‹ Œuvres poétiquesChapitre 192 sur 226 · Épuisé par la pompe des tailles, appauvri par les impôts · texte numérisé non relu

Épuisé par la pompe des tailles, appauvri par les impôts

DE M. Bertavî. 467

Mais que le reputant avec quelque douleur, Du sang, non du metail, bien qu'il ait sa couleur, Il ait horreur de perdre en des dépences vaines, L'ame de ses suiets, et l'humeur de leurs veines. Ce grand Prophète et Roy si cogneu par ses chants. Voulut boire avne eau sourdante emmy des champs Sur qui ses ennemis espandoient leur armée, Tenant ainsi la source en leur camp enfermée : Trois de ses colomnels, contempteurs de la mort, Donnent dedans ce camp, pénètrent iusqu'au fort Près de qui ceste source incessamment féconde, Faisoit voir le Soleil à l'argent de son onde : Le coutelas au poing s'auancent d'en puiser* : Forcent tous les efforts qu'on leur sçait opposer. Et tous couuerts de coups, mais plus encor de gloire, L'apportent au grand Roy qui desiroit d'en boire.

Mais luy se souuenant par combien de trespas Ces trois vaillants guerriers auoient conduit leurs pas. Allants ainsi chercher la source désirée. Refusa de l'offrir à sa bouche altérée : Car qu'est-ce icy, dit-il, fors le sang de ces cœurs Qui pour moy s'exposants sont retournez vainqueurs Et sçachant ce que Dieu de nos âmes demande. En fist à son autel vne deuote offrande.

Que nostre ieune Prince vn iour en vse ainsi De l'or que ses suiets pleins du iuste soucy Dont le deuoir époind des volontez loyalles. Offriront au soustien de ses charges Royalles : Qu'il mette comme en veuë aux yeux de son penser, Auec quelles sueurs on a peu l'amasser; Quelle rigueur, peut estre, en son nom exercée iTaura tiré du sein de la venue oppressée, Du chetif artisan, du triste vigneron Que la pauureté mesme éleue en son giron : Et die auec pitié de sa pauure abondance : C'est le sang de mon peuple, et sa pure substance

Page 1