I . Croître est ici employé activement
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Ce qu'on dit d'Alexandre honorant les beaux vers Dont les grâces d'Homère ont charmé Tvniuers, Se peut dire de luy reuerant les miracles De l'éternel Autheur qui parle en ces oracles : Il les tenoit enclos comme vn riche thresor Dans vn coffre odorant de cèdre et de fin or : Il les souloit nommer la fleur de ses délices, L'éguillon des Vertus, et la bride des vices. Que si le soin public luy laissoit du loisir, Il ne l'employoit point en vn plus doux plaisir Qu'en celuy que le fruit d'vne estude si sainte Fait sauourer aux cœurs où Dieu graue sa crainte.
Et bien paroissoit-il par les rares effets De Textréme vertu luisante en tous ses faits, Qu'en vn champ infécond, oij la peine est friuole, Ne tomboit pomt le grain de la saincte parole. Car si iamais esprit des vices s'éloigna. Si iamais entre nous belle ame accompagna D'vn cœur deuotieux vne accorte prudence. Contre l'iniuste effort défendit l'innocence, Mesprisa les plaisirs du vice s'approchans, Fut débonnaire aux bons et seuere aux méchans. Ce fut ce braue Prince, à qui plus est semblable Quiconque en ces Vertus se rend plus admirable.
Les Rois qui de son temps l'vnmers regissoient Le reuerans pour tel sa grandeur benissoient : Les affligez a'entre-eux l'élisoient pour refuge. Les puissans pour amy, les contendans pour iuge. Lors qu'il leur déplaisoit de disputer leurs droits Par la voye vsitee à la fureur des Rois, A qui les durs combats ensanglantans les plaines Tiennent le lieu d'arrest en des Cours souueraines : Ains qui contre Finiure à Finiure ont recours, Et par d'estranges loix recherchent tous les iours (Soit ou leur sceptre en guerre, ou leur terre vsurpee) La raison en la force, et la paix en Fespee.
Or, est-ce d'vn Monarque et si iuste et si bon Qu'est deriué le sang des Princes de Bourbon,
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Geste illustre famille, aux Vertus si bien née, Qui depuis deux cens ans de lauriers couronnée, Leuant plus haut son chef le ceint à ccste fois Du diadème d'or de l'Empire François.
Celuy qui d'vn conseil que nul homme ne sonde Establit ou fait choir tous les thrônes du monde. En vueille iusqu'au ciel la grandeur eleuer. Et d'vn soin paternel d'en-haut luy conseruer Autant heureusement ceste saincte couronne Que le droit successif iustement la luy donne : Sans que iamais les ans retournans en leurs ronds Puissent voir les destins en ceindre d'autres fronts. Et sa valeur manquer au sceptre de la France, Ou le sceptre François à sa rare vaillance.
Vn fils non supposé n'exprima iamais mieux Son père en sa démarche, en sa bouche, en ses yeux. Que ceste race auguste et vrayment légitime Fïïle d'vn si grand Prince, en ses grâces l'exprime. Car soit que le courage on en vueille admirer. Soit la constante foy qui l'a fait reuerer. Soit l'extrême bonté dont son ame estoit pleine. Les ruisseaux en vertus égalent leur fontaine.
Nous en soient pour témoins la vaillance et la foy Qu'on voit si clairement reluire en nostre Roy : Pour témoins les vertus des deux grandes Princesses Que ce tige Royal égale à deux Déesses : Et pour témoins encor celles dont sont ornez Quatre Princes fameux, vertueux et bien nez. Que la France regarde, au fort de ses tempestes. Comme astres de bon-heur rayonnans sur leurs testes. L'Europe en sçait les noms, et les cœurs valeureux D'vn magnanime Comte, et d'vn Duc généreux. Qui, comme deux Soleils, luisent entre les Princes, Sont cogneus pour leur gloire es estranges prouinces ^
I. Ce poëme a été écrit sous le règne de Henri IV, puisque Bertaut, un peu plus loin, fait allusion à la mort de
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Bon Roy, premier autheur d'vn si généreux sang, Qu'vne heureuse victoire assied au noble rang Où triomphans du monde à iamais trouuent place Ceux qui goustent le bien de voir Dieu face à face, Comba pour tes enfants contre l'iniuste effort D'vn Roy de qui l'audace estant hors de tout bord. Comble par les effects de ses cruelles armes Ce misérable Empire et de sang et de larmes. Ne vueille point souffrir que Finsolent orgueil Qui faisant de la France à la France vn cercueil, Auec tant de fureur la désole et saccage, Rauisse à tes neueux leur antique héritage. Et rende par la terre à iamais abolis Les fameux monumens du triomphe du Lis ; Mais impetre à leur règne ou des siècles plus calmes, Ou remplissant leurs mains de lauriers et de palmes, Fay que nul ennemy n'assaille leur vertu Qui ne voye à leurs pieds son orgueil abbatu, AÏÏn qu'à Taduenir les plus grands de la terre Les reuerent en paix et les craignent en guerre.
Henri III. Toutefois, il n'est pas très facile de préciser quels sont les personnages que le poëte, sans les nommer, évoque ici. — Selon nous, les « deux grandes princesses » sont Catherine de Navarre, sœur de Henri IV, et la duchesse de Montpensier. Les quatre princes fameux sont :
Henri (II), prince de Condé, père du Grand Condé, fils posthume de Henri (F*") de Condé. (Henri F'^, mort en 1588, était dit M. le Prince.)
Charles, comte de Soissons, frère de Henri F*" de Condé, et cousin germain de Henri IV.
Henri, duc de Montpensier.
Et enfin, un des ducs de Monbazon, Louis ou Hercule de Rohan.
En tout cas, le comte doit être le comte de Soissons, et le duc, le duc de Montpensier.
Il se pourrait aussi que Tune des deux grandes princesses fut Charlotte de Bourbon-Montpensier, d'abord abbesse de Jouarre, puis princesse d'Orange. Le prince, son époux, serait alors un de ceux qui, selon Bertaut,
Sont cogneus pour leur gloire es estranges provinces.
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C'est la faucur d'vn bien que tu peux obtenir De ce Bien souuerain d'où tout bien doit venir, Maintenant que sa grâce épandant sur ton ame Les rayons glorieux de ceste heureuse flame Par qui l'estre immortel dans l'esprit est infus, Rend ce que tu requiers garanty de refus. Obtiens-le donc, grand Roy, par tes sainctes prières : Fay couler dessus nous du Père des lumières Quelque rayon de grâce illuminant l'orreur De ces mortelles nuits de volontaire erreur, Où nous font égarer depuis quarante années. Des mers d'ambition les vagues mutinées : Auec si peu d'espoir d'en voir calmer les flots. Que ie croy (si le ciel touché de nos sanglots Quelque rare faueur au besoin ne nous preste) Qu'après maintes saisons, la cruelle tempeste Dont il plaist au destin ce Royaume assaillir. Et nous aura veus naistre, et nous verra vieillir.
0 toy qui ces fureurs déchaines ou captiues, Qui dépars les lauriers, qui dépars les oliues. Grand Dieu, l'vnique espoir de ces malheureux iours. Si nos maux sont encor au milieu de leurs cours. Et s'il est arresté par les décrets célestes, Qu'encor durent long temps ces orages funestes. Au moins en si peruerse et cruelle saison Garanty de méchef ceste auguste maison.
Et fay que les malheurs qui combattent sa gloire Seruent d'vn doux triomphe à son char de victoire, Ses plus fiers ennemis se renuersans à bas. Fameux par leur defaitte et non par leurs combats.
Ce sont vœux qu'vn désir secondé d'espérance Fait deuant tes autels auec toute la France, Certain qu'à la vertu de ce sang généreux Ta grâce a reserué par vn sort bien-heureux. L'honneur d'esteindre vn iour nostre flamme intestine, Ou qu'à nul des mortels ce bien ne se destine. Mais quand pour le respect du publique bon-heur le ne conceurois point ces vœux en son honneur,
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L'éternel souuenir des bien-faits que ma vie Reçoit de sa grandeur, iour et nuict me conuie A prier que ta main son tige bénissant, Rende ce Royal arbre à iamais florissant : Et que sous ses rameaux tous chargez de couronnes L'Europe dorme en paix, depuis les deux Colomnes Qui du grand fils d'Alcmene ont borné les destins, Jusqu'aux havres baignez par les flots Bysantins.
Car que peut receuoir d'vne ame libérale Vne basse fortune à mon mérite égale.
Que mon propre désir, de l'effect surmonté, N'ait point à pleines mains receu de sa bonté? Que ne doy-ie aux vertus de ce Prince inuincible Qui d'vn Dieu seul en France est l'image sensible? Ma langue n'en 'scauroit raconter les bien-faits. Sans les diminuer, et succomber au faix D'vne charge onéreuse à la mesme éloquence \ Et moins dire en parlant que ne dit mon silence. Le iuste Roy des Rois qui tient entre ses mains La recompense deuë aux mérites humains, En vueille en ma faueur les faueurs recognoistre, D'vn heur qui ne pouuant ny croistre ny décroistre. Monstre et tout ce C|ue l'homme au ciel peut demander, Et tout ce que le ciel peut à l'homme accorder : Sans qu'aucun autre bien iustement désirable Y reste à désirer que l'estre perdurable. Qu'il voye en paix fleurir son peuple obéissant. Et sous luy tous malheurs auorter en naissant : Que son nom seulement luy gaigne des trophées : Que d'infinis lauriers ses mains soient estofiees : Que tous ses ennemis de son ioug soient dontez : Et que le seul honneur de se voir surmontez Par le plus vaillant Roy qui vestit onc les armes. Décorant leur ruine en console les larmes.