DV BAPTESME
DE Monseigneur le Dauphin.
|ES ans dont pas à pas vn lustre fait son tour Auoient en fin au monde amené le beau iour Où nos iustes désirs conceuoient l'espérance £ De voir donner un nom au Dauphin de la Frai Quand l'Eternel Ouurier de la terre et des Cieux Estendant icy-bas les regards de ses yeux, (Yeux par qui sa bonté régit ce qu'elle crée) Et voyant les aprests de la pompe sacrée Qu'en vn si saint mistere obseruent les mortels, Orner de toutes pars la face des Autels, Il fist venir à soy d'vn doux clin de sa teste Neuf messagers volans dont l'aelle est tousiours preste D'aller aussi soudain que s'eslance vn penser Publier les Arrêts qu'il lui plaist prononcer. Et d'vn geste sentant son Monarque céleste, Leur rendit en ces mots son vouloir manifeste :
Le Dauphin des François est prest de receuoir Le nom que mes destins luy permettent d'auoir : Non commun à des Rois célébrez sur la terre Pour des astres en paix, et des foudres en guerre, Dont l'un que sa vertu rendit si généreux louyt de ma présence entre mes bien-heureux. Mais outre ce nom là que la France renomme Pour le iuste respect des vertus d'vn seul homme, Et de qui l'homme seul se peut dire inuenteur, le veux qu'il en porte vn qui m'ait poTur son auteur,
ŒVVRES POÉTIQVES DE M. BERTAVT. 429
Et cjui par les effets rende vn iour tesmoignage Qu'il seruoit au futur de fidelle présage, Et dedans vn seul mot se voyoit contenir Le prophète discours de ses faits à venir. Allez, assemblez moy de toutes les prouinces Les plus rares vertus, et plus dignes des Princes, Qui se puissent loger dans les esprits humains Destinez pour porter des sceptres en leurs mains. Dites leur qu'il me plaist qu'elles soient ses marrines. Et que versant sur luy des eaux toutes diuines. Celle de leur troupeau de qui les sainctes loix Sont plus dignes de viure en l'ame des grands Rois, Luy départe son nom, et désormais l'inspire Comme l'vnique espoir de tout vn grand empire, A qui par mes décrets nul terme n'est prefix. Et dont i'ayme le Père, et veux chérir le Fils.
le voy desia la Thrace et les ondes ^gees Auoir peur d'estre un iour sous ses armes rangées. Et le Croissant doré qui se croit sans pareil, Pallir deuant les rais de ce nouueau Soleil. C'est aux plus grands vaisseaux, comme aux Princes des flottes, Qu'il faut de plus experts et plus sages pilotes : l'ay soin des grands estats : et moy qui luy promets Vn sceptre plus puissant qu'aucun ne l'eut iamais : Moy qui dois tout courber sous son obéissance, le veux que ses vertus égallent sa puissance : Et feray qu'ainsi soit : i'en prends les quatre coings De la terre et du Ciel pour fidelles tesmoings.
Comme il eut dit ces mots, soudain la troupe ailée Vers les champs d'icy bas estendit sa volée, Et partant comme vn trait de la main d'vn archer, Celuy qui s'imposa le labeur de chercher La magnanime Andrie ^ au milieu des idoles Qui contre-font son port, sa mine et ses paroles, La trouua sur le point qu'aux mortels se celant. Elle alloit enjamber vn grand coursier voilant,