‹ Œuvres poétiquesChapitre 171 sur 226 · EN BRODERIE · texte numérisé non relu

EN BRODERIE

Ces fleurs que nul Hyuer ne tuë, Et dont richement est vestuë Geste troupe d'amants contens, Monstrent que les yeux de leurs Dames Estans les soleils de leurs âmes, Y causent tousiours le Printemps.

Peut estre, parmy ces fleurettes Viuent quelques plantes secrettes De soucis arrousez de pleurs ; Peut-estre ont-ils en leurs poitrines Les cœurs aussi percez d'espines Que leurs corps sont couuerts de fleurs.

Mais qui ne sent point les trauerses Du soin et des peines diuerses Dont viuant nous nous trauaillons?

Et qui, franc de crainte et d'enuie, Cueille les roses de la vie Sans se picquer aux aiguillons?

Les plaisirs de la vie humaine Sont tous meslez de quelque peine, Et le bien suiuy du malheur :

Mesme l'Amour jamais n'enuoye Ny le déplaisir sans la joye, Ny le plaisir sans la douleur.

C'est pourquoy, si quelque tristesse Tourmentant leur belle jeunesse

DE M. BERTAVT. 421

Donne la gesne à leur vouloir; Constans ils souffrent et se taisent :

Ou soit que leurs peines leur plaisent, Ou soit qu'ils n'osent s'en douloir.

Aussi, mal-seante est la plainte A l'ame heureusement attainte DVn coup qui luy sert d'ornement.

Souffrir pour vn sujet aimable , Est aussi doux qu'est estimable L'honneur de souffrir constamment.

Puisse leur troupe généreuse S'esioùir d'vne vie heureuse Jusqu'au poinct de son dernier iour :

Pour charger autant leur mémoire Des immortels fruicts de la gloire , Qu'ils le sont des fleurs de l'Amour.

RECIT

POVR VNE MASQUARADE.

Beautez, viuants portraits de la diuinité. Puis qu'Amour prend de vous sa naissance et son estre, I^imitez point Medee en inhumanité :

Ne faites point mourir ce que vous faites naistre.

C'estparvostrepechéjdouxtourmentsdenos cœurs, Que iamais les Amours ne sortent hors d'enfance : Car vous les estouffez auecques vos rigueurs. Aussi tost que vos yeux leur ont donné naissance.

Cependant, si l'Amour estoit mort de tout poinct. Vous verriez de beaucoup vostre gloire amoindrie : Car la Beauté seroit (si l'Amour n'estoit point) Comme ces petits dieux que personne ne prie.

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