‹ Œuvres poétiquesChapitre 198 sur 226 · Tromperesse. Cf. p. 27, 517, 556 et passim · texte numérisé non relu

Tromperesse. Cf. p. 27, 517, 556 et passim

2. Bien moderne encore, cette forme de la pensée : Rien ne seichant si tost qu'vne larme de femme.

484 ŒVVRES POÉTICLVES

Mon cœur console toy : ne croy point à ta peur : Ou ta Dame est constante, et ce rapport trompeur Ou si tu l'as perdue, elle estant infidelle, La deffaite en est belle.

Car qui pourroit priser vn bien si peu constant, Que la perte et le gain s'en fait au mesme instant : Et de qui l'on ne voit chose aucune asseuree Que son peu de durée ?

Il est des animaux qui ne viuent qu'vn iour : A midy leur jeunesse a demy fait son tour ; Le soir qui vient après est leur vieillesse extrême ; Son amour est de mesme.

Il luy semble vn Nestor, il vit trop longuement, S'il ne réduit son âge à trois iours seulement : La matière première en formes si changeante, Au prix d'elle est constante.

Mais que dy-ie indiscret, de fureur transporté ? Vn rapport qui peut-estre est plein de fausseté, Me fait-il blasphémer contre vne qui mérite Le nom d'vne Charité?

Tronçonnez-vous la langue, audacieux regrets: Ajax n'en dit pas tant au naufrage des Grecs ; Et si ^ le iuste coup d'vne ardante tempeste Luy foudroya la teste.

Helas ie le confesse; aussi c'est ma douleur, Et non moy qui me plains, accusant ce malheur : La raison d'vn esprit blessé de tant de peine, Ne sçauroit estre saine.

Ce seroit estre un roch, et monstrer d'ignorer La valeur d'un tel bien que de ne point plorer, Et n'auoir point la bouche aux complaintes ouuerte, Faisant si grande perte.

I signifie ici : cependant.

DE M. BERTAVT. 485

Quand à moy, si le ciel m'a priué de ce bien, Qi?il'gresle feux et dards, ie ne craindray plus rien : Car ie n'ay plus que perdre, ayant par son enuie Perdu l'heur ae ma vie.

DIALOGVE DE DAMON ET DE PANOPEE.

Damon.

Dequoy vous sert tant de fierté, Belle et cruelle Panopee ?

Panopee.

De conseruer ma liberté, Et m'empescher d'estre trompée.

Damon.

Quoy ! craindriez-vous de voir changer L'amour dont mon cœur vous reuere ?

Panopee.

Ne m'en mettant point au danger, La peur ne m'en trauaille guère.

Damon.

Vous feriez grand tort à ma foy D'estimer mon ame infidelle.

Panopee.

le m'en ferois bien plus à moy De vous aymer la croyant telle.

Damon.

Mais deux ans ont peu faire voir Qu'elle n'est fainte ny légère.

Panopee.

Mais vn moment a le pouuoij De me tesmoigner le contraire.

Damon.

Il n'en faut point auoir de peur, l'ayme trop le nœud qui m'engage.

486 œvvres poétiq^ves

Panopee.

Il ne fut iamais de trompeur Qui ne tint le mesme langage.

Damon.

L'amour si long temps éprouué Deust chasser de vous ceste crainte.

Panopee.

Le mal aux autres arriué L'y deust tousiours tenir emprainte.

Damon.

Donc ne doy-ie rien espérer Fors tousiours pleiirer triste et blesme ?

Panopee.

l'ayme mieux vous faire pleurer, Que me faire pleurer moy-mesme.

Damon.

Pourquoy vous déplaist mon bon-heur, Dont vous seruir font les délices .î^

Panopee.

Pource qu'aux despens de l'honneur Vous faites payer vos seruices.

Damon.

L'amant seroit maistre en seruant, S'il vsurpoit ceste puissance.

Panopee.

L'amant ne sert qu'en poursuiuant :

Il est maistre en la jouissance.

Damon.

C'est mal son amour employer, Que de n'en tirer nul salaire.

Panopee.

Aymer pour l'espoir du loyer C'est vne amitié mercenaire.

Damon.

Las au moins voyez mon tourment, . Puis que c'est de vous qu'il procède.

Panopee.

l'en verrois le mal vainement.

N'y pouuant donner nul remède.

DE M. BERTAVT. 487

Damon.

Mais vous en auez le pouuoir, Si ma peine en est susceptible.

Panopee.

Ce que me défend mon deuoir, le me le repute impossible.

Damon.

Ah fiere et cruelle beauté Qu'inhumaine est vostre rudesse !

Panopee.

Ce que vous nommez cruauté, D'autres l'appelleront sagesse.

Damon.

Est-on sage pour maltraiter L'amour d'vn fidelle courage ?

Panopee.

Est-on cruel pour euiter Le péril de faire vn naufrage ?

Damon.

Mais appréhender ce malheur, C'est à faire à moins belles dames.

Panopee.

Mais n'en fuir point la douleur, C'est à faire à de folles âmes.

Damon.

Vostre beauté vous guarantit Du sort d'Ariadne abusée.

Panopee.

Vostre îeunesse m'auertit De l'inconstance de Thesee.

Damon.

Trop aimable est vostre prison :

Il ne peut estre qu'on la quite.

Panopee.

le puis bien perdre sans raison, Ainsi que i'acquiers sans mérite.

Damon.

C'est faire vn mauuais iugement De vostre œil et de sa puissance.

488 œvvres poétiqves

Panopee.

Mais bien c'est iuger sagement De vostrc fatale inconstance.

Damon.

Vostre œil me peut rendre vn escueil Encontre les vagues du change.

Panopee.

le croiray plustost de mon œil, Mon miroir que vostre louange.

Damon.

Las ! ie perds en vain mes accents, Pleurs, et responses, et demandes :

Panopee.

Quand vous perdriez encor le sens, Vos pertes ne seroyent pas grandes.

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