I. Pour la règle du comparatif et du superlatif, cf
68 ŒVVRES POÉTIQ VES
Monstrans que Dieu reçoit et bénit leurs prémices :
De mesme, sa vertu produisoit des effects
D'homme entier et parfaict en ses ans imparfaits,
Démentans les tcsmoins de son tendre et bas âge,
Et prouuans qu'il seroit d'inuincible courage,
Soit à la volupté, dédaignant ses appas;
Soit aux périls futurs, méprisant le trespas;
Soit à ses passions, leur taisant résistance;
Soit aux malheurs humains, estant plein de constance,
Car autant que son cœur deuant Dieu s'abaissoit,
Et que dessous ses loix en crainte il flechissoit,
Autant s'esleuoit-il, d'vn mépris magnanime.
Par dessus la fortune, et l'idolâtre estime
Des vanitez du monde, à qui sont adressez
Les plus ardants désirs des mortels insensez :
N'admirant que les faicts oii les mains nompareilles
De l'éternel Ouurier ont graué leurs merueilles :
N'ayant crainte de rien, sinon de l'offenser :
Et portant cet oracle escrit en son penser,
Que le Roy qui craint Dieu, le seruant sans se feindre,
Ne doit rien craindre au monde, et de tout se voit craindre
Ou celuy qui sa crainte en son ame n'empreint.
Se voit presque tout craindre, et de nul n'estre creint.
Muny de ce penser, comme de fortes armes Sur qui l'on auroit dit les puissans mots des charmes, Il brauoit les périls assaillans sa valeur. Et ceste ame tranquille au plus fort d'vn malheur Que donne à des enians leur humeur peu sensible, La vertu la donnoit à ce cœur inuincible : Le rendant desia tel que par l'art du pinceau Hercule est exprimé, lors qu'encor au berceau, Poursuiuy de lunon, les monstres il assomme, D'âge estant vn enfant, et de courage vn homme.
Il le fit bien paroistre à ces Princes mutins ', ^^ Qui faisans peu de cas de ses ans enfantins, ™
I . Le comte de Boulogne, le comte de Toulouse, le comte de Champagne et le duc de Bretagne.
DE M. Bertavt. 69
Et iugeans ses pensers pareils à ses années,
Troubloient tout son estât de rebelles menées,
Munissoient contre luy ses villes et ses forts,
Jusqu'à son sceptre mesme estendans leurs efforts,
Quand pour guarir ce mal par vn mal nécessaire
Auant qu'en voir tourner la playe en un vlcere.
Le coutelas au poing, il preuint leurs assaux
Et brauant leur manda, que comme ses vassaux
Ils vinssent desarmez luy rendre obéissance,
9)u bien comme ennemis combattre sa puissance :
Qu'il estoit leur vray Roy, s'ils estoient vrais François :
Que d'vne main armée il offroit à leur choix
La vengeance et l'oubly de leur faute commise.
Et des maux qui suiuoient leur rebelle entreprise :
Que l'vn auec la force estant en son pouuoir,
Et l'autre dépendant de leur iuste deuoir.
Si leur aueugle esprit de l'vn ne faisoit conte,
ils trouueroient en l'autre et leur mort et leur honte.
Que peut vn braue mot de la bouche d'vn Roy ! Ze propos leur versa dans l'ame vn tel effroy, ^'encor que le glaçon d'vne prudente crainte Ve rendist pas deslors leur frenaisie estainte : M la vit-on depuis tous les iours s'amortir : It sa flamme en fumée en fm se conuertir : lux, de qui la fureur songeoit des diadèmes, ^eur cause abandonner, s'abandonner eux-mesmes : ^e desunir d'ensemble, et l'vn espouuanté, Chassant le vain espoir qui l'auoit enchanté, De bonne heure appliquer au mal de son offense, ^our remède asseuré, la royale clémence : ^es autres redoutans l'inclémence des loix, Uler chercher secours en la main des Anglois : Colorer leur forfait de seruiles excuses : Vrmer d'vn foible effort leurs imprudentes ruses : 4ais en fm, ces moyens croissans leur deshonneur, \.utant que de bon droit dépourueus de bon-heur, lechercher et trouuer en la bonté Royale ^e que mérite mal vne ame desloyale.
yo ŒVVKKS POKTICLVES
Quel ciicct de valeur, quel mépris des dangers Ce Prince fit-il voir aux peuples estrangers Sur la claire Charante es plaines Saintongeoises, Quand la Marche rebelle et les forces Angloises • prirent encontre Juy, sous leurs fiers estendarts, Marcher tant de forests de lances et de dards?
La France et l'Angleterre au combat animées Auoient sur la Saintonge épandu leurs armées : D'icy les traits PVancois s'élancoient dedans l'air, Et de là les Anglois se hastoient de voler : La Charante opposant, ainsi que deux barrières, Ses flots à la fureur de leurs bandes guerrières K
Ce fleuue joint ses bords couronnez de rouzeaux Par vn pont cheminant au trauers de ses eaux. Dont la perte ou le gain sembloit, outre la gloire, Promettre ou refuser le prix de la victoire. L' Anglois fauorisé d'vne superbe tour Fièrement régentant les plaines d'alentour S'en estoit rendu maistre, et desjà plein de joye A la palme asseuree alloit par ceste voye : Quand le Roy le premier sur le pont s'eslançant, Et d'vn bras inuaincu Tennemy repoussant, Surmonte en ce combat la mémoire d'Horace - : i De morts et de blessez paue toute la place : Rend le courage aux siens de peur desja blesmis : Arreste la victoire allant aux ennemis ; Et comme si c'estoit vne viue muraille Soustient presque tout seul le faix de la bataille, Seruant d'vnique butte à mille et mille traits Que le combat luy lance et de loin et de prés, Cependant que son camp imitant son courage Gaigne auecques le fer le reste du passage.
1 . Allusion aux batailles de Taillebourg et de Saintes, où Louis IX battit, en 1242, les troupes de Henri III-d'Angleterre.