FAICTES AU NOM D'VNE DAMOYSELLE
En fm, ce cœur voilant qui tenoit à louange Le tiltre d'inconstant et le nom de léger, >'est remis en mes mains, n'ayant appris du change Vutre chose sinon qu'il eut tort de changer.
En fm, il a cogneu que de tout ce qu'il aime lien n'est ne si loyal ne si constant que moy, il qu'il ne sçauroit estre à mon amour extrême ^'extrêmement ingrat ou plein d'extrême foy.
Helas ! s'il l'eust cogneu, dés l'heure qu'en mon ame Ion nom et son portraict fut viuement graué, amais nul changement n'eust amorty sa flamme : -e qui me l'a rendu me l'auroit conserué. ^
Mais pour auoir fermé les yeux sur ma constance, •es pensers abusez ailleurs ont fait séjour, >i bien que pour auoir manqué de cognoissance, Ion malheur a voulu qu'il m'ait manqué d'amour.
Mais ie le luy pardonne, et sans plus ie souhaite Qu'il ne prenne lamais plaisir à ma langueur : Aussi bien, pour punir la faute qu'il a faitte, Mon ame a trop d'amour et trop peu de rigueur.
Et puis, le priuilege acquis à tous les hommes Apporte autant d'excuse à sa légèreté, Que la changeante humeur du sexe dont nous sommes Fait mériter de gloire à ma fidélité.
Maintenant il me iure vne amour immuable, Et voila, ie le croy, trompant mon iugement : Il est vray que c'est croire vne chose incroyable, Mais quoy? ie ne puis viure en croyant autrement.
Las, fay moy ceste grâce. Amour, ie te supplie, Que puis Que tout mon cœur de ta flamme est remply, Et puis qu il faut qu'encor moy-mesme ie m'oublie, le puisse, en me forçant, oublier son oubly.
STANCES
Quand ie pense au départ dont Tiniuste rudesse Me doit en peu de iours séparer de votre œil, ,^ ^^ L'heur de vostre présence augmente ma tristess< Et vos propres faueurs me sont causes de dueil.
le veux mal au destin de m'estre fauorable : Je me plains des plaisirs qu'Amour me fait gouster : Et prierois volontiers ce doux impitoyable De ne me donner point ce qu'il me veut oster.
Aussi, que me sert-il de voir comme vn Torquate Couronner mon amour d'vri' glorieux loyer; Et durant cet honneur dont la gloire me flatte, Vne cruelle absence à la mort m'enuoyer.?
Ainsi de verds festons et de fleurs couronnée, Au milieu des haut-bois accompagnans ses pas, La victime Payenne estoit iadis menée Aux lieux qu'elle rendoit sanglans par son trespas.
DE M. Bertavt. 557
Mais pour ne préuoir point sa mortelle auanture, Tombant elle mouroit vne fois seulement : Et moy, pour trop penser à ma perte future, le souffre le trespas cent fois en vn moment.
Si bien que vostre veuë en vain presque m'éclaire, Près de l'aueuglement qui mes yeux va bander : Car la crainte de perdre vne chose si chère, Fait que ie ne sens .point l'heur de la posséder.
Impitoyable autheur du feu qui me consume, Tjran plustost que Roy de l'Empire amoureux. Si mesme tes plaisirs sont meslez d'amertume. Combien sont tes tourments cruels et douloureux!
Las ! ta plus grande ioye en regrets est confite : Chez toy les plus doux ris sont tous baignez de pleurs : Tes fruits sont comme ceux du riuage Asphalite ' ; Et tousiours vn serpent se cache sous tes fleurs.
Mais arme contre moy la plus fiere inclémence Des maux dont ton pouuoir se plaist d'estre remply; Que si ce n'est assez des tourments de l'absence, Appelle encore ceux qui naissent de l'oubly :
Poiir cela ta rigueur n'aura point la victoire Sur ce qui rend ma foy sans égalle icy bas : Ce sera son malheur, mais ce sera sa gloire. Estant là son triomphe où seront ses combats.
I. Asphalite, ou plutôt Asphaltite. Le lac Asphaltite est la mer Morte; la légende affirmait que les ft-uits cueillis sur ses bords s'évanouissaient, au moindre contact, en cendre et en fumée.