I . Fanant. Cf. Glossaire
DE M. Bertavt. 8l
Il ne la puisoit point dans vne autre fontaine
Qu'au surgeon éternel de son iuste domaine :
Détestant l'impitié des autres potentats
Qui pour dorer l'orgueil de leurs pompeux estats,
Accabloient leurs sujets de tributs tyranniques,
Et puis les consumans en festins magnifiques,
Et se rians de ceux qu'ils auoient deuorez,
Beuuoient sans nulle horreur en leurs vases dorez
Le misérable sang du chetif populaire,
Dont Dieu leur commettoit le soucy tutelaire.
Quel oubly, quel mespris des loix du Tout-puissant (Leur disoit ce Don Prince aigrement les tençant) Rend vostre oreille sourde au son de tant de plaintes? Inhumains, qui de sang ayant les âmes teintes, Mauuais pasteurs de peuple écorchez vos troupeaux. Pour changer en draps d'or leurs misérables peaux. Pensez-vous que le ciel qui hait la tyrannie Fauorise la vostre ou la laisse impunie? Non non, il destruira vostre iniuste pouuoir : Et faisant contre vous vbs sujets s'émouuoir, Ce courroux punisseur qui les règnes désole Vous rendra de grands Rois petits maistres d'escole. Brisera vostre sceptre orgueilleux de tributs. Vous en ostant l'vsage en haine de l'abus. Ou bien il maudira les cruels artifices Qu'inuentent vos flateurs pour nourrir vos délices, Et fera que vostre or fondant en vostre main, Plus vous deuorerez et plus vous aurez faim, Nouueaux Erisichthons qu'en fin la rage extrême Forcera de se rompre et déchirer soy-mesme. Donnant vn chastiment exemplaire et honteux A cet orgueil impie, à ce cœur impiteux Qui chargeant ses sujets d'insupportables sommes Ne tient ny Dieu pour Dieu, ny les hommes pour hommes, Mais où m'emporte ainsi hors du ton de ma voix Le récit des propos qu'à la honte des Rois Pressans lors de tributs leurs esclaues prouinces, Prononçoit en courroux ce Prince des bons Princes?
82 ŒVVRES POÉTIQVES
Reprenons, reprenons le fil de nostre chant : Laissons à part le vice, et plustost le cachant Que l'exposant au iour d'vne éternelle histoire, Retournons aux Vertus dont nous chantons la gloire.
0 qu'vn prince est heureux qui réglant son pouuoir Aux statuts que le ciel propose à son deuoir S'esioùist de bien faire, et tout sage et tout iuste
Ne s'estime régner que quand vrayment auguste Il a soin de son peuple, et paye en l'escoutant Ce que tout grand Monarque à Dieu va promettant Quand le manteau Royal, sous maints sacrez mystères. Entre les cris de ioye, et les vœux populaires, L'inuestit du pouuoir de qui sont mal vestus Ceux qui sont dénuez des plus rares vertus ! De tels Rois qui prenans la raison pour escorte Mesurent leur grandeur aux fruits qu'elle rapporte. Non à l'heur du pouuoir qui les rend florissans, Non aux peuples diuers sous leur ioug fléchissans, Estoit l'illustre Prince à qui dans ce cantique Nous payons ce qu'on doit à tout cœur héroïque '. Car ioiîissant en paix d'vn tranquille séjour, Il ne laissoit périr la clarté d'vn seul iour Sans donner audience, et d'vn sainct exercice Verser sur ses sujets les fruits de sa iustice : Regrettant en son ame, et tenant pour perdus Ceux que moins dignement il auoit despendus - : Certain que de l'œil mesme et de la mesme oreille Dont l'esprit d'vn grand Roy dessus ses peuples veille, En escoute la plainte, et iuste a soucy d'eux. Le Seigneur le regarde, et le ciel oit ses vœux : Que ce pompeux, illustre, et glorieux seruage Qu'on nomme Royauté, d'vn impropre langage, Ne se deust appeler, le nommant proprement, Qu'vn onéreux honneur, qu'vn serf commandement : Que les Rois furent faits pour les peuples du monde,' Non les peuples pour eux : et si la terre et l'onde
1 Inversion un peu forcée.