‹ Œuvres poétiquesChapitre 72 sur 226 · Dépensés · texte numérisé non relu

Dépensés

DE M. Bertavt. 8}

Adorent leur grandeur, des lois Tvnique appiiy : Que Toreille d'vn Roy n'est point vrayment à luy, Mais à la voix du peuple, et des âmes qui viucnt Sous Tenipire des loix que ses mains leur prescriuent : Bref, que d'vn Potentat plein de puissance et d'heur Le trauail est la gloire, et le soin la grandeur.

De tels enseignemens la vertu maternelle, Entre mille trauaux, Timbut dés la mammelle : Et luy qui les receut en son Royal esprit. Homme alloit pratiquant ce qu'enfant il apprit : Escoutant du plus vil la requeste et la plainte. Et sage préférant vne peine si sainte Au plus doux passe-temps que son cœur peust choisir Entre tant que la vie offroit à son désir.

Aussi de tous costez oyoit-on par la France Ses sujets benissans le iour de sa naissance. L'appeler leur vray père, et charger les autels De vœux luy souhaittans des siècles immortels : Comme si ce souhait consommant leur prière, Eust compris tous les vœux dont l'ame estcoustumierc D'importuner au ciel l'éternelle bonté, Luy demandant la paix, la riche liberté, La publique abondance, et tous les biens qu'Astree Fait germer dans le sein d'vne heureuse contrée.

Quels traits, quelles couleurs animans les discours, Pourront représenter aux Princes de nos iours, D'vn portrait que l'enuie elle mesme reuere. Geste intégrité d'ame à soy-mesme seuere Dont l'humble, et patiente, et constante douceur Ne s'est point veiie encor auoir de successeur, Ains que chacun remarque en ce cœur indomptable Comme admirable à tous, mais à nul imitable?

L'Europe (oià de tout temps le vice et la vertu Pour Tempire et la palme ont le plus combattu) ladis a veu des Rois cheminans sur les traces Des tyrans plus fameux, qui par fieres menaces, Et par tout ce qu'au monde 3 iamais inuenté

84 ŒVVRES POÉTIQVES

D'effroyable aux humains rhiimaine cruauté, Retenoient leurs sujets de reprendre leur vie, Bien qu'en estant l'audace ils en creussent ' l'enuie. Mais ce généreux Roy tousiours tousiours marchant Par la voye incognuë aux erres du meschant, N'en souloit retenir la publique licence Qu'nucG le iuste frein de sa seule innocence : Donnant si peu de prise aux plus aigres esprits. Et s'offençant si peu d'estre aigrement repris, Qu'il monstroit par effect, sa belle et Royale ame Ne se consumer point d'vne plus viue flame Que du désir de voir tous librement oser, Et nul ne le pouuoir iustement accuser.

Flateurs enuenimans les âmes par l'oreille. Pernicieuse engeance aux lierres pareille. Qui destruisant en fm ce que vous embrassez De repas si mortels les vices nourrissez, Qu'on voit bien peu d'esprits aimants l'heur misérable D'estre loué de vous, aimer rien de louable : Pestes de la vertu, faux masques de la foy. Vous estiez mal venus auprès de ce grand Roy, Qui fuyant le venin dont vos langues sont pleines. Et comme empoisonneurs de publiques fontaines Vous ayant en horreur, eust plustost souhaitté Qu'on l'eust repris à tort que laschement flatté : Tant vn cœur généreux qui des vices s'estrange Aymant le vray honneur, hait la fausse louange.

Qu'il sentoit son esprit doucement s'enchanter Du plaisir que l'histoire à l'ame fait gouster. Quand s'y mirant soy-mesme il s'estonnoit d'y lire Ce que l'on dit des Rois, et qu'on n'ose leur dire ! Qu'il estoit transporté de doux rauissemens Par les diuins discours des sacrez Testamens, Où d'vn si libéral et si iuste partage Dieu distribue aux siens le céleste héritage !

Page 1