I. Infaillible. L'éd. de ibzo porte infalible
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Confirmant tes soupçons permettoit le contraire, Quel tourment se peut voir rendre la vie amere Qui ne deuint ton hoste, et forçant ta raison Ne te fist employer le fer ou le poison ? Laisse, laisse, impudent à rechercher d'aprendre Ce qu'il te déplairoit tant seulement d'entendre. Mieux vaut vn mal douteux qu'vn torment asseuré, Ce mal-là ne cuist point quand il est ignoré.
Auec de tels propos d'vne ame atpprise à faindre Allumants en effect ce qu'ils sembloient esteindre, Ogiere en apparence essayoit de pousser Le désir de Gernande à quelque autre penser : Mais s'augmentant en luy ce feu d'impatience. Si tost qu'elle eut changé sa parole en silence, Il redouBla ses vœux, requist et pressa tant, Qu'elle qui pleine d'art cedoit en résistant, O Gernande, dist-elle, à la fm tu me forces. Et de ta fureur propre enflâmes les amorces : Le destin ne veut pas qu'on l'importune ainsi : Souuent trop rechercher fait trop trouuer aussi.
Ce dit, elle se leue, et tournée en arrière, Vers le coing où pendoit la magique verrière, Pour prononcer dessus les grands et puissans mots Que ce mestier impie enseigne à ses deuots : Apres qu'elle eut trois fois du pied frappé la terre : Par trois fois en bâillant haleine sur le verre : Sur les bords du miroir figure quelques traits, Bref, de tout ce mystère accomply les secrets : O démons (ce ^ dist-elle en ses plus bas murmures) Qui dedans ce cristal exprimez les figures De ceux dont il vous plaist vous rendre imitateurs, Tantost en gestes vrays, et tantost en menteurs, Vangez-moy ie vous prie, emplissez la pensée De ce Gernande icy d'vne rage incensee Qui luy porte la main au poignard impiteux. Exposant à son œil l'acte le plus honteux
U Pronom explétif, fréquent au xvi« siècle.
DE M. Bertavt. 227
Dont le cœur d'vn mary, mesme vne ame jalouse, Puisse estre son honneur blessé par son épouse '. Qu'il soit faux c'est tout vn : mon esprit outragé Cherche non d'estre instruit, mais de se voir vengé .: Vengez moy donc, démons : derechef l'en coniure ^) Vostre humeur d'elle-mesme assez prompte à l'iniure.
Ayant dit ces propos en foible et basse voix, Elle apella Gernande, et l'ayant fait trois fois Esteindre et r'auiuer la lumière d'vn cierge, Y brusler du genest arrouzé d'huille vierge, Et s'enclorre au milieu d'vn cercle de métal, Elle le laissa seul contempler ce cristal, 0\i la première veuë en tremblant élancée Ne monstra rien à l'œil qui blessast la pensée, Ny faisant voir qu'Aimonde vn Hure fueilletant, Et deuant elle Adee ainsi comme chantant. Pour le second regard (car ces vaines images Ne laissoient pas long temps contempler leurs visages, Ains les traits s'en monstroient en peu d'heure obscurcis) Il les reuit tous deux près l'vn de l'autre assis Presser vn mesme lit, et rendre par leurs gestes Leurs ieunes priuautez vn peu trop manifestes, Mesme aux yeux d'vn mary, mesme aux yeux d'vnialoux Qui d'vn seul passe-droit les imagine tous.,
Que vous diray je plus -? après maintes rencontres Des regards de Gernande auec les fausses montres De ces ombres sans corps tantost apparoissants, Et tantost du miroir leur image effaçants, A la fin il les vit pareils à l'Androgine S'exercer es combats de Mars et de Cyprine.
Quel trait lors de douleur vint son cœur entamer Nul, s'il ne la senty, ne le peut exprimer. Tout le sang aussi tost luy frémit dans les veines : /
Son poil se hérissa : cent griffes inhumaines
1 . Pour que ce vers, sans être bon, ne fût pas obscur, il faudrait : en son honneur.