‹ Œuvres poétiquesChapitre 46 sur 226 · EN FORME DE CONFESSION · texte numérisé non relu

EN FORME DE CONFESSION

L'ennuy oui rend mes yeux si fertiles en larmes Durant le cours des maux dont ie suis oppressé, Ce n'est point, ô Seigneur, d'endurer ces allarmes, Mais de les mériter pour t'auoir offensé.

Ma faute, et non ma peine, est ce qui me tourmente : l'en souspire la cause ', et non pas les effects : Et battant ma poitrine, à par moy ie lamente Non les maux que i'endure, ains les maux que i'ay faicts .

Ah que ne puis-je dire au fort de mon angoisse Comme l'vn de tes Saincts disoit en sa langueur : Seigneur, fay pour le moins que mon ame cognoisse Pourquoy ta main me traitte auec tant de rigueur.

Helas tout au contraire, il faut qu'en mon supplice le crie, en me plaignant d'vn trop doux iugement, 0 Seigneur tu commets, tu commets iniustice Ne me punissant pas d'vn plus aspre tourment.

Car quel poinct de ta loy sert de règle à nostre ame, Que ton œil n'ait point veu ma fureur transgresser? Mon cœur s'en souuenant d'horreur presque se pasme De voir qu'vn peu de cendre ait tant peu t'offenser.

Ce cœur que ton esprit lauant par le Baptesme Daigna choisir pour temple et purger de péché, le I'ay donné pour siège à l'esprit de blasphème, Et de son vif autel ton portrait arraché.

De venimeux serpents l'en ay faict vn repaire, D'vn impudique feu i'ay bruslé ses paruis :

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