Horatius Codés
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L'ennemy s'estonnant d'vn trait si«valeureux, Préuoit bien que ce iour luy sera malheureux : Se sent de restomach toute audace rauie : Ne pense plus à vaincre, ains à sauuer sa vie : Le Roy poursuit sa pointe, et d'vn cœur indonté Charge auec tous les siens ce camp espouuanté : Y iette le desordre, en destruit la conduitte : Met les vaillans à mort, et les lasches en fuitte : Bref, pour n'estre point plus à conter qu'il vainquit Que son bras fut à vaincre, en peu d'heure il conquit La palme toute entière à l'Anglois arrachée. Du sang de ses guerriers ou point ou peu tachée.
Mais comme par l'eftort de l'extrême vertu Dont aux yeux de la France il auoit combattu Sa valeur en vainquant fist reluire sa gloire, Sa bonté se fist voir vsant de la victoire. Car de deux ennemis contre luy conmrez Qui s'estoient, en fuyant, du combat retirez, Et qu'ainsi que l'esclat d'vn grand coup de tonnerre Ceste sanglante attainte abbattit contre terre, L'vn (Roy du peuple Anglois) à bon droit estonné D'estre, au lieu d'vn laurier, d'vn cyprès couronné, N'eut pas si tost requis qu'en calmant cet orage Vne tresue sauuast les ais de son naufrage, Ny l'autre demandé la paix et le pardon ', D'auoir de ceste guerre allumé le brandon; Que ce généreux Roy tirant soudain la bride Au courroux qui rendoit sa victoire hom.icide, N'accordast tous les deux, bien que jeune et vainqueur, Et qu'vn clément oubly n'effaçast de son cœur Le crime du poison que la haine et l'enuie Auoient en leur fureur brassé contre sa vie.
Qui pourroit raconter, qui pourroit taire aussi Les illustres vertus dont son los éclaircy
I . Cet autre est sans doute Hugues de Lusignan, comte de La Marche.
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Fist par tout l'vnincrs resplendir sa lumière, Apres que les brouillas de la saison première Furent tous dissipez par les rayons Juisans Qu'épandit ce bel astre en l'Esté de ses ans, Lors que voyant la paix florir dedans sa terre, Aux vices de son règne il dénonça la guerre?
Les glorieux effects de ses rares Vertus Sans quelque impieté ne sçauroient estre teus. Bien que sans amoindrir le prix de son mérite Sa vie auec mes vers ne puisse estre descrite. Sa vie est vne image où les traits des plus saints Des plus sainctes Vertus sont viuement dépaints : Et comme d'égaler vn si rare exemplaire Le désir est louable, et l'espoir téméraire. Autant inimitable en estant la beauté Qu'on en voit le patron digne d'estre imité; Aussi vouloir au vif ses merueilles dépeindre. C'est plus haut aspirer qu'on ne scauroit atteindre. Et se mettre au hazard, comme vn mauuais sonneur, D'acquérir de la honte en chantant son honneur.
Ses beaux faits sont écrits es Annales célestes, L'Asie où s'estendit la grandeur de ses gestes, Memphis que sa valeur souloit espouuanter, Sont encor entendus sa mémoire vanter ^ : Et là le fameux nom du grand Loys neufiesme N'est plus le nom d'vn homme, ains de la Vertu mesme.
L'honneur, l'intégrité, la constance, et la Foy, Ne régnèrent iamais dedans Tame d'vn Roy Plus saint, plus craignant Dieu, plus abhorrant le vice Qui paroist le seruir, et destruit son seruice : Plus désireux de voir le seul bien se priser : La puissance du Christ l'vniuers maistriser : Et sur l'idolâtrie à iamais estoufee Dresser vn triomphant et glorieux trophée.
I . Sont encore entendus, latinisme ; adhuc audiuntur : on 1 es entend encore.
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Brusiant de ce desir il planta par deux fois Sur les bords Africains l'estendart de la Croix : Donna sa vie en proye aux hazards de la guerre : Tenta mille dangers et par mer et par terre : Alla chercher la mort, et trouuer la prison En des terres sans foy, sans pitié, sans raison. Où ce luy fut régner et gaigner la victoire, Que de seruir à Christ, et mourir pour sa gloire.
Mais chanter les combats heureux et malheureux Acheuez outre mer par son bras valeureux : Le sac de Damiette, et le sanglant rauage Qu'il fisl de Sarrazins sur le double riuage ' De la mer et du Nil, jonchant trois fois ses bords De cheuaux infinis et de Barbares morts : Le grand siège du Caire, où la victoire acquise Se conuertit en dueil par l'ennuy de' sa prise : La saincte Majesté que du thrône des cieux Dieu fist descendre en terre et s'assoir en ses yeux. Quand deux Mahometans qui portoient leurs espees Du sang de leur Soudan encor toutes trempées, Le voulans massacrer, sentirent de leurs mains Secrettement tomber leurs poignards inhumains, Et choir sur le paué la menaçante audace De leur fureur meurtrière au regard de sa face : Son voyage en Libye -, où ce grand champion Fut encor à Carthage vn second Scipion : Le laurier qu'il gaigna sur les plaines de Tunes, Vaillamment couronnant sa vie et ses fortunes : Bref, tenter le récit de tant d'illustres faicts. Ce seroit vn dessein de qui le pesant faix Iroit trop surpassant les forces de mon ame : Et pour dignement tistre vne si grande trame. Il faudroit que la main d'vn plus diuin esprit Auec vn fil tout d'or cet ouurage entreprit.
1. Allusion à la première croisade de saint Louis (1248- 1252).