I . Valeur. (ISoîe de l'auteur
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En dessein de passer aux nations estranges Pour moissonner ailleurs de nouuelles louanges.
L'armet qui lui couuroit le front et les cheueux Sembloit en se mouuant briller de mille feux : Vne riche forest de plumes azurées Rendoit vn fier ombrage à ses armes dorées : Et le tranchant acier qui luy pendoit du flanc, Appris dans les combats à se paistre de sang, Comme tout affamé de son mets ordinaire, Monstroit de demeurer l'hoste mal volontaire Du superbe fourreau qui de perles semé, Dans vne prison d'or le tenoit enfermé. Sur ce riche fourreau viuoient par la sculpture, De cet esprit dont l'art anime vne peinture, Les faicts que la vaillance a le plus signalez. Soit durant le long cours des siècles escoulez. Soit durant les présents, par la main des Monarques De qui tout l'uniuers porte encores les marques. Làjdansl'eauduGraniqueet sur les rouges oords, (Non lors riues d'vn fleuue, ains montagnes de morts) Alexandre forçoit la Victoire elle-mesme D'asseruir tout le monde à son seul diadesme. Là, le vaillant César foudroyant de sa main La puissance et du peuple et du sénat Romain, Et soumettant leurs loix aux loix de son espee, Terrassoit soubs ses pieds les lauriers de Pompée, Qui tout pasle, et saisy d'effroy non attendu, Quittoit et la Pharsale et son camp esperdu.
Quoy ? tu fuis, grand Pompée, abandonnant la gloire Tant de fois recueillie es champs de la Victoire, Et s'enfuyans les tiens le premier tu les suis ! Il est vray qu'à ce coup c'est César que tu fuis : Voila ta seule excuse, et le bras qui te dompte T'apporte au moins ce bien qu'il amoindrit ta honte.
Sur le bout de l'espee où l'or n'estoit mesié D'aucun autre métal ny plein ni cizelé, Nostre Roy tout couuert de poudre ensanglantée,
DE M. Bertavt. 431
Chassoit le fer au poing l'Espagne épouuantec,
Et contre vn camp my-more irritant sa valeur,
Faisoit perdre aux plus fiers l'haleine et la couleur.
L'or paroissoit fuir' détache de sa place
Et blesmir sur des fronts nagueres pleins d'audace,
Luy secouant les flots d'vn grand pennache blanc,
Par vn braue mespris de respandre le sang
Du vulgaire soldat sur la teste des herbes,
Ne se prenoit qu'aux Chefs, qu'aux Alfiers-, qu'aux superbes
A qui leur riche habit ou l'orgueil de leur port
Se payoit par ses mains d'vne soudaine mort.
Les siens à son exemple aguisants leur courage
Faisoient de tout le reste vn glorieux carnage :
Le sang cjui par ruisseaux la campagne arrousoit,
En formoit comm vn lac qu'vn ruby composoit.X
Le flanc d'vn estuy d'or graué de telle emprainte Couuroit l'acier trenchant dont Andrie estoit ceinte^ Mille autres furieux et renommez combats Semoient à traits d'argent, du haut iusques au bas, La iuppe qui tomboit du relief de ses hanches. Sur les cordons dorez de ses sandales blanches. Telle on peindroit Minerue assaillant les Géants, Ou s'armant contre Mars sur les bords Ideans.
Au soudain arriuer de ce courrier céleste, La Nymphe composa la fierté de son geste. Et luy qui briefuement instrusit son penser De propos que le Ciel l'enuoyoitanoncer. L'ayant en fin enquise où tendoit son voyage, Elle luy respondant bastit vn tel langage :
Céleste messager, tandy que ce grand Roy, Qui fait ployer la France aux doux ioug de sa loy, Tailloit ae son espee vne image à sa gloire. Pour l'asseoir en triomphe au temple de Mémoire,