I . De pour des
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La ialousc fureur d'vnc dame Gottique Plus qu'autre de son temps sauante en l'art magique, Et pour ses vains effects, impostures des yeux, Vénérable à Gernande au pair des demy-dieux : Ses monstres abuseurs luy semblants des miracles, Et ses termes sorciers des célestes oracles : Encor qu'elle ne sceust par charmes enchanter Le mal dont son esprit se sentoit tourmenter Par l'ingratte rigueur de son cruel Adee, Le seul de tant d'amants qui l'auoient possédée, Qu'auec plus de faueurs, de ruses, et de vœux. Elle se trauailloit d'arrester en ses nœuds : Lors qu'Amour estant prest de la rendre contente, La ieune et belle Aimonde en frustra son attente, Le tira de son piège et luy fist mespriser Le fard dont les attraits le souloient abuser.
Il n'est point icy bas de malheur ny d'outrage Qu'vn esprit amoureux sente auec plus de rage. Que de voir par brauade vn autre luy rauir Le bien à qui son cœur faict gloire de seruir. Il ne paist que de sang sa plus douce espérance : Voudroit bien enterrer sa vie en sa vengeance. Et tout plein de fureur déplore en son ennuy, Plus que son propre mal, le triomphe d'autruy.
Ce fut aussi de là que prist son origine La fiere inimitié dont ceste neuue Alcine ^ Animoit la fureur de son cœur sans mercy Contre la belle Aimonde et contre Adee aussi. Car l'vn autant que l'autre irritant sa pensée. Ainsi qu'également de tous deux offencee, Elle s'estoit iuré de les perdre tous deux : Et fust-ce auec vn coup sanglamment hazardeux, Ou fust-ce auec vn traistre et secret artifice. Payer ceste vengeance, ainsi qu'en sacrifice, -^ Aux fureurs de son ame, et par elle appaiser ^' Les cendres de l'amour qui souloit l'embraser.
I. Célèbre enchanteresse du Roland furieux. Cf. p. 212, vers 12.
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Bien qu^auec vn silence en tels maux non vulgaire,
Elle dissimulas! ce desir sanguinaire,
Attendant que le temps qui tient tout en ses mains,
En offrist vn sujet à ses vœux inhumains :
Et le temps qui deffait ou parfait toute trame,
En présenta bien tost ce moyen à son ame.
Adee estoit aymable, et l'accorte bonté Dont il accompagnoit sa virile beauté.
Non sans quelques vertus en Scandie assez rares, Le rendoient agréable aux âmes plus barbares. Mais entre les esprits que sa grâce attiroit, Celuy qui plus que tous en l'aymant l'admiroit, C'estoit celuy d'Aimonde à toute heure charmée Ou de sa belle voix pour les airs estimée, Ou de son doux parler, aigu, vif, et plaisant, Qui non empoisonné d'aucun trait médisant, Mais plein et d'vne adresse et d'vne grâce extrême, Auroit peu faire rire vn Heraclite mesme.
Aussi, comme embellie et de semblables mœurs, Et de mesmes vertus, et de mesmes humeurs. Et sans luy se trouuant d'ennuis accompagnée, Ains ne pensant rien voir s'en voyant esloignee, L'auoit-elle tousiours conjoint à ses costez : Soit qu'elle tint ses pas au logis arrestez : Soit que le promenoir, le bal, la comédie, Ou l'heure que l'Eglise aux prières dédie. Ou tel autre sujet qu'enfante chacun iour, L'inuitast à quitter l'ombre de son séjour.
Car luy qui comme esprits d'vne ardeur mutuelle Ne goustoit point non plus de volupté sans elle. Ne laissoit écouler nul sujet de la voir Que l'heur de la fortune eust mis en son pouuoir : Mais recherchoit par tout le bien de sa présence Auec le mesme effect d'ardante impatience Qu'vn amant bien épris recherche le bel œil Sans qui son cœur luy semble vn quadran sans soleil. Et si, quoy que tous deux égallement aymables Fussent et de beautez et de grâces semblables,
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L'amour n'allumoit point en leurs libres esprits Les désirs violents dont ils estoient épris : Mais la seule amitié qu'auec ses pures fiâmes La semblance des mœurs engendre es belles âmes, Quand encor la vertu serrant leur liaison, Ce qui plaist par nature est aymé par raison.
Cependant ils viuoient en ces chastes délices Sans aucun sentiment des amoureux supplices, Auec tant de franchise et tant de priuauté, Qu'encor qu'vn saint lien d'estroicte parenté De qui le ferme neud conioignit leurs naissances, Les semblast garantir du trait des médisances, Quiconque eust ignoré quel estoit leur penser, Auec iuste couleur eust peu s'en offencer.
Aussi s'en offençoit l'ignorance publique, Y pensant voir reluire vne flame impudique. Et mesme le mary, bien que le chaste soing Du cœur de son espouse eust le sien pour témoing. Ne peut tant maistrizer ceste odieuse crainte, Qu'il n'en sentist par fois quelque secrette attainte : Mais fuyant et le mal et le nom de ialoux, Mal qui blessant le cœur d'imaginaires coups. Se cache auec douleur, se descouure auec honte. Et dont mieux se guérit qui moins en fait de conte. Il masquoit d'vn mespris ce qui l'en offençoit, Monstrant d'y moins penser quand plus il y pensoit : Et souuent en ces maux nyoit toute créance Aux soupçons qui sembloient leur donner accroissance. Jusqu'à tant qu'à la fm ne pouuant plus celer Ce qu'en vain sa raison pensoit dissimuler, Et deuenant ^ sa playe vne vlcere profonde, Il en versa la plainte aux oreilles d'Aimonde : Mais auec vii discours qui plus la disposoit A s'esloigner du mal qu'il ne l'en accusoit : Et qui presque ioignant sa fin à son exorde Monstroit bien qu'il touchoit ceste odieuse corde
I . L'éd. de 1620 porte deuant; c'est sans doute une faute, il pour deuenant que nous avons rétabli.
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Auec la mesme peur dont se voit empescher L'homme qui sent son mal et qui n'oze y toucher.
Car l'ayant exhortée à conseruer la gloire, Que ses vertus sembloient promettre à sa mémoire, Et fuir* les suiets qui paroissent fournir De matière aux esprits cherchans de la ternir, Il luy fist quand et quand obscurément entendre, Auec quelle couleur on la pouuoit reprendre Du trop de priuauté que sans s'en indigner Entre elle et son Adee il enduroit régner : Bien qu'il en sceust plusieurs voyans sa patience, - En admirer plustost que louer le silence : La priant pour la fin non de plus ne le voir. Mais de régler sa veuë aux loix de son deuoir : Aymer sa renommée, et par estre imprudente -, Ne perdre point le bien ae.paroistre innocente.
Ces mots ainsi remplis d'vne douce rigueur. Si quelque bon Démon eust conseillé son cœur, La pouuoient aduertir que d'estranges orages S'enfantent bien souuent de semblables nuages : Et qu'en de tels propos vn mary se forçant, Celuy qui tant en dit, en va bien plus pensant. Mais elle qui croyoit n'estre à rien redeuable Par les loix de l'honneur fors qu'à viure incoupable. Non à s'estre cruelle, et priuer son désir De ce qui sans offence aporte du plaisir. Par crainte d'exciter les iniustes murmures D'vn peuple qui ne parle et ne croit qu'impostures : Elle ay-ie sans coulpe et qui sentoit en soy Nulle sienne action n'auoir rompu sa foy, Monstra lors par effect qu'en se voyant reprendre Souuent l'intégrité ne se daigne deffendre. Mais ne respondant rien, et prouuant sa douleur Par mille changements de geste et de couleur