?

Las! si n'estoit-ce pas vn funeste cercueil, * Ny des regrets sans fm, ny des habits de dueil,

I. Catherine de Bourbon, qui épousa en 1599 le duc de Bar, Henry de Lorraine, et mourut en 1604.

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Mais vn heureux berceau, mais des chants d'allégresse, A quoy nous preparoit l'espoir de la grossesse Dont ta blesme langueur trompoit nostre désir, Nous taisant embrasser auec ioye et plaisir Ce qui deuoit en fm après maintes allarmes, Se terminer pour nous en vn sujet de larmes.

Ainsi quelque nouuelle annonçant le retour Des vaisseaux que le port attend de iour en iour, Le marchant qui pipé du ris de la fortune Les commist à la foy des vents et de Neptune, Pour aller deuestir tout vn bord estranger Des thresors dont on voit les Indes se charger, Balance en son esprit sa richesse future, Discourt sur le voyage, en suppute l'vsure. Prépare ses celiers, ouure ses magazins. Et rend desia son heur pesant à ses voisins : Quand on luy vient conter que non loin du riuage. Par la fureur des vents la flotte a fait naufrage : Qu'on en voit sur la mer ondoyer les morceaux : Et qu'en fm les thresors qui chargeoient ses vaisseaux Espars de tous costez par la plaine azurée Ne font plus qu'enrichir les palais de Neree.

Ah que l'esprit humain discourt ignoramment Quand son propre désir conduit son, iugement! On croyoit que ton mal, vtile à ta prouince, Animoit dans tes flancs quelcjue généreux Prince Que l'heur et la grandeur suiuroient d'vn mesme pas, Et le cruel plustost auançoit ton trespas. Et fraudant nostre espoir donnoit tout au contraire Non la vie à l'enfant, mais la mort à la mère.

Que ne dismes-nous point rendans grâces aux dieux, Quand vn si doux abus vint essuyer nos yeux? Et voyans maintenant ceste menteuse fainte Changée en tels sujets de douleur et de plainte. Que ne disons-nous point tançans la cruauté Du sort qui rend tes ans finis en leur esté? Nousnousplaignons du cielpresqueauec des blasphèmes Accusons le destin : nous accusons nous mesmes :

Et sans fin maudissons l'erreur de ce penser Qui faisoit loin de toy les remèdes chasser, Et tant choyer en vain la vie encor à naistre, Qu'on s'est rendu meurtrier par la crainte de l'estre.

Mais ces tristes effects de cuisante douleur, Ne nous seruent de rien contre nostre malheur : Car ny te lamenter ne te rend point la vie ', Ny n'allège l'ennuy.dont ta mort est suiuie : Et les pleurs que nos yeux versent incessamment Tombent autant en vain qu'ils tombent iustement. Cependant, ny sentir qu'ils nous sont inutiles Ne fait point nos regrets en estre moins fertiles, Ny penser que les cieux l'ont ainsi disposé Ne rend point pour cela nostre mal appaisé : Car en estant la cause et si iuste et si grande, La raison parle en vain et le dueil luy commande.

0 combien les vertus qui te faisoient aimer Nous rendent maintenant leur souuenir amer, Et que ces dons du ciel qui te seruoient de charmes Font sourdre en nostre cœur de souspirs et de larmes ! La Royale bonté de ton cœur généreux Nous remplit maintenant de regrets douloureux : Ta courtoisie aigrit l'ennuy qui nous consume. Et ta propre douceur nous repaist d'amertume : Pensans en quel degré de faueur et de prix Viuoient auprès de toy les excellents esprits. Et ceux que la vertu combloit des viues grâces Qui les vont éleuant d'entre les âmes basses. Les Muses tous les iours pleurent s'en souuenant : Et d'âche et de cyprès leur teste couronnant, Monstrent par leurs souspirs combien tu leur fus chère, Ou soit comme leur sœur, ou soit comme leur mère. Car tu fus l'vn et l'autre autant que leurs beaux arts Le pouuoient esprouuer en ce règne de Mars : Et tantost ta faueur donnoit vie à leur gloire. Presque les allaitant comme une autre Mémoire :

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