POUR LES CHEUALIERS DE LA BALEINE
Le bruit qui prend naissance en la bouche des hommes Ayant outre la mer, aux terres où nous sommes, Comme un vent murmurant, semé de toutes parts Le renom des tournois dont vn paisible Mars Réueiile en ceste Cour la fameuse prouesse Qui sembloit sommeiller aux cœurs de sa Noblesse: Mille esprits, allumez d'vn brasier généreux, S'estoient soudain rendus ardamment désireux D'y venir sur les rangs, et du fer d'vne lance Esprouuer au combat la françoise vaillance. Que l'on dit à combattre et vaincre les dangers Surmonter la valeur de tous les estrangers.
Nous donc pour faire voir qu'ailleurs que dans les Gaulles Le pesant corcelet bruit dessus les espaulles. De l'aiguillon d'honneur dedans l'ame picquez. Hardis nous nous estions sur la mer embarquez; Et desia nostre route auoit, assez heureuse, Trauersé grande part de la campagne ondeuse; Quand un vent ennemy qui s'esmeut à l'instant Assaut nostre nauire, et tout art surmontant, La pousse contre vn roc et la brise en la sorte Qu'vn page entre ses mains casse vn verre qu'il porte.
Tristes ioiiets de l'onde et des vents inhumains Nous roullions sur la mer en vain tendans les mains, Bouleuersez des flots et battus de la gresie, Hommes, cheuaux, harnois, confondus pesle-mesle : Lors que ce grand Poisson accourant à nos vœux, Dans Tabysme sauueur de son grand ventre creux Engloutit nos cheuaux, nous et nostre equippage Qui flottoit sur la mer, reliques du naufrage : Puis suiuant nostre routte, et nous menant à bord, Nous fait trouuer la vie où nous craignions la mort.
4l8 ŒVVRES POÉTICLVES
Ainsi par le Dauphin reuerant la musique Fust iadis garanty ce renommé Lyrique ', Que rhomicide main des traistres matelots Pour iouïr de son or ietta dedans les flots.
Vous donc Phares d'Amour, belles et sages dames Dont la grâce est le port des amoureuses âmes, Beaux yeux qui de vos feux tout le monde embrasez , Bien-veifî^nez nostre entrée et la fauorisez. Que PolTux et Castor luise en votre visage. Nous ne nous croirons point garantis du naufrae^e, Tant que l'astre gémeau de vos yeux beaux et doux D'vn regard fauorable ait éclairé sur nous. Mais si venant tenter ce guerrier exercice. Nous sentons vostre grâce à nos armes propice : Rien ne vit icy bas si fier ne si vaillant Qu'auec heureux succez nous n'aillions assaillant. Et dont nous n'espérons, par l'heur de la victoire. Immoler la valeur aux pieds de vostre gloire.
RECIT