Pieté. (Note de l'auteur
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Croit rauoir fait luy-mesme, et s'en plaist, et s^en vante Et trouue qu'en ses doigts l'ignorance est sçauante.
Ce n'est point vostre espee, ô mortels insensez, Ny l'art de vos conseils sagement pourpensez Qui termine pour vous les combats en trophaees, Ou rend en vos estats les guerres estouffees : C'est la dextre du ciel dont l'inuisible effort, S'armant pour vous sauuer , fait faire alte à la mort : Aux périls, aux mal-heurs, aux funestes orages Qui venoient pour vous perdre en leurs sanglants rauages Et puis les destournant sur les chefs ennemis, Au lieu des vers lauriers qu'ils s'en estoient promis, Y iette et du desordre, et des terreurs Paniques, Et des troubles naissants de discordes publiques. Ou quelqu'autre malheur qui les fait deuant vous Eux mesmes se destruire, ou tomber sous vos coups : Tellement que vos mains alors victorieuses S'en trouuent remporter des palmes glorieuses Qu'en fin mille oliuiers ceignants d'vn tour espais. Il adulent que chez vous tout est victoire ou paix.
Et cependant ingrats vos aueugles pensées, Sans voir que ces faueurs de là haut sont versées : S'en consacrent la gloire, et rapportent l'honneur De ces célestes dons à tout fors qu'au donneur. O mal-heureuse terre ! ô sablon infertile ! Que nul soin n'a pouuoir de rendre moins stérile ! Que la pluye endurcit par vn contraire effect. Et qui ne reçois rien si mal deu qu'vn bien fait? Rapporte mal-heureux, rapporte l'origine Des ces diuins ruisseaux à la source dmine : A ce Bien qui, parfait, ne peut non plus cesser De t'obliger à soy, que toy de l'ofFencer. Fay renger son honneur par toutes tes prouinces, Si la faueur du Ciel t'assied entre les Pnnces : Basty luy dans ton ame vn pur et vif autel, Et que ton cœur en soit l'holocauste immortel : Adore sa puissance, et l'inuoque et t'y fie.
Et tous meschans désirs dedans toy crucifie ; Et tu n'auras que faire, encontre aucun mal-heur, Ny de tant de conseils, ny de tant de valeur. Car estendant sur toy sa dextre tutelaire, Quand tout le monde entier armé pour te deffaire Te viendroit assiéger, et que de nulles parts Ne t'en pourroient sauuer ny fossez ny remparts : Au milieu des mal-heurs dont tu craindrois l'atteinte. Il te guarantiroit des causes de ta crainte, Et les tiens preseruez des dangers du trespas, S'estonneroient de vaincre et ne combattre pas. Tes seules oraisons mettroient cent camps en fuitte : Et quelque heureux Caesar qu'ils eussent pour conduite, Tu te verrois aux yeux de cent Chefs opposez. Combattant à genoux vaincre les bras croisez. Encor son Ange armé recourroit à l'espee Qui du sang d'Assirie vn iour fut si trempée : Encor Sennacherib brauant en son orgueil, Trouueroit Ezechie auec la larme à l'œil. Le combattre de vœux, comme de quelque charmes, Et feroyent plus d'effet tes larmes que ses armes.
Pourquoy donc vainement osons nous consulter Laquelle c'est de nous qu'on doit le plus vanter ? Cel e qui donne à Dieu, celle enfin qui le donne. C'est celle à qui plustost on doit ceste couronne ; Puis que le possédant on possède tout bien. Et que ne l'ayant point, quoy qu'on ait, on n^a rien.
Non non, que la Valeur ny la Prudence mesme Ne se reputent point l'honneur d'un diadème : l'ay veu de vaillants Rois, i'en ay veu de prudents, l'en ay veu d'esprouuez contre tous accidents, Et de qui la confiance estoit incomparable, Borner leurs tristes iours d'vne fin misérable : Mais ie n'ay iamais veu finir que bien-heureux Les Roys qui servants Dieu l'ont faict régner sur eux. Et qui durant les maux qui leur menoyent la guerre. Sacrifiants au Ciel les pensers de la terre,
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Ont creu, d'un œil jette sur ce diuin Soleil,
Sa grâce estre leur force, et les Loix leur conseil.
Non que i'estime vn Roy qui laschement conspire De remettre à Dieu seul les soins de son Empire, Et qui fuit cependant de trauailler ses mains Aux glorieux labeurs dont les sceptres sont pleins : Car ie veux qu'il seconde auec sa vigilance, Et constance et iustice, et sagesse et vaillance, Et les autres vertus dont il est possesseur. Les faneurs que luy fait le Ciel son deffenseur, Sçachant bien que d'vne ame à bien faire animée, Dieu ne rejette point une prière armée. Mais il faut qu'il consacre à sa seule bonté L'honneur de tout le fruict qu'il aura remporté De ses plus nobles soins, et plus royalles peines : Et non à l'art trompeur des linesses humâmes, Et non au vain effort des secours d'icy bas Et non à la fureur des plus fameux combats, De qui (tant soit leur tiltre, illustre et magnifique) L'effet n'est qu'vn massacre et permis et publique.
En fin, quelque valeur que possède vn grand Roy, Le Ciel veut qu'en mérite il la postpose à moy : Qu'il l'ait pour éguillon, mais que l'en sois la bride : Qu'elle entre en ses conseils, mais que moi y préside Que souuent il la croye, et moi iournellement : Qu'elle inspire son cœur et moy son iugement : Bref que sa cognoissance en rien ne me l'égale, Ny nulle autre Vertu tant soit elle Royalle ; Mais qu'il me face asseoir au premier lieu d'honneur. Se repute sans moy déplorable en son heur ; La tienne pour vtile, et moi pour nécessaire : Et croye, en quelque temps qu'il ait pour aduersaire. Qu'on peut plustost faillir suiuant tout que ma loy, Et se perde auec tout que se sauuer sans moy.
C'est en croyant ainsi que ce Roy des Prophètes Rendit, sans grand effort, tant de forces deffaites : Qu'il trompa tant de fois les filets du trespas, Que la main de l'enuie osoit tendre à ses pas ;
Et qu'en tous ses assaux il acquist tant de gloire, Qu'il sembloit presque auoir espousé la Victoire.
Quel Monarque icy bas ne voudroit hériter De l heur que ses vertus luy faisoient mériter ? Qui ne seroit content d'acheter ses louanges Au prix de ses trauaux, tant semblent ils estranges ? Cependant la vertu qui causa sa grandeur Et versa sur ses faits tant de gloire et tant d'heur, Ce ne fut ny l'effort dont sa main fut armée, Ny sa prudence mesme encor que renommée ; Mais sa pieté saincte, et son zèle immortel A seruir le Seigneur, et chérir son autel. Zèle qui le bruslant de cent fiâmes célestes, Luy faisoit consacrer la gloire de ses gestes. Et du manteau Royal dont il portoit le faix. Aux pieds du seul autheur de ses illustres faits. Comme ne s'estimant posséder sa Couronne, Qu'autant que la sauuoit la dextre qui les donne. Et non autant que l'art des conseils qu'il suiuoit, Où sa vaillante main de soy la conseruoit.
Soyent ses imitateurs les Roys les plus augustes En vn zèle si rare, en des pensers si iustes : Et sachent que ny soing de sagement régner, Ny bon-heur qui sans fin les semble accompagner ; Ny valeur, ny sçauoir, ny gloire de conquestes, Ne fait pleuuoir du ciel tant de biens sur leurs testes, Ny ne rend la grandeur des sceptres de leurs mains Si digne de régir cent millions ahumains, Que moy qui fais qu'après la couronne du monde Ils en vont dans le Ciel trouuer une seconde ; Que mesme le Seigneur pour eux daigne veiller ; Se rend leur partisan, deuient leur conseiller ; Va pour eux à la guerre, et Chef de leurs armées, Leur acquiert tous les iours des palmes renommées : Bref, que nulle vertu n'est parfaite sans moy : Et qu'en ce rare honneur d'inspirer vn grand Roy, le passe d'aussi loing tout ce qu'icy nous sommes. Que la grandeur de Dieu passe celle des hommes.
Les discours d'Eusebie' ayants prins fin icy, Diccc^ ouurit la bouche, et repartit ainsi.
Tay long temps escouté, restreinte en mon silence, Mais ny de vos raisons, ny de vostre éloquence le n'ay rien recucilly, quoy que i'aye entendu. Fors que l'on s'attribue un honneur qui m'est deu, Qu'on me priue d'vn bien dont ie suis la nourrice, Et que peu iustement on traicte la iustice.
Car si quelque Vertu mérite de régner.
Ou d'vn pas éternel les Rois accompagner. Et faict a'vn plus grand lustre esclairer leur mémoire, C'est moi qui iustement puis m'en donner la gloire : Estant celle qui rend par vn mesme soucy. Et les Rois bien-heureux, et leurs suiets aussi : Celle d'entre les dons que le Ciel mesme auoûe. Pour qui le plus vn peuple ou les blasme ou les loiie : Qui destruit les mutins ensemble conspirants : Qui fait les iustes Roys différer des tyrans : Qui départ à chacun la digne recompense Que son bien-fait mérite, ou qu'attend son ofïence ; Et sans qui ces deux mots si féconds en débats. Mien, et Tien, mettroient tout en desordre icy bas.
Non que mon ame aueugle ignore en quelle estime Andrie' il faut auoir ton esprit magnanime. Et ne sache quels biens ensemble vous ioignez Eusebie^ et Phronese^ es cœurs où vous régnez: Mais (toy hors, Eusebie, à qui plus ie défère Qu'à toutes les grandeurs que le monde reuere) Vne seule de vous ne produict ses effects Ny riches de tant d'heur, ny du tout si parfaits, Que souuent quelque mal ne les suiue à la trace Qui leurs bien-faits égalle, et presque les efface.