‹ Œuvres poétiquesChapitre 175 sur 226 · FAITTES PROMPTEMENT POUR LE BALLET DES PRINCES DE LA CHINE · texte numérisé non relu

FAITTES PROMPTEMENT POUR LE BALLET DES PRINCES DE LA CHINE

De ces monts de la Chine où les enfants des Princes Ne reçoiuent iamais l'heur de la liberté, Que quand, pour commander à cent grandes Prouinces, Ils changent leur prison en vne Royauté, Nous venons d'arriuer en ces belles contrées Par des routtes qu'en l'air Amour nous a monstrees.

Amour qui peut tousiours des choses impossibles, Pour faire qu'à l'instant nous peussions y voiler, ^

Nous a fauorisez des ailes inuisibles *

Dont luy-mesme il se porte es cieux et dedans l'air. Merueilleuse venue, incroyable aux oreilles, a

Mais aussi venons-nous pour y voir des merueilles.

Ce qui nous y conduit sous les douces promesses D'vn heur de qui la gloire attireroit les Dieux, C'est le volant renom de ces grandes Déesses Qui naguère icy-bas descendirent des Cieux, Et l'espoir de gouster, voyant ces doux miracles, Le bien que nous promit la voix de nos Oracles.

Allez, (nous dirent-ils, enquis de nos prières. Où nous pourrions trouuer de plus douces prisons). Allez-vous-en en France, et là soient vos geôlières Ces beautez dont la fleur règne en toutes saisons : Ces Beautez qui naguère au monde retournées Y tiennent des plus grands les âmes enchainees.

Là, vous vous verrez pris du laqs ineuitable Qui captiue le Ciel, la terre et les Enfers : Là, vostre ame apprendra, bien qu'il soit incroyable, Comme l'on peut aimer ses chaines et ses fers : Et vos douces prisons, quoy que délicieuses, Au prix de celles-là vous seront odieuses.

DE M. Bertavt. 427

Ainsi nous dist l'Oracle ; et nostre ame embrasée Du désir d'esprouuer les aises d'vn tel heur, Soudain forçant la force à nos vœux opposée, Recogneut que l'Amour augmente la valeur : Et feit, pour le désir de se voir icy prise, Ce qu'elle n'a point fait pour nous mettre en franchise.

Nompareilles Beautez, à qui rendre seruice Nous plaist plus que régner en mille et mille lieux, Regardez nos désirs d'vn œil doux et propice. Et ne démentez point les oracles des Dieux : Mais puisque nos prisons doiuent estre éternelles, Que ce soient vos faueurs qui nous les rendent telles.

PANNARETTE

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