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Aussi, mon doux espoir, tout ce que ie demande Lors que de mes souhaits i'importune les Dieux, C'est que mon cœur ardant soit trouué digne offrande De vous sa viue idole, et du feu de vos yeux.
Encor est-ce vn souhait impossible en nature : Car pour offrir un cœur aux ffammes de vostre œil, Digne de sa lumière et si saincte et si pure. Il faudroit vn Phœnix comme il est vn Soleil.
STANCES
Qviconque admirera Tardant feu de mon ame, Estonné d'vn amour si rare et si parfait; "^ Qu'il aille contempler la cause de ma flame, Et lors il cessera d'en admirer l'effect.
Il verra la Beauté qui me tient en seruage, D'vne si saincte ardeur les âmes enflammer, Qu'il me condamneroit à l'aimer dauantage S'il pensoit qu'vn mortel peust dauantage aimer.
Car le ciel a logé tant de grâces en elle, Et de tant de beautez ses traits sont reuestus, Qu'elle est toute parfaite, osté qu'elle est cruelle, Et rien fors la pitié ne manque à ses vertus.
Nul aussi n'eust iamais l'heur de sa cognoissance, Qui volontairement ne s'en soit veu charmer : Et qui n'ait en l'aimant senty la repentance De n'auoir pas plustost commencé de l'aimer.
Ses attraits ne sont rien qu'agréables supplices, Qu'inuisibles filets tendus pour les esprits, Que venins enchanteurs destrempez en délices. Et trompeurs hameçons qu'en prenant on est pris.
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Si deuant son beau teint, ce teint qui tout surmonte, Ou la rose ou le lis osent se présenter, Soudain on apperçoit que l'vn rougist de honte. L'autre pallit de peur de s'en voir surmonter.
Ses yeux, ces petits cieux oij sans cesse il éclaire. Et d'où l'Amour froudroye vn million de cœurs, Sont des yeux les plus beaux le parfait exemplaire. Et font mesme en tuant qu'on aime leurs rigueurs.
Aussi quiconque en voit l'œillade enchanteresse Empoisonner ses traits de ses plus doux appasts, S'il ne meurt point d'amour il faut qu'il se confesse Ijidigne de mourir d'vn si noble trespas.
Regardant de son poil flotter les riches ondes, le pense aux fleuues d'or que la Grèce a chantez : Et ne demande plus, voyant leurs tresses blondes, En quelles rets Amour prend tant de libertez.
Sa bouche est un iardin bordé de fleurs écloses, Où l'Eloquence mesme habitant ce pourpris Fait parler les œillets, fait sous-rire les roses, Et la voix d'vn corail enchanter les esprits.
Quant à sa belle main, ceste viue merueille Qui de ma liberté rend l'Amour possesseur, Elle seroit au monde vnique et sans pareille Si Dieu l'eust condamnée à n'auoir point de sœur.
Mais pour mon double mal elle basquit gemelle D'vn marbre qui mobile en dix branches se fend : L'vne exerce le vol, et l'autre le recelé : L'vne commet le meurtre, et l'autre le défend.
Ainsi .les loix du ciel à ses vœux fauorables, La comblant de tout l'heur qui se peut désirer, Ont rendu ses beautez tellement admirables, Que mon extresme amour s'en doit moins admirer.
A peine ie la vey que ie m'en laissay prendre. Charmé de ses beaux doigts doucement inhumains Car tant s'en faut qu'alors il me pleust m'en défendre, le leur aiday moy-mesme à me lier les mains.
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Aussi deuins-ie heureux, deuenant leur conqueste : ) mon ame, reuere et beny ce beau iour, il fay que désormais ainsi qu'vn iour de fèste, I soit marqué de rouge au calendrier d'Amour '.
STANCES
y je vous offensez point, belle ame de mon ame, ,N De voir qu'en vous aymant i'ose plus qu'il ne faut : ^est bien trop haut voiler, mais estant tout de flame ]e n'est rien de nouueau si ie m'éleue en haut.
Comme l'on voit qu'au ciel le feu tend et s'élance, Km ciel de vos beautez, ie tens pareillement : /Tais luy c'est par nature, et moy par cognoissance; -uy par nécessité, moy volontairement.
Aussi suis-le content que le sort aduersaire )arde sur mon amour quelque trait orageux, ^ourueu que .l'accusant ainsi que téméraire, ^elqu'vn aussi le loiie ainsi que courageux.
Car il me reste assez graué dans la mémoire, ^e voulant m'approcher d'vn céleste flambeau, ^a mort en ceste audace est coniointe à la gloire, it que sous ce trophée est basty mon tombeau.
Mais puis qu'en mon amour il faut que ie m'égare, )u vol ae me3 désirs déréglant la hauteur, )e quel plus beau Soleil pourroy-ie estre l'Icare, ^oy qui veux consoler ma mort par son autheur?
L'homme est bien malheureux, de qui Tame indiscrette ^eut ailleurs qu'en vos mains sa franchise enfermer : - Z'est ou n'auoir point d'yeux pour vous voir si parfaite, 3u n'auoir point de cœur pour vous oser aimer.
I. Calendrier fait trois syllabes, comme bouclier, meurrier, ouvrier.
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Quant à moy , ie plaindrois et ma peine et mes larmes, Si ie les despendois pour de moindres beautez. Car ie iiay qu'vn autre œil m'enchante de ses charmes, Que celuy qui rendroit les dieux mesme enchantez.
Non, sçachant que ma flamme est céleste et diuine, le ne puis rien aimer s'il n'est esgal aux dieux : le veux qu'vn bel oser ^ honore ma ruine; Et puis qu'il faut tomber, ie veux tomber des cieux.
Arrière ces désirs rempants dessus la terre : l'aime mieux, en soucis et pensers eslevez, Estre vn aigle abattu d'vn grand coup de tonnerre, Qu'vn cygne vieillissant es iardins cultiuez.
Non, en volant si haut ie ne crain point l'orage, Et l'eflFroy du péril ne m'en retire point : Ce qui sert d'vne bride aux esprits sans courage. Est vn vif esperon dont le mien est espoint.
l'aime qu'à mes desseins la fortune s'oppose : Car la peine de vaincre en accroist le plaisir. . Pouuoir facilement obtenir quelque chose, M'est assez de sujet d'en perdre le désir.
Aduienne seulement que mon ame embrasée Du désir d'acquérir ceste riche toison.
Trouve la seule peine à mes vœux opposée, Afin que de ce monstre elle soit le lason,
Mais helas ! ie crains fort qu'vn malheur inuincible Transforme tellement l'heur à qui ie m'attends. Qu'au lieu de difficile il le rende impossible. Et ioigne à mes trauaux la perte de mon temps.
Démentez ceste crainte, ô beauté qui conuie Aux erreurs de l'Amour les plus sages esprits : Suffise à vos rigueurs qu'il me couste la vie. Sans que l'en perde encor et l'attente et le prix.
I . Oser, verbe pris substantivement ; un bel oser, pour une belle audace.
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Ainsi de vostre teint l'immortelle ieunesse fe soit iamais sujette à l'empire des ans : [y ne puissent iamais les traits de la vieillesse ous rendre les miroirs des objects mal-plaisans.
Ainsi la libre voix des belles de cest âge, 'ous puisse déclarer Roine de la Beauté; ,t tout ce qui dédaigne à vous en faire hommage, iriminel enuers vous de leze Majesté.
STANCES
Jélas que me sert-il d'aimer si l'on ne m'aime, j "1 Pipé du vain espoir qui m'a presque charmé? î ressemble au flambeau sur la table allumé, lui pour seruir autruy se consume soy-mesme.
0 bel œil, doux vainqueur des Royalles couronnes, lui promets des faueurs et donnes du tourment, lonne ce qu'en riant tu promets vainement, lu bien, à tout le moins, promets ce que tu donnes.
Pourquoy, rares beautez, sous ces appasts aimables iachez-vous les tourments dont l'esprit est gesné? aut-il que ressemblant au sucre empoisonné ostre propre douceur vous rende redoutables?
Ah! douceur sans pitié qui feinte et menteresse [e promettois tant aheur au plus malheureux iour ! 'uis que ceste promesse engendra mon amour, i veux manquer d'amour comme toy de promesse.
Heureux, si mon ardeur commençant à decroistre, ,t mon cœur essayant de redeuenir sien, i le voulois sans teinte, et sçauois aussi bien iorriger mon erreur que ie la sçay cognoistre.
Mais ie me sens estreint d'vne chaisne éternelle : ,t quand i'en pourrois rompre ou dissoudre les nœuds,
n'aduiendra iamais qu'en violant mes vœux .e peu de foy d'autruy me rende moins fidelle.
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Toutes les 'cfuautez des amoureux supplices Gesnant ma fermeté, peuuent si peu pour moy; Qu'aymer trop constamment et trop garder ma foy, Se peut dire à bon droit estre l'vn de mes vices.
l'esperois que le feu de qui Tardante flame Se voit de ma raison tous les iours triompher, Ou grand et violent vous pourroit échaufer, Ou foible et modéré s'esteindroit en mon ame. ^
Mais au lieu que Tesprit de la flamme ordinaire Se laissant vaincre à l'eau du froid se rend vaincœur; Le mien brusie en mes pleurs et vous glace le cœur, Viuant en son contraire et causant son contraire.
En vain donc ma raison à sa flamme s'oppose : Mon amour est céleste, il ne sçauroit périr :;P * Au moins 'il ne sçauroit qu'auecques moy mourir, Car viure et vous aimer, en moy c'est mesme chose.
Le feu dont la Chimère estoit iadis à craindre, S'esteignoit par la terre, et s'allumoit par Teau : Le mien en est ainsi ; la terre du tombeau Seule esteindre le peut, si rien le peut esteindre.
STANCES
ue s'empescher d'aimer est dur aux belles âmes! , Qu'aimer fidellement apporte de soucyl Qu'Amour tempère mal vos glaçons et mes fiâmes 0 beauté trop aimable et trop aimée aussi !
Las, i'endure pour vous de si tristes allarmes, Qu'à ces rares beautez qui causent mon trespas C'est ou trop de rigueur que de les voir sans larmes, Ou trop d'aueuglement que de ne les voir pas.
Maïs vous les voyez bien, et par ma flame ardante lugez bien que vos yeux ont ces feux attisez : Car en fin vous monstrez d'estre trop clair voyante Pour né cognoistre point le mal que vous causez.
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Vn autre œil que le vostre auroit-il la puissance De me faire en amour tant de peine endurer? Autre cœur que le mien auroit-il la constance De souffrir tant de mal sans plaindre et souspirer?
Non non, vous voyez bien la grandeur de ma peine Quoy que ce fier esprit n'en soit en rien touché. Vostre œil n'est point aueugle, ains vostre ame inhumame Et par sa cognoissance elle accroist son péché.
Ou bien la froide humeur dont vous estes glacée Fait qu'ingrate et cruelle à ma saincte amitié, Voyant bien mes ennuis des yeux de la pensée, Vous ne les daignez voir des yeux de la pitié.
Las eussé-ie attendu qu'vne Beauté si rare Sous ses riants attraits cachast tant de rigueur? Et qu'vn object aimable à l'esprit plus barbare, Estant si doux à l'œil, fust si cruel au cœur?
Non, le n'eusse pas creu que sous ce beau visage Logeast tout ce qu'Amour a d'aigreur et d'orgueil. Aussi, quoy que mon mal trop tard me rende sage, Mon cœur d'oresnauant ne croira plus mon œil.
Mon œil pipé du vostre a creu les apparences Dont Amour sçait charmer vn esprit peu rusé : Mais moy ie n'en veux plus tromper mes espérances, Ny croire Fabuseur non plus que l'abusé.
Aussi bien me paist-il d'vne espérance vaine ; Et tout ce que mon ame en ose présager. S'il contient vérité ne m'annonce que peine. S'il me promet du bien se trouue mensonger.
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