y aleuT. (Note de l'auteur
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Sa fameuse valeur s'acquerant ce loyer,
Qu'il n'est plus à la fin contraint de l'employer.
Que s'il veut par le monde estendre ses conquestes, C'est moy qui luy soubmcts les orgueilleuses testes Des monts plus esleuez qu'à ses camps j'applanis; Moy qui liure en ses mains les forts les plus munis : Moy qui respand le froid d'vne tremblante glace Es cœurs plus aguerris, et plus remplis d'audace, Qui de luy faire teste osent se conseiller, A voir le lustre seul de ses armes briller : Moy qui fais que le bruit de ses seules trompettes. Sans employer son bras, rend leurs troupes deffaites, Qui fais que redoutable aux plus craints d'icy bas, La fuitte de ses coups est sans honte es combats. Comme si nul acier ne s'en pouuant deffendre, C'estoit témérité, non valeur, que l'attendre.
Tels furent ces Héros que les siècles plus vieux Virent pour leur vaillance estimer demy-Dieux : Tel celuy qui soustint le Ciel sur ses espaules : Tel ce grand conquereur de l'Empire des Gaules : Tel ce braue Alexandre : et tels ont este faints Ces fameux Paladins qui de contes si vains Ornent des vieux Romans les aymables mensonges Qu'ils semblent estre escrits du doigt mesmes des Songes ; Mais ce que seulement en Idée ils ont eu, le le donne en effect au bras de sa vertu.
Qui ne sçait que moy seule es combats occupée Sers aux autres Vertus de bouclier et d'espee } Vous mesmes par effet le semblez confesser, Encor que vostre voix fuye à le prononcer. Car des que la fureur d'vn orage de guerre Fait ouïr en vos champs le bruit de son tonnerre. Soudain pasles de crainte, et tremblantes d'effroy. Sans vous tenir aux vœux, vous accourez vers moy. Me criez, deffens nous : vous cachez sous mes ailles. Et monstrez vous iuger mal à couuert sans elles.
Aussi, c'est plustost moy que nulle autre de nous, Qui pour m'exposer seule à la gresie des coups,
DE M. Bertavt. 44<j
Engendre les estais, les conquiers, ou les fonde, Et plante dans le sang les Empires du monde.
Le vénérable orgueil du grand sceptre Romain, Aussi bien que du Grec, fut l'œuure de ma main; Et cet autre fameux et glorieux Empire Dont encor la grandeur en ses cendres respire. Car bien que ie destruise, auec tant de combats, Ce que l'arrest du Ciel veut qu'on renuerse à bas, le fonde en destruisant, et de la pouldre mesme De cent petits estats forme vn grand Diadème, Comme on voit les dragons les plus démesurez Se former des Serpents qu'ils ont vifs desuorez.
Bien est-ce iustement qu'on vous donne la gloire De sçauoir ménager les fruits d'vne victoire :, Mais l'honneur en est moindre, et tousiours c'est vn bien Qui quelque grand qu'il soit, prend naissance du mien.
Enfin, des saints labeurs où nostre ame s'exerce Le mérite est diuers, et la Palme diuerse. Vous régnez sur les doux, ie donte le plus fiers .: Vous ornez les estats, et moi ie les conquiers : Vous les sçauez régir, moi ie les sçay deffendre :■ Vous assiégez des murs, et moy i'ose les prendre : Vous monstrez ce que peut l'art du sçauoir humain ; Et moy ce que peut faire vne vaillante main. Bref vous faites à l'vmbre en des chambres fermées Ce que ie fais à l'aerte au milieu des armées.
Mais en tous ces exploits ie vous surpasse autant, Que vaincre vn ennemy vaillamment résistant, Voir tout autour de soy, comme esclairs dans les nues. Cent pistoles flamber, et mille lames nues, N'ouyr rien que canons qui font de tous costez Voiler iambes et bras de leurs coups emportez. Marcher dedans le sang dont la campagne est teinte, Et parmy tout cela ne pallir point de crainte. Est et plus difficile et plus Royal aussi, Qu'eclarcissant vn point par la fraude obscurcy, Deffendre en vn conseil la raison opprimée. Ou d'vn prudent esprit gaigner la renommée.
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Ou prier et ieuner, ou donner franchement, Ou s'acquérir l'honneur d'estre doux et clément.
Viue donc la Vaillance, et viue la mémoire D'vn valeureux Monarque au temple de la gloire. Nulle humaine Vertu ne couure tant que moy Les taches des deffauts qui logent en un Roy : Il est vn Aristide, estant vn Alexandre : Car les luisants rayons que ie luy fais respandre Eblouissent les yeux auec tant de splendeur. Qu'on n'y remarque rien que lumière et grandeur. Au lieu qu'estant priué du lustre que ie donne. Il a beau se vanter d'vne double couronne, Estre prudent, sçauant, fameux en pieté, Garder la foy promise, obseruer l'équité, Auoir en beaux discours la parole féconde. Il reste contemptible aux autres Rois du monde : Et bien qu'infiniz dons ' le facent remarquer, Luy manquant cestuy-là tout luy semble manquer.
Il tremble dans le cœur au moindre bruit des armes : Ne's'ayde que de vœux, de plaintes, et de larmes : Esbranle de sa peur ses plus fermes soustiens. Et manquant de courage, en desarme les siens : Bref comme estant muny de vertus pacifiques, Est mille fois meilleur, es tempestes publiques. Pour estre vn grand Pontife, et iuger de la Foy, Que pour tenir vn sceptre, et paroistre vn grand Roy.
Comme Andrie acheuoit de former ces paroles. Celle 2 qui nous apprend en ses sages écholes L'art de ne rien iamais follement attenter. Tout beau, dit-elle, Andrie : on peut bien se vanter Sans blasmer ses égaux, et d'vn superbe échange, Conuertir leur mépris en sa propre louange.
1 . Infinis dons. Cette suppression de l'article devant un mot pris dans un sens général n'est pas constante chez Bertaut, bien qu'habituelle aux écrivains du xvi^ siècle.