‹ Œuvres poétiquesChapitre 183 sur 226 · Procès, contention. {Note de l'auteur · texte numérisé non relu

Procès, contention. {Note de l'auteur

4. Soucy. (Note de l'auteur.) $. Depence. (Note de l'auteur.)

440 ŒVVRES POÉTIQJ/ES

Vne suitte de bancs Tvii à l'autre enfilez, Portans de diuers noms leurs fronts intitulez, En bordoient les parois du long âge enfumées, Perches de mains oyseaux aux griffes emplumees, Et dont la plume agile est apprise à voiler Pour ce riche métal qui fait taire et parler. Nul ordre n'y regnoit : vne bruyante presse Roullante en tourbillons, s'y demenoit sans cesse. Grosse de tous estats, de prestres, de marchands, De nobles , de bourgeois , de laboureurs des champs : On s'y poussoit l'vn l'autre allant parmy ses ondes Qui deçà, qui delà se portoient vagabondes.

L'vn crioit sans respect , l'autre se courroussoit : L'un courtisoit son iuge, et l'autre le pressoit : Qui parloit d'vn deffaut, qui d'vne guarantie : Cestuy-cy querellant menaçoit sa partie : Cestuy-là démentoit le rapport d'vn tesmoing : Huissiers alloient, venoient, leurs baguettes au poing. Vn dessein d'aduocats fourmilloit par la place , Dont les moins occupez en mesuroient 1 espace : Tout boûilloit de discords ; et quand l'vn s'acheuoit. L'autre prenoit naissance : vn bruit s'en élevuoit, Tel qu'on oit quelquesfois sur le bord du riuage , Lors que la mer s'appreste aux fureurs d'vn orage.

Auprès de tant de flots, la nuict seule accoisez, Paroissoit un vieillard qui seul, les bras croisez. Les yeux fichez en haut, et le visage blesme, Monstroit bien de loger quelque dueil en soy-mesme. L'Ange l'apperceuant porta vers luy ses pas. Et se feignant sujet à la loy du trespas. Bon Père, (luy dit-il, pour sonder sa pensée) Où pourray-ie trouuer la Princesse Dicee Que ie cherche par tout auec peine et soucy. Et qu'en vain mon espoir cuidoit trouuer icy?

Dicee! he mon enfant, elle n'est plus au monde. (Respondit le Vieillard, laschans presque la bonde Aux pleurs qu'il retenoit , et jettant vn souspir) Ce feu que la mort seule a pouuoir d'assoupir,

DE M. Bertavt. 441

Geste bruslante soif des thresors de la terre,

Et tous les maux appris à luy faire la guerre^

La forçant de quitter ces misérables lieux,

L'ont contrainte à la fm de reuoller aux Cieux.

Ou si la terre encor l'arreste en ses limites ,

Cest entre les Chinois, ou les Turcs, ou les Scythes,

Mais en tout ce climat à peine est-il resté

Quelque marq^ue à nos yeux qu'elle l'ait habité,

La cruelle Adicie ^ en sa place est assise :

La haine, la faueur, la fraude, et la faintise.

Chassant des iugements l'honneur et la vertu,

Font du tortu le droit, et du droit le tortu.

L'art et la tromperie y tiennent leurs escholes :

Les loix et la raison ne sont plus que paroles,

Car on n'y peze plus la raison ny les loix

Qu'en des balances ^ d'or où l'or seul est de poids.

Le vieillard poursuiuoit en termes tousiours mesmes Quand l'Ange interrompant le cours de ces blasphèmes, 0 bon Père, dist-il, la récente douleur De quelque grand procès perdu pour ton mal-heur, Tire (à ce que ie voy) ces propos de ta bouche Pardonnables peut estre au regret qui te touche : Mais l'œil des passions voit mal la vérité.

Cela dit, et guidant ses pas d'autre costé Vers vn dont il iugea l'ame moins trauersee, Et presque en mots pareils s'enquerant de Dicee, Cestuy-cy par accort, et d'vn parler plus doux. Certes, dit-il, mon fils, peu d'hommes entre nous, Quoy qu'vn rayon céleste en leurs âmes s'espande, Pourront facilement respondre à ta demande.

Car tel la iugera loger en vn endroit, Où l'autre qui s'y plaint qu'on estouffe son droit, lurera par le Ciel et tout ce qu'il embrasse. Qu'il n'en demeure pas seulement vne trace :

Page 1