‹ Œuvres poétiquesChapitre 186 sur 226 · Prudence. (Note de l'auteur · texte numérisé non relu

Prudence. (Note de l'auteur

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Ton mérite est bien grand, mais la gloire du mien Ou le surpasse encor, ou ne luy cède rien, N'estant point de Vertu, qu'on trouue m'estre égalle Pour dignement régner dans vne ame Royalle.

Car qu'vn Roy soit tout plein de desseins généreux, Qu'il soit tant qu'on voudra constant et valeureux, Cîiément, et libéral, et iuste, et véritable, Et que la pieté d'vn zèle inimitable Tienne en luy sous ses pieds tous vices abbatus, S'il est priué de moy qui suis l'œil des Vertus, Il vse aueuglement, et presqu'auec offence, De ces diuins trésors par faute de prudence : Et ressemble vn vaisseau ià flottant en la mer, A qui nul des apprests destinez pour l'armer Ne manque en nul endroit pour son iuste équipage. Soient vmres, soient rameurs, soient voiles, soit cordage: Tant seulement luy manque vn pilotte sçauant Qui d'vn frein de sapin, auec art le mouuant, Le guide sur les flots, luy serue comme d'ame, L'empesche d'vser mal et de voile et de rame, Leur impose ses loix, et d'une docte main Le garde de le perdre, ou de voguer en vain. Que si le vent enflant ses voiles estalees Le transporte sans luy sur les pleines sallees. Il erre à l'aduenture, et va d'vn triste choc Sacrifier sa charge au pied de quelque roch.

Il en prend tout de mesme aux Princes de la terre Qui font sans mes conseils ou la paix ou la guerre : Et qui des autres dons qu'ils ont receuz des cieux, Se vont, faute de moy, seruants comme à clos yeux. Ils prospèrent si peu, que, comme d'vn naufrage, De leur propre bon-heur ilz tirent du dommage : Leur valeur ne produit que des tristes effects : Viennent-ils au combat? ils se trouuent deffaicts : Gaignent-ils la victoire? ils perdent la campagne; Et quelque repentir par-tout les accompagne. Leurs liberalitez desobligent les cœurs : La clémence est en eux pire que les rigueurs

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Auient-il qu'vn sainct zèle en leurs âmes habite, C'est vn zèle imprudent qui les perd sans mérite : Et tellement le vice aux vertus s'y conioint, Que presque leurs effccts ne se distinguent point.

Non que tousiours le mal au bien ne soit contraire Mais c'est qu'estans sans moy qui seule leur esclaire Ils font mal le bien mesme, ou font hors de saison Vn bien qui n'est point bien estant fait sans raison ; Et des belles vertus, semences de la gloire, Ils moissonnent des fruicts qui tachent leur mémoire.

Quel renommé laurier s'est iamais remporté Que presque ie ne l'aye au vainqueur appresté? Tu combats vaillamment, et fais que l'on te donne Es victoires du fer la première couronne : Mais c'est moy qui par l'art des présages humains, En dispose la gloire à l'effort de tes mains.

C'est moy qui prudemment choisy les auantages Dont le temps et les lieux secondent les courages : C'est moy qui sçauamment range les esquadrons, Et qui leur fais monstrer ou les flancs ou les fronts, Selon qu'on les veut voir, d'vne ruse guerrière, Enfermant l'ennemy le charger par derrière, Ou teste contre teste auec luy s'esprouuant, En lions irritez l'assaillir par deuant.

C'est moy qui d'vne embusche heureusement dressée Te secours au besoin quand ie te voy pressée : C'est moy qui bien souuent t'empesche d'y tomber, Chassant vn ennemy qui faint de succomber : Bref, c'est moy qui d'vne ame incessamment veillante. T'assiste, et fais qu'en vain tu ne sois point vaillante.

Que si ne pouuant estre et sage et hazardeux, Vn Grand deuoit manquer de l'vne de nous deux ; La raison nous vouëroit aux glorieuses peines, Toy des braues soldats, moy des grands capitaines ; Comme estants mes effects propres à commander, Et les tiens à se voir vaillamment hazarder. Mais quoy que nostre humeur assez peu se ressemble, Vn mesme esprit peut bien nous allier ensemble.

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Ce grand Roy des François dont le nom va si loin, Nous en est pour ce siècle vn illustre tesmoin, Réglant auec tant d'art et tant de vigilance Ce qu'il a rendu sien auec tant de vaillance, Et ses palmes encor nous forçant de douter A qui c'est de nous deux qu'on les doit imputer.

Cependant cent lauriers qui n'ont point fait de veuues, Et cent Ouations nous fournissent de preuues Que ie puis bien gaigner des victoires sans toy, Ou tu n'en gaignas onc vne seule sans moy. Car i'ay veu maintefois dissiper des armées, Et prendre des citez superbement fermées De murs et de rempars hauts de teste et de flanc, Sans auoir faict respandre vne goutte de sang : Bien qu'on ne se seruist que de la ruse antique D'vn aegast de campagne où la perte publique Se changeoit en vn bien qui domptoit par la faim Ceux qu'on n'eust point domptez par l'effort de la main. Outre le sage soin de trancher toute voye A l'espoir du secours non moins que de la proye, Et vaincre par vn art non dépendant du sort Qui combat sans combattre, et force sans effort.

Aussi les plus grands chefs nous ont tousiours coniointes Comme l'vne sans l'autre estans de traicts sans pointes : Ou bien de traicts poignants pour sanglamment toucher Mais qui voilent des mains a'un ignorant archer.

Ainsi Pallas est fainte ^ en la Troyenne guerre Auoir par les combats renuersé Mars à terre. Et monstre combien peut la prudente valeur, Plus que celle qui bout d'vn excez de chaleur. De qui la force aueugle, et de sens depourueuë, Ressemble à Polypheme apauury de sa veuë.

Mais ioint ou séparé que soit nostre pouuoir, Tousiours de plus grands biens naissent de mon sçauoir Que de ta violence, encor qu'elle respande

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