I . J'en déplore en soupirant la cause
30 ŒVVRES POÉTIQ^VES
Mis l'idole de Baal dedans son sanctuaire,
Et tout ses saincts vaisseaux prophanez et rauis.
l'ay faict mourir mon ame, encore qu'immortelle, Puis qu'ainsi comme on voit par la commune loy Qiie c'est la mort du corps qu'estre séparé d'elle, C'est aussi son trespas que de l'estre de toV.
D^ l'autheur du mensonge ayant suiuy l'eschole, l'ay mon précepteur mesme en cet art surmonté : L'orgueil m'a faict seruir à moy-mesme d'idole, Et l'enuie attrister des fruits de ta bonté.
L'Auarice enchantant mon cœur de son breuuage M'a faict suiure à clos yeux la Rapine sa sœur : L'Auarice a changé mes biens en mon seruage, M'en rendant possédé, plustost que possesseur.
l'ay veu souffrir le pauure, et vers son indigence Mon secours au besoin ne s'est point estendu : l'ay veu la calomnie opprimer l'innocence. Et n'ay pas d'vn seul mot son bon droit défendu.
Mais en vain, ô Seigneur, mes forfaits ie te conte, Tu les sçais, et leur nombre ainsi cogneu de toy. Pensant à ta bonté me fait rougir de honte, Pensant à ta rigueur me fait pallir d'effroy.
Aussi (las !) n'est-ce pas afin que tu les sçaches Qu'en me les reprochant d'horreur ie me remply : Mais ie te les découure afin que tu les caches, Et te les ramentoy pour t'en causer l'oubly.
Heur que i'espererois, si mes fautes nouuelles Te laissoient effacer les vieilles de ton cœur : Mais comment (mes erreurs se rendant eterrtelles) N'en seroit pas tousiours la mémoire en vigueur?
Mon ame dés l'enfance aux péchez asseruie. T'irrite si souuent de l'œuure et du penser, Et tant d'iniquitez accompagnent ma vie, Qu'on peut dire, qu'en moy viure c'est t'offenser.
DE M. Bertavt. ^l
Et ie vy cependant, moy dont l'ingrate audace Deiiroit pour chastiment mille morts receuoir : Et j'ose cependant leuer encor la face \'ers les cieux qui, peut-estre, ont horreur de me voir.
0 Seigneur, que fais-tu, qui décoches ta foudre Sur le dos innocent de quelque vieux rocher, Que tu ne réduits point ce méchant cœur en poudre. Dont nul roch en durté ne sçauroit approcher?
Tu le peux iustement, mes crimes le méritent : Mais, ô souuerain luge, il me prend bien de voir Qu'à punir les forfaits dont nos âmes t'irritent, Ton vouloir ne va pas égalant ton pouuoir.
CANTIQyE SVR LA CONVERSION DV ROY
FAICT AU NOM ET PAR LE COMMANDEMENT DE FEU MADAME DE BOURBON \ 1\NTE DE SA