I. Au lieu qui, pour au lieu que
C'est pourquoy, ce malheur renaissant tous lesiours, Ny rien n'ayant pouuoir d'en supprimer le cours, Et sentant que ma gloire en est presque ternie, Quand mon nom s'attribue à leur fiere manie, Aïïn de ne plus voir ces aueugles esprits Faire tomber ma gloire en vn iuste mespris. Et mes grâces par eux se conuertir en vices, l'allois chercher ailleurs de plus saincts exercices, Aymant mieux voir des cœurs si peu maistres de soy Ne me posséder point, que d'abuser de moy.
Icy se teut Andrie, et de ce doux langage L'Ange en luy respondant luy flatta le courage. Certes, Nymphe, ta plainte a beaucoup de raison, Mais excuse les feux de la jeune saison. Il est plus mal aisé que peut-estre il ne semble, D'estre ieune, et François, et sage tout ensemble. Ce mal vient d'vne erreur grauee en leur penser, Qu'vn esprit courageux qui se sent offenser. Ne doit (s'il tient sa vie aux armes occupée) Rechercher sa raison en rien qu'en son espee ; Et qu'vn signe, vn clin d'œil, vn vmbre seulement Suffit pour offencer vn noble sentiment. Pernicieuse erreur, et qui rend inutiles Tous les throsnes des loix guerrières et ciûiles : Car le glaiue public trenche ou menace en vain, .Si du glaiue priué chacun s'arme la main : Et vaine est la iustice aux magistrats suprêmes, Si les suiets ont droit de se la faire eux-mesmes.
Aussi ne croy-ie pas qu'vn si sanglant malheur Accompagne tousiours leur fameuse valeur : Le frein des sages loix qu'auec tant de prudence Leur Prince arme aujourd'huy contre ceste licence, Bridera leur audace, et monstrant vn sentier Par oià, ce cher honneur restant en son entier, Vn caualier pourueu d'adresse et de courage Leur aille demander raison de quelque outrage, Collera leur espee au fond de son estuy; Sinon quand en l'ardeur de combattre pour luy
Contre les ennemis qui le sort luy suscite, Se plonger dans le sang fera gloire et mérite.
Cependant disposée à l'attente de mieux, Exécute l'arrest du Monarque des cieux ; Et demeurant en France où ta gloire est si grande, Fay qu'vn iour son pouuoir à la terre commande, Ne fust-ce qu'en faueur de ce nouueau Soleil Sur qui tout l'vnivers commence à jetter l'œil, Les vns pleins d'espérance et les autres de crainte. Ce bien-neureux Dauphin où tu parois emprainte. Et qui semble loger, dés ses ans imparfaits. En ses yeux ton image, en son bras tes effets.
Certes on n'auroit sceu, respond Andrie à l'heure. Par vn charme plus fort m'astreindre à la demeure : (Aussi bien y viuant ce grand Roy mon soucy. Cet autre Roy, son père, y croy-ie viure aussi) Car ie veux, comme en l'vn ie suis vne merueille, Estre en l'autre vn miracle, et luire sans pareille En tout ce qu'osera le bras de sa vertu Pour le sceptre ancien que ses Ayeux ont eu : Soit qu'il fasse tourner le front de ses armées Vers ces crestes de mont que la flamme a nommées. Soit qu'il jette les yeux sur ces fertiles champs Qui regardent Boote^ et les soleils couchants : Dont les Princes sont dits dans les antiques contes, Comtes entre les Roys, et Roys entre les comtes.
Sur ces mots prononcez du mesme ton de voix Qu'vn oracle animé respondoit autrefois, Tous deux prindrent leur vol par la plaine céleste. Vers la place arrestee, où s'assembloit le reste Des Royales Vertus à qui fut ordonné D'imposer le grand nom par le ciel destiné.
Là se trouuoit desia la Royale Eumenie^, Et celle qu'on croyoit du monde estre bannie,
1 . Bootey pour Bootes, le Bouvier, constellation voisine de la Grande Ourse.