‹ Œuvres poétiquesChapitre 178 sur 226 · Fuir fait ici deux syllabes · texte numérisé non relu

Fuir fait ici deux syllabes

2. Alfier, nom commun, porte-enseigne. Voir Lexique. — Cf. Lacurne, op, cit.

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Rien ne tenoit mes pas loin des siens écartez, le luy guidois la main; i'estois a ses costez; Ains i'estois en luy mesme, et faisois voir sans cesse Que son esprit m'auoit pour éternelle hostesse. Mais puis que maintenant la paix l'a desarmé, Tenant Mars désormais en son temple enfermé, le cedois au désir de ma tranchante epee Qui ne peut longuement rester non occupée : \ Et tandy que son cœur de repos amoureux

Me rend comme inutile à son bras valeureux, le m'en allois ailleurs chercher quelque autre terre Qui seruist de théâtre aux fureurs de la guerre. Pour me voir derechef es combats moissonner Les palmes dont son bras m'y faisoit couronner. Car d'animer tousiours du feu de ma vaillance Le courage insensé des ieunes de la France, Mon cœur n'y consent plus, les voyant si souuent, Pour des suiets légers nais et nourris de vent, Auancer de leurs iours les bornes naturelles. Et s'immoler sans cesse à de folles querelles. Où presque le vainqueur rougit d'en triompher. Et pour qui mettre au poing la vaillance du fer. Outre que la victoire en est digne de larmes, Cest prophaner l'espee et la gloire des armes.

Non que ie trouue estrange en des cœurs si bouillants Que pour le point d'honneur, l'Idole des vaillants, Vn caualier sensible aux pointes des outrages Auanture sa vie à d'euidents naufrages.

Puis qu'estant sans honneur, on est sans sentiment, Si l'on ne iuge point la vie estre vn tourment : Mais ievoudrois qu'on sçeust, non par l'apprentissage D'vn cœur vaillant sans plus, mais d'vn vaillant et sage En quoy peut consister ce riche point d'honneur Pour qui perdre la vie est au monde vn bon-heur. ,

Car vne telle yuresse emplit les fantasies De ceux dont ceste erreur tient les âmes saisies. Que tel estimera son honneur offencé Dendurer quelque mot en ioiiant prononcé,

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Qui n'estimera pas luy pouuoir faire iniure Le souillant vilement par vn lasche parjure; Ou sans aucvn respect de deuoir ny de foy Trahissant meschamment sa patrie ou son Roy, Ou rendant vne place auant que l'on l'assaille, Ou fuyant des premiers au iour d'vne bataille. Ainsi l'esprit attaint d'vne bigotte erreur, Croit commettre vn péché presque digne d'horreur, Quand par oubly des loix qu'aprescriptes l'exemple Non laué d'eau sacrée il entre dans vn temple : Et l'insensé qu'il est, nul regret ne le mord D'auoir précipité l'innocent à la mort Par vn faux tesmoignage, ou par la violence Que fait aux sainctes loix vne miuste sentence : Ains rit de voir gémir es laqs qu'il a brouillez La vefue et l'orphelin de tous biens despoiiillez.

Ces valeureux Romains, vainqueurs de tout le monde, Ne fondoient point l'honneur où cet âge le fonde, Ny n'en estimoient point la gloire consister A faire auec l'espee vn mot interpréter, Pointiller sur vn rien et s'acquitter l'estime Que cherchent les dueils en leur sanglante escrime. De préceptes plus saincts dés leur enfance imbus. Ils ignoroient l'vsage, aussi bien que l'abus, D'vn appel, d'vn second, d'vn cartel homicide Sinon lors que les loix leur en laschoient la bride, Pour la gloire publique, encontre la valeur D'vn publique ennemy se prenant à la leur. Mais quand d'vne vertu de louange affamée Il falloit des premiers enfoncer vne armée, Ou de grands coups de traits percez de part en part, Vainqueurs aller mourir sur le haut d'vn rempart, Ou s'abismer tous vifs dedans la gueule ouuerte D'vn gouffre qu'ils deuoient refermer par leur perte, Ils le sçavoient bien faire, et sans peur du trespas. Nul homme en ce chemin ne deuançoit leurs pas. Tesmoin en est encor la magnanime audace D'vn Curce, d'vn Decie et d'vn vaillant Horace,

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Et d'autres qui viuants à iamais signalez

Se sont pour leur patrie eux-mesmes immolez :

Et de qui les beaux faits, pour l'honneur qu'ils méritent

Désespèrent les cœurs autant qu'ils les incitent.

Aussi mourants ainsi, les hymnes et les fleurs

Honoroient leurs conuois, non les cris ny les pleurs : ^

Car la fleur de leurs noms n'estoit iamais flestne, H^

Et pour le moins leur mort seruoit à leur patrie :

Au lieu que le trespas qui conduit au cercueil

Ces jeunes forcenez n'est digne que de dueil :

Leur courage les perd sans profit et sans gloire,

Et ne reste rien d'eux qu'vne triste mémoire

Qui fait qu'en condamnant la fureur qui les poind

On les honore assez de ne les blasmer point.

Voy que de Caualiers fameux par leur vaillance Ont fait en ces duels auorter l'espérance Que l'on conceuoit d'eux, frustrants indignement Les Rois leurs bien-faicteurs du glorieux pay'ment Qu'on attend d'vn guerrier ayant sa renommée Le iour d'vne bataille au milieu d'vne armée : Et donnant aux fureurs des bouillons insensez Dont leurs ieunes esprits monstrent d'estre poussez Ce qu'ils deuoient offrir d'vn plus saint sacrifice, A leur Prince, à la France, à leur terre nourrice. On composeroit d'eux (si tels qu'ils estoient lors Ils retournoient icy du royaume des morts) Non vn seul esquadron, mais vne armée entière Qui seule aux escriuains fourniroit de matière. Et qui pleines d'Hectors, d'Achilles, de Césars, Comme en son élément se plairoit aux hazards : Ains que suiuant les pas de son valeureux Prince Rendroit tout l'Vniuers enclos en sa prouince. Au lieu qui ^ maintenant ils sont dans le tombeau Regrettans la clarté du céleste flambeau. Ou là bas en des lieux éternellement sombres Se battans sans sujet auec des pauures vmbres.

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