‹ Œuvres poétiquesChapitre 195 sur 226 · I . Le chiendent · texte numérisé non relu

I . Le chiendent

DE M. Bertavt. 471

Soit en ceste douceur son esprit modéré, S'il veut voir et son sceptre et soy-mesme asseuré : Sans rendre ny son règne horrible de supplices, Ny ses grâces non plus la tutelle des vices : Et faire deuenir, en se trop relaschant, Le temple de Salut l'Asyle du meschant.

Qu'il ayme et craigne Dieu : au'il l'honore et le serue : Qu'iTsache que luy seul l'establit et conserue : Qu'vn Roy n'est reueré que pour estre son Oint, Et qu'on le garde en vain s'il ne le garde point.

Qu'il croye, et qu'il adore, et suiue sa parolle : Qu'en la mer de ce monde il l'ait pour sa boussole : Qu'il mesure à ce pied la puissance des Roys : Et que la reputant pour la Royne des loix. Il l'ait au fond du cœur incessamment escrite. Mais que ce soit en Prince, et non pas en hermite.

On pouuoit bien iadis, viuant l'antique loy, Demeurer tout ensemble et grand Prestre et grand Roy, Car rien n'empeschoit lors qu'vne puissance mesme Ne mariast la mistre auec le diadème : Mais icy leurs deuoirs se trouuent diuisez : Les moines-Rois en fm deuiennent mesprisez. : Et s'esgallants sous eux les seruiteurs aux maistres, Les sujects font les Rois quand les Rois font les Prestres.

Qu'il soit Prince de foy, véritable, et constant : Que son ame ait horreur de tromper en mentant : Et que, comme ses faicts ne seront que miracles, Ses parolles non plus ne soient que des oracles.

Veuille le Tout-puissant, sous luy rendre amortis Tous brasiers allumez de contraire partis : Car souuent , pour sucroist des mal-heurs qui s'y couuent , Il se trouue aeux Roys ou deux partis se trouuent : Mais encor, s'il falloit que tels maux eussent cours Aussi bien de son temps qu'ils ont eu de nos iours, Puisse l'heureux fanal d'vn conseil salutaire Le guider sur le pas de ce grand Roy son Père,

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Qui rauissant la palme aux plus vieux Empereurs, A faict icy mourir de pareilles fureurs, Par de si doux moyens, que plustost on les pense Effects d'heur tout diuin, que d'humaine prudence, Soit prudence ou bon-heur, puisse-il en tous les deux Egaller ses beaux faits, et surmonter nos vœux : Et pour voir en repos fleurir son diadème, Obtenir l'vn du ciel, et l'autre de soy-mesme.

le sçay bien au'vn grand Prince estant né pour les arts Qu'on apprena à la guerre, es conseils, es hazards. Le vray Hure des Roys entre les nécessaires, C'est le Hure parlant des publiques affaires : Mais pour ce que nostre âge en peu d'ans est compris, Et que trop peu sçauroient les plus rares esprits Qui ne seroient sçauants qu'en la simple science De ce qu'vn âge seul puise en l'expérience. Afin qu il voye ensemble et tous les accidents Que luy monstrent ses iours, et tous les précédents. Qu'il expose à ses yeux les tableaux de 1 histoire. Et que des autres Grands contemplant la mémoire. Il espluche leurs faits, leurs conseils, leurs discours; Ce qui s'est faict d'illustre, ou d'estrange en leurs iours, Ce qu'on en doit fuir, ce qu'on en doit apprendre, Et si leur vie honore, ou diffame leur cendre : Qu'il s'y mire soy-mesme, et regarde en autruy Si ce qu'on a escrit, s'escrira point de luy. Car les vers et les chants ne sont rien que louange, Mais bien souuent ce style en l'histoire se change ; Et tel Prince en viuant est aux Dieux comparé, Qui gisant au tombeau voit son nom déchiré, Non moins que sa mémoire abborree et maudite, Si le cours de sa vie a faict qu'il le mérite.

Que se doit-il encor à ces vœux adiouster? Rien sinon qu'on le voye en ses meurs rapporter Ainsi qu'en vn portraict la viue ressemblance Des deux granas demy-Dieux dont il a pris naissance : Et qu'en mille vertus le ciel le rende tel. Que ne pouuant son nom estre autre qu'immortel,

DE M. BERTAVT.

Le seul docte labeur de la plume animée Dont ce grand du Perron vit en la renommée, Pour planter cent lauriers sur son chappeau vermeil, Soit cligne d'en remplir les deux lits du Soleil, Et mariant sa gloire à la pompe du style, Estre THomere seul de ce royal Achille.

STANCES

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