‹ Œuvres poétiquesChapitre 190 sur 226 · clémence. {Note de l'auteur · texte numérisé non relu

clémence. {Note de l'auteur

2. Voici encore une image d'un réalisme vigoureux, comme nous en trouvons quelquefois chez Bertaut.

DE M. BERTAVT. 461

Car le peuple qui sent combien sous leur grandeur Il gouste et ae repos, et de franchise, et d'heur, Qui les tient pour ses dieux, et mesure à leur vie La longueur du bon-heur dont la sienne est suiuie, Veille pour leur salut, et ne peut endurer Que rien ose contr' eux meschamment conspirer, Non plus que contre l'heur et le salut publique. Dont il croit leur iustice estre la source vnique.

Aussi ne ressent-il, des plus rares vertus De qui les iustes Roys peuuent estre vestus. Que le fruict de moy seule, et ce soin équitable De ne charger son dos que d'un faix supportable. Ils ont beau se monstrer doux en leur maiesté. Valeureux, libéraux, fameux en pieté, Prudents, et d'vn esprit que nul mal rie surmonte; S'ils manquent de moy seule, il n'en fait point de conte : Ny ne les ayme point, et ne fais qu'escouter Si leur mort quelque part s'oyra point reciter.

Au lieu que s'occupans en mes saincts exercices, Encor qu'ils soient d'ailleurs tachez de quelques vices. Il les tient pour parfaicts, et quoy qu'ose le sort Garde, en les bénissant, leur nom après la mort Au sein de la mémoire et de l'amour publique. Ainsi qu'vne sacrée et viuante relique.

Tesmoin ce braue Rou, ce grand duc des Normans, Qu'encor d'vn cry public tous les iours reclamans. Ils nomment au milieu du tort qui les oppresse. Comme s'ils inuoquoient sa dextre vangeresse.

C'est pourquoy désormais, ô Roy qui souhaittez De voir vostre beau nom voiler de tous costez. Et de laisser de vous quelque illustre mémoire Qui serue incessamment de vie à vostre gloire : N'estonnez point icy les plus superbes yeux De palais tous de marbre esleuez iusqu'aux cieux : N'y n'allez point mesler, par les mains de la guerre, Le sang auec le feu, le ciel avec la terre. Exposants vostre vie à mille maints périls Qui ne vous rendront point plus grands ny plus chéris :

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Aymez-moy seulement : faites qu'on me reuere ; M'asseant près de vous dans un throsneseuere De qui le seul regard estonne le meschant, Et sur qui flambe à nud mon glaive plus tranchant. Donnez mes tribunaux aux pauures pour refuges : N'y laissez point asseoir de mercenaires iuges ; Que la seule innocence y trouue comme vn fort : Qui manquant de bon droict, on manque de support : Qu'on n'y laisse engager ma balance à personne : Qu'on y rende à chacun ce que son droict luy donne : Bref qu'on n'esleve vn siège ou sans espargner On me voye auec vous absolument régner : Et le doreray plus le fil de vos histoires, Que tous vos palais d'or, ny toutes vos victoires, Ny tous les riches dons qu'à plein poing vous semez, Ny rien par qui vos faits viuent plus renommez.

Dicee ^ alloit encor allonger sa harangue Bien qu'on vist Eumenie^ appareiller sa langue, Et pour ne pouuoir plus à ces mots consentir, Ouurir desia la bouche afin de repartir, Aussi bien que sa sœur, la belle Euergesie^ Qui d'vn petit courroux sembloit estre saisie : Quand un nouueau courrier des astres arriuant, Empescha leurs débats de passer plus auant : Et lidelle porteur d'ordonnances nouuelles, Mist fin par ses propos à leurs douces querelles.

Immortelles beautez des esprits plus qu'humains : Celuy qui tient le monde enfermé dans ses mains Vous mande qu'il luy plaist qu'afin de rendre esteinte Toute cause entre vous de dispute et de plainte. Vous toutes vous ayez la gloire d'imposer Le surnom que le ciel doit tant fauoriser. L'appelant Panante *^ en heureux tesmoignage Que toutes vous l'aurez marqué de vostre image :

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