‹ Œuvres poétiquesChapitre 33 sur 226 · CANTIQVE SVR LA NAISSANCE DE NOSTRE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

CANTIQVE SVR LA NAISSANCE DE NOSTRE SEIGNEUR

OIT que de vostre corps vous viuiez déchargez, Soit que dans la prison où Dieuvous a logez Le lien de la vie encore vous enserre, Esprits de qui sa grâce est l'espoir et l'appuy^ lettez des cris de ioye, et chantez qu'auiourd'huy La mort de vostre mort daigne naistre sur terre -.

' I . Ce cantique sur la naissance de Notre-Seigneur a été publié dans les Délices de la poésie française. (Cf. infra, p. 23 et ss., et Bibliographie.) Nous indiquerons quelques variantes.

2. Voilà un vers bien alambiqué et qui fait involontairement songer au

Belle Philis, on désespère

Alors qu'on espère toujours, qu'Alceste eût voulu mettre au cabinet.

2 ŒVVRES POÉTIQ^VES

Auiourd'huy le Monarque et Sauueur des humains Fait son entrée au monde, apportant en ses mains Les sainctes clefs du Ciel pour en ouurir les portes : Auiourd'huy le salut se présente aux perdus, Le remède aux blessez, la rançon aux vendus, La voye aux esgarez, la vie aux âmes mortes.

A' ce coup nostre chair est vnie à son Dieu, Et les extremitez conjointes sans milieu, Pour affranchir nostre ame à l'Enfer asseruie : A ce coup l'œuure mesme a produit son autheur, L'iniuste prisonnier son iuste Rédempteur, Et l'arhre de la mort le doux fruit de la vie'.

Le voicy qui desja souffrant pour le péché Plore dans vne creiche où foible il est couché^, Bien qu'il soit en puissance égal à Dieu son père ; Car pour n'esblouir point nos yeux de sa splendeur. Sous nostre petitesse il cache sa grandeur. Naissant non en sa gloire, ains en nostre misère.

Regardez quels effects d'ardente charité ! L'éternelle splendeur se vest d'obscurité. Afin que moins luysante elle nous illumine : ^ Dieu se fait fils de l'homme, et sur terre descend,

Afin qu'en la vertu de son sang innocent L'homme fait fils de Dieu sur les astres chemine.

Mortel, qui vois icy ton Sauueur nouueau né Gisant si pauurement, n'en sois point estonné : Ce n'est pas impuissance, il luy plaist ainsi naistre : Il a le mesme bras dont les cieux il voutoit, \ Car il ne cesse pas d'estre ce qu'il estoit.

Mais ce qu'il n'estoit point il commence de l'astre.

I . Bertaut recherche l'antithèse et en abuse. Il la développe symétriquement dans les deux hémistiches. Ce procédé se retrouve presque à chaque vers de cette pièce et dans son œuvre en général.

2 Vari :

Pleure dans une creiche.

DE M. Bertavt. j

Il commence d'estre homme, et reste tousiours Dieu, Cachant pour nostre bien dedans ce pauure lieu L'admirable grandeur de son pouuoir suprême : Et se rendant si foible, et demeurant si fort, Il vient homme impuissant pour endurer la mort. Et vient tout-puissant Dieu pour tuer la mort mesme.

Quel esprit peut comprendre et quelle voix chanter, Combien sa main voulant le péché surmonter, Faict voir icy d'effects d'admirable puissance? Fut-il onc vn miracle à cestuy-cy pareil, Où l'on voit vne Estoille enfanter vn Soleil, Vne Vierge accoucher, vn Dieu prendre naissance ?

Vn Dieu prendre naissance, et se rendre mortel, Ains se rendre victime, et s'offrir à l'autel, Afin de nous donner son propre sang à boire? Comme vn nouueau Decie au trespas s'auançant Pour le commun salut du monde périssant. Afin que de sa mort naisse nostre victoire?

0 Dieu, que tes bontez font d'estranges eflFects ! Et qu'ingrat est celuy qui de tant de bien-faits L'éternel souuenir dans son ame n'engraue ! Tu t'asseruis à l'homme afin de l'affranchir. Tu t'appauuris toy-mesme afin de l'enrichir, Par la mort de ton Fils rachetant ton esclaue.

Quel est nostre mérite, ô puissant Roy des Roys, Que tu viennes liurer aux douleurs de la Croix Ton Fils Dieu comme toy pour l'homme misérable? Vas-tu point préférant, par tfop grande amitié, A ta saincte iustice vne iniuste pitié, Condemnant l'innocent pour sauuer le coulpable?

Ah ! Seigneur ja n'auienne ! à iamais ta bonté, Conseruant de ses faits l'admirable beauté, Fera voir ta iustice vnie à ta clémence : Mais comme de tes loix tout, desordre est banny, Aussi sont tes conseils vn abysme infiny. Que ne sçauroit sonder nulle humaine prudence.

4 ŒVVRES POÉTIQ^VES

Bien semble-il conuenable aux loix de la raison', Que celuy qui nous vient affranchir de prison, Payant le prix fatal de la mortelle pomme. Soit ensemble homme et Dieu, qui pour nous endurant, Immortel puisse et doiue acquiter en mourant Ce que peut le seul Dieu, ce que doit le seul homme.

Pur Homme il ne sçauroit nos douleurs secourir : Dieu pur en subsistance il ne sçauroit mourir, Luy qui vient par sa mort donner vie à nostre ame : Et partant homme et Dieu ta main nous l'a donne : Comme vn Dieu tout-puissant d'vne Vierge il est né, Comme vn homme mortel il est né d'vne fame^.

0 ! bien-heureux enfant payeur de nos rançons. Puis que tu nais en vain si nous ne renaissons Eternels héritiers de ta saincte promesse, Prens mon cœur pour estable, et pour creiche ma foy, Me comblant de tant d'heur que de renaistre en moy. Afin que de nouueau moy-mesme ie renaisse.

CANTIQVE

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