‹ Œuvres poétiquesChapitre 191 sur 226 · C'est-à-dire : Toute vertu. {Note de V auteur · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : Toute vertu. {Note de V auteur

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Et que vous transformant en ce grand Cardinal Qui d'vn sacré surgeon est icy le canal, Toy diuine Eusebie à qui mesme il ressemble, Tu l'imposes au nom de vous toutes ensemble, Après qu'il aura faict resonner par six fois, L autre Nom moins diuin attendu des François.

Allez : l'heure vous presse, et désormais l'attente \' DVn mystère si sainct tout le monde tourmente. Moy, ie vais cependant, d'vn vol aussi léger. Chercher l'antre où la Peste est apprise à loger : Et de la part du Ciel asprement luy deffendre D'estre si forcenée et de tant entreprendre. Que d'eslancer vn seul des traits de son carquois Sur la trouppe assemblée au grand palais des Rois, Où cette œuure sacré Royalement s'appreste. Pendant que dureront les pompes de sa feste.

Sur ces mots l'Ange part, et son vol fléchissant Vers le triste Paris, à l'heure gémissant Sous les coups inhumains de ce monstre homicide, i II trouua la cruelle en vn fond chaud humide. Prenant desia sa trousse, et preste de voiler Au lieu mesme où le ciel luy deffendoit d'aller.

Les lambeaux mal-cousus d'vn habit vieil et sale Couuroient par-cy par-là son corps jaunement palle, Sur qui de gros charbons ardamment enflammez, En venimeux rubiz, estoient par tout semez. Vne soif inuincible, vne éternelle fiéure, Luy desseichant la peau, luy palissoient la léure : Le souffle de sa bouche estoit vn coup mortel : Et luy seruoit encor de mal-heureux hostel Vn lieu triste et relant, et que nul vent du monde Fors celuy dont l'Afrique en Automne est féconde Ne pouuoit esuenter, mais qu'vn air étouffé Couuroit de la vapeur d'vn marets échauffé.

Près d'elle, et tout autour, gisoient pour sa pasture Des fruicts qu'on voit soudain aller en pourriture : Force melons tous verds, force raisins non meurs, Des concombres mal-sains, la poison des humeurs,

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Et ce fruict qui de Perse a tiré sa naissance, Venimeux en sa terre, et non salubre en France.

Peu de temps s'arresta dans de si tristes lieux L'Ange appris à joiiir de la gloire des cieux : Mais bicn-tost détestant cet air gros et malade, En moins de temps qu'il peut finit son ambassade : Puis reuolant au Ciel, la meurtrière esloigna, Dont encores l'horreur si loing l'accompagna. Qu'il eust pally d'effroy de s'estre approchéd'elle, S'il ne se fust senty d'vne essence éternelle.

Cependant le troupeau des immortelles Sœurs Qui ae tout vice humain purgent leurs possesseurs, S'estant guidé par l'air sur l'aille d'vne nue. Rendit Fontaine-bleau sensible à sa venue.

Le pompeux échauffaut pour cet acte esleué. Trembla dessous ses pieds, dés qu'il fust arriué : Les antiques parois du Royal édifice, La masse du portail, son arc, son frontispice, D'vn lustre plus riant semblèrent esclairer, Et ceste bande saincte en entrant adorer.

Elles se confondant d'vn meslange inuisible A la troupe des Grands, qu'vn murmure paisible Suiuoit en ce conuoy leurs vertus bénissant, Seruirent auec eux ce bel Astre naissant. Dont les nouueaux rayons s'épandant sur la France L'alloient remplir des fleurs d'vne neuue espérance Et puis quand les deux noms du Ciel fauorisez Furent heureusement sur sa teste imposez. Toutes l'enuironnant d'vne couronne espesse. Sous la visible forme ou de quelque Princesse, Ou de quelque grand Prince à l'entour espandu. Rendirent à son nom l'honneur iustement deu ; Chacune l'animant à suiure pour escorte Le doux soin de celuy qu'aux humains elle apporte.

Puisses-tu (disoit l'vne en baisant ses beaux yeux) , 0 grand Prince, estre vn iour si bien voulu des cieux Qu'encor qu'Auguste cède à l'heur de ta ieunesse, Ton heur cède pourtant au bien de ta sagesse,

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Fleurisse, disoit l'autre, en toy tant de bonté Que l'honneur de Trajan s'en trouue surmonté. Auienne, disoit l'autre (ô Dieu combien i'espere !) Que tu sois quelque iour plus vaillant que ton Père. La clémente douceur d'vn si généreux Roy Se face, disoit l'vne, vn iour reluire en toy : Et l'autre, puisses-tu, dés ta vie enfantine, Et sage piété vaincre et Mère et Marrine. Bref, c'estoit la Pandore à qui, de tous costez. Tous leurs dons se voioyent par souhait présentez : Attendant que le Ciel change, auec auantage. Leurs souhaits en effects, leurs conseils en vsage.

Face le Tout-puissant, le Monarque des Roys, Que quand toute la France escoutera ses loix, Il ait soin d'accomplir ce que nostre espérance Osa iurer pour luy, presque dés sa naissance. Et que semblent encor nous iurer tous les iours Ses mœurs, ses yeux, son geste et ses petits discours.

Qu'il ait soin de son peuple, et l'ayme et le deffende : Se plaise à la iustice, et soigneux la luy rende : Fuye à charger son dos d'aucun nouueau tribut : Ait son soulagement pour ferme et propre but; Et monstre de penser que le nom le plus rare, De ceux dont iustement vn Monarque se pare, C'est celuy de bon Roy, non ces noms glorieux Ou de foudre de guerre, ou de victorieux. Qui, tous nobles qu'ils sont, rendent plustost les Princes Cramts de leurs ennemis, qu'aymez de leurs prouinces.

La mer deuient enflée, et l'orgueil de ses flots. Quand la Lune est au plein, fait peur aux matelots : Puis derechef s'abaisse, et resserre en ses bornes. Quand cet Astre inconstant prend ses dernières cornes ^ . L/Tgnoble naturel s'en trouue faire ainsi : Quand le sort le seconde, il s'enfle le sourcy

I. Les cornes de la lune. Parties du croissant qui sont tournées vers la région du ciel opposée au soleil. — Cf. Littré, Corne, 9°.

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D'vn superbe dédain qu'alors rien ne modère, Puis tombe et s'applatit quand il l'a pour contraire. Qu'il en aille autrement de son cœur généreux : Et soit quand le destin luy sera rigoureux, Soit quand il le verra d'vn regard fauorable. Qu'il se monstre tousiours à soy-mesme semblable, Tousiours plein de bonté, tousiours grauement doux, Et tousiours se plaisant d'estre accessible à tous.

Qu'ainsi nulle barrière (inuention barbare) Fors celle du respect, des siens ne le sépare. Le Prince tant soit-il vn grand et puissant Roy, Qui met vne barrière entre les siens et soy, En met vne à la fin, sans qu'il s'en guarantisse, Entre leurs volontez et son propre seruice.

Qu'il laisse au vain orgueil de ces fiers Pretejans \ Ou de ces Roys d'Asie, aux aises se plongeants, Le soing de n'exposer leur face basanée Aux yeux de leurs suiets, qu'vne ou deux fois l'année, Luy, que comme vn Soleil il sorte tous les iours. Pour se monstrer au monde et pour donner secours, Soit à la pauure vefue oppressée et dolente, Soit au pauure orphelin qui vainement lamente, Soit aux iustes souspirs au chetif laboureur : Et que, suiuant les pas d'vn illustre Empereur, Il croye auoir perdu le cours de la iournee Qu'à d'aussi nobles soins il n'aura point donnée; Et vescu ce iour-là comme inutile à soy. Ou comme vn homme simple, et non pas comme vn Roy.

Qu'il ne consume point en friuoles dépenses L'or que d'vn iuste amour les douces violences Auront pour son secours, en vn pressant besoing. Contraint son pauure peuple à se l'oster du poing, Ou plustost de la bouche, ou plustost des entrailles, Quoiqu' épuisé desia par la pompe des tailles*.

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