I . Péris. Employé au passif au lieu du neutre
^04 ŒVVRES POÉTICLVES
Vantez-vous que de grâce, et non pas par enuie, Le Ciel voyant le sort attenter à leur vie, Pour courre leur fortune a voulu vous choisir : Dressez-en vn trophée au Temple de Mémoire, Et que vostre péril se conuertisse en gloire. Ainsi que vostre peur s'e-st changée en plaisir.
La France en cependant payra la digne offrande Des vœux que le deuoir sans parler luy demande, Pour tesmoings éternels de son iuste soucy, Faisant grauer ces vers aux bases de l'ouurage : » Pour 1 Empire François guaranty du naufrage, X Que tout vœu se prosterne aux pieds de cestuy-cy.
DV CONTENTEMENT QVE l'on reçoit seruant vne beauté.
STANCES
Mon Esprit honoré de vostre obéïssance, Ne doit point se douloir de sa captiuité : Vostre seruice estoit la fin de ma naissance, Et la fin d'vn chacun est la félicité :
Mon ame est de vos laqs si doucement pressée, Qu'il n'est point de tourment que ie n'y trouue doux : Et ne m'estime heureux que lors que ma pensée, Me rauit hors de moy, pour aller viure en vous.
Aussi la Beauté mesme en vous seule reserre, Pour la gloire d'Amour, les délices des Dieux : Mon ame vit en moy comme Ton vit en terre. Mais elle vit en vous comme l'on vit es Cieux.
C'est pourquoy bénissant la cause de ma prise, Et l'heure oii me perdant ie cessay d'estre mien, le ne regrette point ma première franchise. Puis que ma seruitude est ma gloire et mon bien.
DE M. BERTAVT. $0<)
A qui dois-ie plustost consacrer mon seruice, Qu'à ce diuin Esprit de grâces reuestu; Dont le seruage apprend à mespriser le vice, Et qu'on ne peut l'aymer qu'en aymant la vertu.
le vante ma desfaite ainsi qu'vne victoire, Quand ie voy ce bel Œil, cet Astre de mon heur, Dédaigner tous les cœurs immolez à sa gloire, S'ils ne luy sont offerts sur l'Autel de l'honneur.
l'en adore la grâce immortelle et mortelle. Qui rend d'vn seul regard mille esprits enchantez, Et fors qu'en vn miroir dont la glace est fidelle, Ne voit rien en ce Monde approcher ses Beautez.
Puis ie dis tout rauy, c'est en vain que i'espere Les loyers proposez aux désirs d'vn amant : Il ne faut reputer ma peine pour salaire, Et penser que le fruict s'en recueille en semant.
L'honneur de la seruir paye assez mes seruices, Si les contentements que la gloire produict Méritent qu'on préfère aux plus rares délices La peine et les trauaux dont l'honneur est le fruict.
Et bien suis-ie honoré de vous seruir, Madame, Esclaue de ces mains dont la Beauté me prit, Puisque ie suis vn corps de qui vous estes l'Ame : Et que le corps s'honore en seruant à l'Esprit.
Mais que dis-ie, ô Beauté, que Venus mesme enuie. Vous n'estes point mon Ame, et ie m'en vante à tort : L'Ame chérit le corps et luy donne la vie. Et vous par vos rigueurs vous me donnez la mort.
le faux, il paroist bien que par vous ie respire, Mais comme en vn flambeau que l'on renuerse en bas : La cire esteint le feu, bien qu'il viue de cire, Ainsi de vous me vient la vie et le trespas.
Or, faictes que ie meure, ou faictes que ie viue, lamais vostre Beauté ne mourra dedans moy. Mon cœur ne peut changer pour change qui m'arriue. Le Sort n'a point d'Empire à l'endroit de ma foy.
506 ŒVVRES POÉTIQ^VES
Si ic vy conserué par l'heur de vostre grâce, Vous m'entendrez chanter vostre iuste pitié : Si par vostre rigueur l'Acheron i'outrepasse, Mourant i'orray vanter ma constante amitié.
Bien voudrois-ie (et mes vœux soient exempts de blasphème Oiiir plustost vanter après tant de tourment, Vostre iuste pitié que ma fermeté mesme : ^'
Et plustost viure heureux, que mourir constamment.
Aussi verray-ie point qu'à la fm il vous plaise Desarmer vostre sein de sa dure rigueur. Et permettre en m'aymant qu'il saute de ma braise Quelque ardente estincelle en vostre ieune cœur.
Si tant d'heur m'arriuoit, vne secrette gloire. De mes trauaux passez adouciroit le fiel, Et mon Esprit alors auroit sujet de croire. Qu'il se boit du Nectar ailleurs que dans le Ciel.
Maisquoy! c'est souhaiter d'vne ardeur impudente. Ce qu'à peine les Dieux oseroient désirer, , Et ne cognoistre pas qu'il faut en ceste attente, Mériter dauantage ou bien moins espérer.
C'est bien assez que Dieu, d'vn œil doux et propice. Regarde la victime, et le cœur qui se plaint, Sans que bruslant encore au feu du sacrifice, Mesme offrande consume et l'offrande et le Saint.
Aussi (mon doux espoir) tout ce que ie demande. Lors que de mes souhaits i'importune les Dieux : C'est que mon cœur ardant soit trouué digne offrande. De vous sa viue idole, et du feu de vos yeux.
Encore est-ce vn souhait impossible en nature : Car pour offrir vn cœur aux flammes de vostre œil, Digne de sa lumière et si saincte et si pure, Il faudroit vn Phœnix comme vous vn Soleil.
DE M. Bertavt. 507
STANCES
Non, ie n'ignore plus que vers ce beau visage, Nul n'y va curieux, qui n'en reuienne Aman Maudit soit le sçauoir puis que l'apprentissage
A mon cœur embrazé couste si chèrement.
Mais pourquoy dis-ie mal de ceste cognoissance. Qui douce a mon tourment en gloire conuerty? L'Amour ne me doit pas pardonner ceste offence, Si ie ne me repens de m'estre repenty.
C'est ores, mais trop tard, que mes peines secrettes, Démentent en effect tant de vaines raisons, Puis que tous ses regards sont autant de conquestes, Et que tous mes efforts sont autant de prisons.
le iuray vainement de me pouuoir défendre, Et tasche encor en vain de me pouuoir sauuer : Car elle a trop bien sceu le moyen de me prendre, Pour ignorer celuy de me bien conseruer.
Maintenant ie promets de respandre à ma flame, Vn déluge de pleurs, ne pouuant faire mieux. Et si ie suis menteur au despens de mon ame, le seray véritable aux despens de mes yeux.
Que donc le chastiment soit digne de l'offence. Mes yeux, pleurez beaucoup, vous auez beaucoup veu, Et maintenant dans l'eau faictes la pénitence, Puis que vous auez faict le péché dans le feu.