INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE
EAN Bertaut était né à Caen, Tan I ^ ^2 ^ Son père^ François Bertaut, originaire de la paroisse de Donnay et professeur de sciences au collège du Bois, s'occupa en personne de Tédu-
I . Cette date nous est donnée par un passage du livre de Huet : Recherche sur les Antiquités de Caen, pp. 34$ et 346.
Bertaut, en 1570, avait écrit un sonnet à la louange de l'ouvrage de Huet. Ce sonnet, adressé à Charles de Bourgueville, seigneur du lieu de Bras et de Brucourt, avait été conservé par le dédicataire dans ses œuvres manuscrites. M. de Bras y avait de sa main même noté que le jeune poète avait alors (en 1570) dix-huit ans. Huet eut connaissance de ce manuscrit et dit se l'être fait communiquer par M. Foucaud, intendant de la généralité de Caen. Ces deux sonnets sont en tête de l'ouvrage de Charles de Bourgueville, sieur de Bras, Recherches et Antiquités de la province de Neustrie, Caen, i$88, pet. in-40, réimpr. en 1877. Bourgueville était, comme Bertaut, ami de la Fresnaye, qui lui dédia des vers en tête de son livre : Recherche et Antiquités, etc.. La Fresnaye doit être l'auteur de cet anagramme de Charles de Bourgueville : L'heur de grâce use l'oubli.
Quelques auteurs prétendent que Bertaut était né à Condé-
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cation de son fils Jean et lui rendit familiers les auteurs classiques, grecs et latins ^
sur-Noireau : Baillet, Jugement des savants sur les poètes modernes y éd. in-40, tome V ; Le Fort de La Morinière, Biblioth. poétique y tome I, etc.; mais Huet (op. cit. y ibid.) dit que les descendants de Bertaut soutiennent aussi que Caen était le lieu de sa naissance. En outre, le Père Sanadon, qui était de Caen, consacre cette opinion dans une pièce intitulée : Ad viros Cadonenses ut poesim cotant j le nomme parmi les gloires de sa patrie, et côte à côte avec le poète Sarasin, natif d'Hermanville, près de Caen.
Dum stabit ingens gloria Galli Vincet Tibullum suavior asperum Bertaldus, auditusque nymphis Blandiloquo Sarasinius ore.
(Natales Stephani Sanadonis e Societate Jesu Odce Cadoni. Antonius Cavelier, 1702, pet. in-8, p. 46.)
Cf. Goujet, Bibl. franc., t. XIV, p. 149, i$o. — Voir aussi : Le Moreri des Normands , par l'abbé Guiot, ms . de la Bibl. de Caen; Poètes normands, publié par Baratte; Mémoires de V Académie de Caen, année 1840, p. 26. Notice par H. Martin, professeur de littérature à la Faculté des lettres de Rennes. Journal de l'Orne, numéros 25 et 26, an XI (1803), et un supplément au numéro du 19 août 18 10. Notice par Louis Dubois.
I Jean Bertaut avait un frère cadet, Pierre Bertaut, qui édita ses œuvres, et eut pour enfants : i<* François Bertaut (1620- 1702), lecteur de la Chambre du Roi, puis conseiller d'Église au Parlement de Rouen, et conseiller laïque au F^arlement de Paris. François Bertaut a écrit un Traité sur les prérogatives de la robbe. — 2^ Madame de Motteville, Françoise Bertaut (1621-1689), auteur des Mémoires pour servir à V Histoire d'Anne d'Autriche. Notre poète était donc de famille honorable , et si nous en croyons madame d'Aulnoy (Recueil des plus belles pièces, etc. ; v. supra, p. m, note 2), il eut un ancêtre du nom de Jean, qui fut le secrétaire de Charles VIII, et employé par ce prince dans les plus importantes affaires de ce temps-là.
II y a aussi un Jacques Bertaut dont le portrait est au Louvre, dans la salle des primitifs français, sur la cloison qui la sépare des galeries flamandes. C'est un homme d'une
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Mais la poésie française devait le détourner bientôt de ses premiers modèles. Deux maîtres , Ronsard et Desportes, excitèrent vivement sa jeune imagination.
Il le raconte lui-même dans son Discours sur la mort de M. de Ronsard :
le n'auois pas seize ans quand la première flame Dont la Muse m'éprit s'alluma dans mon âme ; Car dès lors vn désir d'euiter le trespas M'excita de te suivre et marcher en tes pas ; Me rendit d'vne humeur pensiue et solitaire Et fist qu'en dédaignant les soucis du vulgaire, Mon âge qui fleury ne faisait qu'arriuer Aux mois de son printemps déjà tint de l'hyuer.
Depuis venant a veoir les beaux vers de Desportes Que l'Amour et la Muse ornent en tant de sortes, Ce désir s'augmenta, mon âme présumant D'aller facilement sa douceur exprimant.
Fol, qui n'aduisay pas que sa diuine grâce Qui va cachant son art d'vn art que tout surpasse, N'a rien si difficile à se veoir exprimer Que la facilité qui le fait estimer.
Découragé, il revient à Ronsard :
Je te prins pour patron ; mais je pu moins encore Avec mes vers de cuiure égaler les tiens d'or...
Dès lors, les livres de ces deux poètes
trentaine d'années, vêtu d'un costume Henri II. Le Catalogue de l'école française, sous le n" 117, porte ; « Jacques Berîauîj contrôleur de la maison du Roy, qui vivait vers i$6o. » — On lit sur le portrait l'inscription suivante : « Jacques Bertaut, contrôleur de la mn du Roy. — (Ancienne « collection,) » Nous ignorons si ce Jacques Bertaut était parent du poète; chronologiquement il pourrait être son oncle ; mais rien ne nous a permis de l'établir. — Le seul portrait authentique de Jean Bertaut est à la Bibliothèque de
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furent ses inséparables compagnons, et il leur voua un culte pieux.
Alors vos escrits seuls me chargèrent les mains...
Ronsard même l'encouragea dans ses débuts poétiques :
/ Me disant que Clio m'appeceut de bon œil
Lorsque mon premier jour veit les rais du soleil ; Qu'il me fallait oser : Que pour longuement viure , Il fallait longuement mourir dessus le Hure, Et que j'aurais du nom, si sans estre estonné Je l'allois poursuiuaht d'vn labeur obstiné.
Il semble que Bertaut ait suivi ces conseils, et que toute sa vie ait été celle d'un laborieux. Un jour, comme il était malade, une dame de ses amies lui reprochait de trop aimer l'étude et de se fatiguer à lire ; Bertaut lui répondit par ces vers galants : '
...si la douleur qui m'abat sans remède Procède de trop lire, hélas ! elle procède De lire en vos beaux yeux que vous ne m'aimez pas^
Bertaut, du reste, n'a pas besoin d'un prétexte pour écrire des vers d'amour. Ceux
Caen. Il a été reproduit par M. Charles Devritz, dans les PotUs normands (édit. Baratte. Paris, Lacrampe. Gr. in-8o. Notice sur Bertaut, par G. Mancel). Ce portrait est celui d'un homme jeune, au front élevé, aux traits fins et portant toute sa barbe. Le visage est empreint d'une sévérité pensive.