‹ Œuvres poétiquesChapitre 160 sur 226 · RESPONSE POVR VNE DAME · texte numérisé non relu

RESPONSE POVR VNE DAME

AUX VERS d'VN CAUALIER.

Désirer de voir en mon ame Estinceler la mesme flame.

Qui vous embraze nuict et iour :

uést brûler, d'une ieune enuie, Qui de peu de raison suiuie.

L'est au moins de beaucoup d'amour.

Mais requérir que nos franchises A d'égales loix soient soumises

I . Empestrery c'est-à-dire lier, enchaîner. Ce mot ne s'emploierait plus dans le style noble.

DE M. BerTavt. 377

Dedans Tamoureuse prison :

C'est rendre vne euiûente preuue, Qu'en vostre cœur il ne se treuue Nulle amour ny nulle raison.

Hé bons dieux ! et qae pourroit-ce estre, Si le seruiteur et le maistre Mesmes loix ensemble gardoient?

Ces loix iniustement égales Rameneroient les Saturnales, Où les seruiteurs commandoient.

Non non, les amants et leurs dames N'estreignent pas ainsi leurs âmes D'vne égalle captiuité.

Des vns l'extrême obéissance.

Des autres l'extrême puissance.

C'est de l'amour l'égalité.

Aussi, quoy que ie vous promette Vne amitié saincte et parfaicte Qui suruiura mon dernier iour :

le ne puis, pour ceste promesse, Estre ensemble et vostre maistresse, Et vostre compagne en amour.

Vous voulez que ie ne chérisse L'affection ny le seruice De nul autre amant que de vous :

Comme s'il nous deuoit déplaire Que le flambeau qui nous éclaire Esclairast à d'autres qu'à nous.

Mais vous n'estant pas seul aimable, Vous seriez trop déraisonnable De vouloir seul estre chery.

Et ce seroit, sous l'apparence D'vn amant plein de reuerence, Imposer les loix d'vn mary.

D'où naissent en vous ces pensées De qui les ailes insensées

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Vous vont ainsihaut éleuant? Vous seriez-vous bien fait accroire Que vostre ame eust attaint la gloire De m'obliger en me seruant ?

le ne sçay point de seruitude Qui, sur peine d'ingratitude, Me lie au ioug de ceste loy :

Ny ne croy point que là iustice M'oblige à payer vn seruice Qu'on m'aura rendu malgré moy.

Mais bien me plaist-il que Ton croye.

Les chastes faueurs que i octroyé Aux vœux de votre affection, Estre vn honneur qui la surpasse, Et plustost s'accorder de grâce Que non pas d'obligation.

Promettez à vostre seruage Ce qu\n amant fidelle et sage Se aoit promettre pour loyer :

Mais defendez-vous de prétendre Plus que vous ne deuez attendre, Et qu on ne vous peut octroyer.

Vn amour, encore qu'extresme, Qui présume trop de soy-mesme.

Se fait bien souuent mal-traicter, Et passant les iustes limites, Ruine ses propres mérites Par s'estimer trop mériter.

Que ce penser vous admonneste D'estoufer l'iniuste requeste.

Que m'a fait vostre ieune ardeur :

Ou bien, d'vne haine aussi grande Que ie doy hayr la demande, le haïray le demandeur.

Ma grâce vous estant acquise, II faut que cela vous suffise :

De plus, ie ne puis l'accorder.

Qui cherche de moy dauantage, De cela mesme il fait naufrage ; Et perd tout par trop demander.

ÉLÉGIE

omme alors que le iour s'est caché sous la terre Le soufler plus ouuert se referme et reserre Ne daignant laisser voir à son petit orgueil D'autres flammes es Cieux que celles du Soleil, Ainsi quand les malheurs, qui trauersent ma vie, M'ont de vostre bel œil la présence rauie, Le mien se fermeroit ; dolent de ne voir rien Qui ne semble exprimer la perte de son bien Et dédaigneux de suiure, en l'ombre où ie chemine, Vne lumière humaine après vne diuine, Fuiroit en quelque lieu de clarté despourueu. Cherchant ae ne rien voir et de n'estre point veu; Si le poignant regret, que me cause ma perte, Ne tenoit ma paupière incessamment ouuerte Aux pleurs, dont le ruisseau coule sans s'estancher De mon cœur misérable, ainsi que d'vn rocher.

De vous dépeindre au vif les peines que i'endure Errant en vne nuict si tristement obscure. L'ingénieux pinceau des plus rares esprits L'essay'roit vainement s'il l'auoit entrepris. Vous, imaginez-les, qui pouuez de vous mesme. Par vos perfections, par mon amour extrême. Par l'aise que ie sens voyant vostre beauté, luger quel mal ie souffre en estant absenté. Le mal n'est gueres grand qui se peut bien dépeindre : Et ie sçay mieux souffrir que ie ne sçay me plaindre, Ayant 1 ame plus ferme à porter les malheurs. Que la langue éloquente à conter mes douleurs.

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Le crayon tous les iours monstre en vostre peinture, Que tant plus sont parfaits les traits dont la nature A voulu pour sa gloire vn visage animer, Tant moms facilement Part les peut exprimer. Vne parfaitte amour en effect est semblable, Tant plus ardante elle est, moins elle est exprimable : ■ Et le mal que l'absence aux amants fait gouster. S'il se fait bien sentir, se voit mal raconter.

Helas 1 si ceste ardeur qui m'a mis tout en flame Embrasoit seulement la moitié de vostre ame, le n'aurois nul besoin de ceste plainte icy Pour faire à vostre esprit iuger qu'il est ainsi. Vous mesme en mon absence, atteinte de tristesse. Vous plaindriez le tourment dont la vostre me blesse : Cognoistriez quel mal c'est qu'estre loin de son bien; Et sentant vos ennuis, vous jugeriez du mien. Mais le Ciel vostre autheur, ô ma douce inhumaine, Ne vous forma iamais pour souffrir tant de peine. Sa main vous a voulu ses grâces départir Pour donner du tourment, non pour en ressentir. Aussi suffiroit-il au désir qui m'allume. Si lors que loin de vous le regret me consume, Pour rendre aucunement mes ennuis appaisez Vous plaigniez pour le moins le mal que vous causez. le ne me plaindrois point si vous daigniez me plaindre : Car malgré les malheurs qu'en absence on doit craindre. Heureux est le destin du seruiteur absent De qui l'on sent l'absence autant qu'il la ressent.

Mais las ! pourquoy faut-il que les arbres sauuages Qui vestent les costaux ou bordent les riuages. Qui n'ont veines ny sang qu'Amour puisse allumer, OBseruent mieux que nous les loix de bien aimer?

On dit qu'en Idumee, es confins de Syrie, Où bien souuent la palme au palmier se marie. Il semble à regarder ces arbres bien-heureux Qu'ils viuent animez d'vn esprit amoureux.

Car le masle courbé vers sa chère femelle Monstre de ressentir le bien d'estre auprès d'elle * : Elle fait le semblable, et pour sentr'emorasser On les voit leurs rameaux l'vn vers l'autre auancer. De ces embrassements leurs branches reuerdissent, Le Ciel y prend plaisir, les astres les bénissent : Et l'haleme des vents souspirants à Tentour Loiie en son doux murmure vne si saincte amour. Que si l'impiété de quelque main barbare Par le trenchant du fer ce beau couple sépare, Ou transplante autre-part leurs tiges désolez, Les rendant pour iamais l'vn de l'autre exilez : Jaunissants de l'ennuy que chacun d'eux endure Ils font mourir le teint de leur belle verdure, Ont en haine la vie, et pour leur aliment N'attirent plus l'humeur du terrestre élément.

Si vous m'aimiez, helas ! autant que ie vous ayme, Quand nous serions absents nous en ferions de mesme : Et chacun de nous deux regrettant sa moitié, Nous serions surnommez les palmes d'amitié. Nom qui nous conuiendroit, si de mesme constance, Si de mesme désir nous faisions résistance A tout ce qui pourroit vne amour estoufer, Et par nostre victoire en sçauions triompher. Mais autant que ma flamme est grande et violente. Autant, pour mon tourment, la vostre est foible et lente, Et telle qu'est l'ardeur d'vne ame où fait séjour Vne simple amitié, non une ardante amour. La mienne est comparable au feu d'vne fournaise Qui tourne tous les jours vne forest en braise : Et la vostre à celuy qui dessus les autels Fume d'vn peu d'encens au pied des immortels. Et c'est ce qui me tuë, et qui fait qu'à toute heure Mon cœur impatient gémit, souspire, pleure, Et fait prière aux Cieux qu'ils m'acordent le bien D'augmenter vostre amour, ou d'amoindrir le mien.

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