En même temps que soy. Cf. Gloss., au mot Quant
14 ŒVVRESPOÉTICLVES
Ny pompe, ny grandeur, ny gloire, ny puissance Ne sçauroient destourner le glaiue de vengeance Pendant dessus son chef des mains de l'Eternel, De qui l'ineuitable et seuere iustice Fait qu'il est à toute heure en vn mesme supplice Tesmoin, iuge et bourreau, non moins que criminel.
Non, les fiers Aquilons de leur venteuse haleine Ne promènent pas mieux sur le dos d'vne plaine La paille rencontrée au champ du laboureur, Que Dieu le poursuiura sur le front de la terre, Si iamais son pouuoir luy déclarant la guerre Change sa patience en ardante fureur.
Puis quand viendra le iour, le iour espouuentable, Oii les peuples iugez par sa bouche équitable. Seront de leurs forfaits eux-mesrnes deceleurs : Alors le misérable enuoyé pour pasture Au feu qui sert là bas aux âmes de torture, Payra ses courts plaisirs d'éternelles douleurs.
Car le Seigneur est iuste autant que débonnaire. Et sa saincte équité paye à tous le salaire Que méritent leurs faits soient cogneus soient cachez : Encor que moins enclin aux peines qu'à la grâce Tous les iours sa bonté nos rnerites surpasse, Et iamais sa rigueur n'égale nos péchez.
CANTIQVË.
DONT L'argument est pris du xx. pseaume.
Les biensfaits que ta grâce espand sur nostre ROY, Seigneur, l'obligent bien à s'esiouïr en toy. Comme en l'vnique autheur de sa saincte allegressCj Car toy seul en ses maux as esté son supportj
DE M. Bertavt. 15
Et toy seul le sauuant l'as conduit dans le port Ou nul ne peut surgir s'il ne t'a pour adresse '.
La voix de sa requeste a le Ciel pénétré, Ses vœux sont exaucez, tu ne l'as point frustré Du bien que son désir attendoit de ta grâce : Ny n'as trompé l'espoir qu'il en auoit conçeu ^, Qu'autant que nostre esprit est doucement deceu Quand il voit que son heur ses attentes surpasse.
D'vn riche diadème où semble estinceler Le feu de mainte pierre, et la flamme egaller, Ta main a dés long temps sa teste enuironnee : Tu l'as ceint es combats de cent lauriers diuers. Et maintenant, Seigneur, pour l'heur del'vniuers Tu fais que sa couronne est de paix couronnée.
Au lieu de beaucoup d'ans à ses ans adioustez. Qui lui sont ardemment en nos vœux souhaittez, Tu lui semblés" promettre vne vie immortelle : Et pour l'extrême bien de voir sous sa grandeur Son Royaume fleurir plein de richesse et d'heur, L'honneur de maistriser la terre vniuerselle.
Nul tiltre n'embellit le renom glorieux D'vn magnanime Roy, iuste et victorieux. Qui ne rende son nom illustre et mémorable : Et semble que ta main tous ses faits bénissant Vueille monstrer en luy combien est fleurissant Le Prince à qui ton œil daigne estre fauorable.
Aussi, contre les maux dont il est tourmenté Son esprit recourt-il à ta seule bonté. Sans attendre d'ailleurs son salut ny sa gloire : » Elle seule es périls luy monstre ton secours :
î. Ici, adresse signifie guide. Cf. Gloss., au mot Adresse.
2. Ny n'as trompé. Ici, ni est mis pour et. Il y aurait là, d'après l'usage actuel, un pléonasme qui était admis au xvi« siècle. — Cf. Darmesteter et Hatzfeld, La littérature au XVI^ siècle ) p. 2d>^.
Œ V VRKS I^0ETIQ VES
Le remplit d'asseurance, et fait qu'il est tousiours Moins certain du combat, qu'il n est de la victoire.
Puisse éternellement, ainsi qu'il s'est promis, La force de son bras trouucr ses ennemis, Vn mont les cachast-il au fond de ses entrailles. Sans que rien les sauuant des traicts de son courroux Leur serue de laurier contre les rudes coups Des foudres dont sa main est armée es batailles.
Puisse-il les' voir vn iour en cendres conuertis, Du feu de ta fureur pesle-mesle engloutis. Et tous vifs deuorez des flammes de ton ire : Puisse-il voir le trespas sans pitié les faucher. Puis d'entre les mortels leur mémoire arracher, - Nul ne s'en souuenant sinon pour les maudire.
Car les meschans désirs dont ils sont possédez, Se sont contre ton nom ingrattement bandez : Et pour rendre ta gloire icy bas estouffee, Ont basty contre toy des desseins malheureux. Qui, ciomme mal fondez, tomberont dessur eux, Changeant en vn tombeau l'espoir de leur trophée.
0 Seigneur leue toy, reueille ta vertu. Faisant voir à nos yeux ton ennemy battu Ne sçauoir où fuir ^ les traicts de ta colère. Ne temporise plus, n'vse plus de mercy : Mais puis que le meschant dénient plus endurcy De te trouuer si doux, qu'il t'éprouue seuere.
Qu'il t'éprouue seuere, à fm que cependant Ta bonté dessus nous ses aelles estendant, Et mpnstrant que le soin de ton peuple la touche, Nousi t'adorions pour Roy de la terre et des cieux, Ayant incessamment tes faits deuant les yeux, Ton amour dans le cœur, et ton los en la bouche.