DE MYRTE
AV ROY
Prince victorieux, ces mortelles Déesses Qui d'infinis vainqueurs se rendant vainqueresses Ont rauy la franchise à maint braue guerrier. Voyant tant de valeur luire en vostre courage. Viennent offrir en vœu, d'vn humble et iuste hommage, Leurs couronnes de Myrte aux vostres de Laurier.
Acceptez d'vn bon œil les saints vœux de leurs âmes : Mais gardez vostre cœur des inuisibles fiâmes
424 ŒVVRES POÉTIQVES
Dont l'ardeur étincelle es éclairs de leurs yeux, ^
Si, pour n'auoir pas l'heur d'estre vne pyralide, ^1
Il ne vous plaist bien tost, ainsi qu'vn autre Alcide, ^f Vous aller tout flambant asseoir entre les Dieux.
De beautez, de rigueur, et de grâces armées Elles sont tellement au meurtre accoustumees, ^î»
Et font si dure guerre aux cœurs des plus constants, Que le frain d'une saincte et iuste reuerence ij..
Ne les retiendra pas, mesme en vostre présence, X
De blesser ou meurtrir quelqu'vn des assistants. V.
Il est vray que les coups de flèches inuisibles ,r
Qui voilent de leurs mains dans les cœurs moins sensibles Font vn si doux tourment aux esprits endurer. Qu'on doute si s'en voir mortellement attaindre. C'est vn malheureux bien que l'esprit doiue craindre. Ou bien vn heureux mal qu'il doiue désirer.
RECIT
POUR LE BALLET DE SEIZE DAMES REPRESENTANS LES VERTUS^ DONT LA ROYNE ESTOIT L'VNE.
Voyant la douce Paix et la diuine Astree Habiter maintenant ceste belle contrée.
Et sembler y promettre un second âge d'or, La Foy, la Pieté, la Bonté, la Clémence, L'Equité, la Raison, la Douceur, l'Innocence, Bref, toutes les Vertus y retournent encor.
Les voicy qui s'ornant de figures mortelles Font, à pas mesurez, cheminer deuant elles La Richesse et la loye, et les chastes Esbats : Afin de faire voir en ces ombres pariantes, Que les seules Vertus par la paix fleurissantes Font fleurir la richesse et la ioye icy bas.
DE M. Bertavt. 425
Grand Monarque François, l'heur de nos destinées, C'est par vous qu'elles sont en France retournées : Vous en auez chassé leurs mortels ennemis : Aussi, c'est près de vous qu'elles se viennent rendre, Sçachant que de vous seul elles doiuent attendre Le permanent séjour qu'elles s'y sont promis.
Vous les verrez venir superbement parées, Et non comme Platon les auroit désirées Pour charmer tout d'amour à les voir seulement : Mais, ny leur riche habitn'empesche point leurs charmes, Ny ce n'est point de honte à vos heureuses armes. Qu'en France la Vertu s'habille richement.
Ce ne sont que beautez, qu'attraits, que mignardises ^ Dignes d'assujettir les plus libres franchises. Et dont mesme les Dieux se sentent combatus. Amour les accompagne, et dans ses viues fiâmes Fart pour elles brûler les plus célestes âmes : Mais est-il rien si beau que l'amour des Vertus ?
L'amour en est diuin, la flamme en est louable, ^
Et digne de brûler d'vne ardeur perdurable Dans les plus beaux esprits iusqu'au point du trespas : Car tant s'en faut qu'aimer (mesme auec violence) Leurs célestes beautez ce puisse estre vne offence, - Que ce seroit péché de ne les aimer pas.
Mais quand quelque inhumain les voudroit prendre en haine, Encor ne sçauroit-il qu'il n'en aime la reine, Tant elle semble aimable aux cœurs moins amoureux. La reine des Vertus les a toutes en elle : Aussi, vous la donnant pour compagne éternelle. Les cieux vous ont rendu content et bien-heureux.