‹ Œuvres poétiquesChapitre 48 sur 226 · MAJESTÉ · texte numérisé non relu

MAJESTÉ

Ce qu'auec tant de vœux mon ame a désiré, Comme le seul remède à nos maux préparé. S'accomplit maintenant pour l'heur de cet Empire : Le Roy plante en son cœur la foy de ses ayeux. Et fait par ce sainct œuure espérer à nos yeux De voir finir le dueil dont l'Europe souspire.

Benist soit le Seigneur, nostre vnique support : Il ne veut plus souffrir que tousiours loin du port La nef de ce Royaume en la tempeste flotte : Bien monstre-il que ce coup n'est point vn œuure humain, Et que le cœur des Rois est vrayment en sa main, Comme le gouuernail en celle du pilote.

I . Madame de Bourbon, la sœur d'Antoine de Bourbon, roi de Béarn, père de Henri IV.

C'est \\iy seul qui touchant l'esprit d'vn si grand Roy, Quand moins on l'attcndoit, l'a fait venir à soy Par le chemin tracé du seul pas des fidclles. Signe que' c'est luy seul qui nous peut secourir Lors que pour nous sauuer du danger de périr, Inutile est l'effort des puissances mortelles.

0 que ce changement non preueu des mutins Changera désormais le cours de nos destins. Nous guidant au laurier par vne heureuse voye ! Non, ie n'oserois plus défendre à mes désirs L'espoir de voir nos maux se tourner en plaisirs, Et nos pleurs de tristesse en des larmes de joye.

Maintenant verrons nous le bras de l'Eternel ' S'armer pour nostre cause, et d'vn soin paternel Estendre sa faueur dessus nos entreprises. Les efforts ennemis de prétexte manquer. Et l'orgueil Espagnol ne sçauoir plus masquer D'aucun fard de raison ses iniustes feintises.

Car que diras-tu plus insolente Enyon^, Ce prince ayant quitté l'aueugle opinion Receuë es tendres ans de sa jeune ignorance. Que seule tu disois oster à sa valeur Le bien que luy donnoient en despit du malheur Les droits de la Nature, et les loix de la France?

Maintenant c'est vn Roy de tout poinct accomply, Qui dans vn cœur Royal de vaillance remply Ne va plus rien logeant que des grâces Royales : Et qui pour son Royaume auroit tout l'vniuers. Si la main qui le ceint de lauriers tousiours verds Rendoit à sa valeur ses conquestes égales.

Ah ! que mon triste cœur iustement souspiroit. Quand loin du droit chemin son ame s'égaroit Apres l'illusion qu'elle a trente ans suiuie. Par l'ombre de la mort laissant errer ses pas

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