‹ Œuvres poétiquesChapitre 75 sur 226 · Henri III · texte numérisé non relu

Henri III

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Lors que ie m'abysmois dans la fureur de Tonde : Que nul astre pour moy n'éclairoit plus au monde, Et que le fier destin m'estoit plus qu'inhumain : Ce fut luy le premier qui me tendant la main M'empescha de périr, força l'onde importune, Et reserua ma vie à plus douce fortune K

Tout le bien souhaittable à l'éternel repos Des hostes du tombeau puisse honorer ses os. Les œillets, et les lis^ non plus serrez d'espines. Mais ioints à des lauriers dont les viues racines Ne desseichent iamais, ombragent son cercueil. Pendant qu'il cueillira, loin de peine et de dueil, Dans le iardin des cieux les immortelles roses De toute éternité pour les Anges écloses. Car il m'a fait sentir au fort de mon ennuy Combien la courtoisie estoit parfaitte en luy. Voulant ceste belle ame, aux affligez propice. Que le salaire en moy precedast le seruice.

Mais s'il vit quelque Grand au milieu des mortels Que ie doiue honorer de temples et d'autels, Non chargez nuict et iour de sanglantes victimes. Mais de parlans tableaux 011 ses faits magnanimes yiuent en mille traits de merueilles remplis. C'est toy, vray parangon des Princes accomplis. Qui sage, et valeureux enrichis la mémoire Du sang de Montpensier d'vne éternelle gloire. Et de qui la vertu reluit si clairement Que l'heur d'estre vn grand Prince est ton moindre ornement.

Quel Dieu m'enrichira d'vne plume dorée, Afin qu'en cent papiers d'éternelle durée l'escriue la bonté qui conseilla ton cœur De forcer mon desastre, et vaincre sa rigueur Par le rare bienfait dont iuste et fauorable Tu t'es rendu ma vie à iamais redeuable?

1. Cf. plus bas la pièce à Mgr le cardinal de Bourbon, vers I 3 et suiv.

2. Lis. Pour ce que le lis environné d'espines estoit sa devise. {Note de l'auteur.)

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O généreux Esprit; ie crain que m'en taisant, Pour me voir sans espoir d'orner en bien-disant Geste extrême bonté d'vne louange égale, Tant elle part d'vne ame et grande et libérale : Si tost qu'il paroistra combien ie suis chargé Des nœuds où tes bien-faits me tiennent engagé, La marque d'vn ingrat sur mon front ne s'imprime, Et qu'en fin mon malheur ne me soit pour vn crime.

Car ce qu'en treize Estez des meilleurs de mes ans, Trompé du vain espoir qui paist les courtisans, l'auoy peu mériter par ma perseuerance Au seruice des Rois et des grands de la France Qui m'ont laissé sans fruit à leur suitte enuieillir, Ta grâce, en vn seul iour, me l'a fait recueillir De ceste heureuse main qui n'est accoustumee Qu'aux belles actions armée et désarmée. Et qui se plaist autant à semer des bien-faicts, Que d'austres à se uoir recueillir leurs effects.

C'est pourquoy ne pouuant par nulle humaine offrande M'acquitter d'vne debte et si iuste et si grande, Pour le moins ce que peut vn cœur recognoissant, le le paye à ton nom, ressentant, confessant. Publiant tes bien-faits, et iusqu'au bord de Gange Essayant de pousser le bruit de ta louange, Encor que ton Génie, au bien du tout voué, Gherche d'estre louable, et non d'estre loiié.

Aussi me monstreroy-ie auoir vne ame impie. Ou d'vn somme d'oubly laschement assoupie. Si sentant mon esprit deuoir à ta grandeur Plus qu'à nul que le monde enferme en sa rondeur, le ne faisois point voir ^, pour le moins de parolle. Que rien à mon penser la mémoire n'en voile : Et n'eternisois point, autant qu'il est en moy. Les Royales vertus qui florissent en toy :

r . Cette suppression du pronom personnel je est déjà très rare à cette époque.

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Afin de témoigner qu'vn si digne Mécène N'a point semé du bien dans vne ingrate arène, Puis que le petit champ d'où germe tout mon heur Luy produit pour le moins quelques roses d'honneur.

Bien sçay-ic que payant ce prix à ton mérite, En termes bas et lourds ma langue s'en acquitte : Mais vaincu des bien-faits dont tu m'as obligé, Faime mieux consentir au mal d'estre iugé Grossier en mon parler qu'ingrat en mon silence. Et plustost qu'au deuoir manquer à l'éloquence.

Vienne doncques ma fin à pas lents ou hastez, Et soient mes vers vn iour mesprisez ou vantez, Tandis que le destin rendra mon ame hostesse De ce logis mortel, ie te loiïeray sans cesse, Consacrant à ton nom les plus rares douceurs Du fruit que ie ramasse aux iardins des neuf Sœurs, Ainsi qu'à la plus belle et plus généreuse ame De qui iamais la parque ait deuidé la trame. Car le ne pense point qu'oncques la France ait veu D'esprit plus que le tien heureusement pourueu De ces nobles vertus et vrayment héroïques Qu'on souloit reuerer dans les âmes antiques : Ny ne croy point qu'au monde vn Prince soit vmant. Qui d'vn plus grand courage et plus haut s'éleuant, . Suiue, entre les erreurs du vain siècle oii nous sonimes. Ce qui rend les humains plus hommes et plus qu'hommes : Qui mieux scache, en fuyant les indignes plaisirs, Donner à la Raison le frein de ses désirs : Qui plein de viue Foy plus humblement encline Sa mortelle puissance aux pieds de la Diuine : Qui d'vn esprit modeste et remply de candeur, Monstrant sa courtoisie égale à sa grandeur, Plus d'ames tous les iours par ses charmes attire. Et sur elle s'acquière vn plus puissant empire : Qui brusle d'vn désir plus fidelle à son Roy : Qui mieux prouue aux esprits se fians en sa foy

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Que peut l'intégrité de prudence ennoblie ' : Qui ses propres bien-faits plus promptement oublie : Et qui daigne en son cœur plus long temps retenir Des seruices d'autruy le constant souuenir.

Il s'en voit que les soings de l'honneur aiguillonnent Qui vendans leurs bien-faits plustost qu'ils ne les donnent Veulent qu'à l'aduenir ceux qu'ils ont obligez Soient des arcs triomphaux à leur gloire érigez : Désirent qu'eiij, leurs fronts la mémoire s'en lise : En leur donnant du bien les priuent de franchise : Et par les vains honneurs demandez pour tribut Monstrans bien la vertu n'estre point le vray but Que regardent les traits des désirs qu'ils enfantent, Craignent de faire bien sans tesmoins qui le vantent, Comme aspirants plustost à l'honneur imparfait De sembler libéraux que de l'estre en effet. Mais ce cœur généreux qui se plaist à bien faire, Et qui, sans en attendre au monde autre salaire Que le bien-faire mesme, abhorre en obligeant D'en aller pour tribut de la gloire exigeant. Ce qu'il donne de grâce, il permet que l'on pense Qu'il le paye au mérite, ou baille en recompense. Dissimulant plustost et cachant la splendeur De ses illustres dons qu'en monstrant la grandeur. Comme si sa belle ame en courtoisie extrême, Croyoit en bien-faisant faire bien à soy-mesme.

Aussi rendant par là son mérite augmenté Fait-il tant plus fleurir l'honneur de sa bonté : Car lors que secourant les âmes oppressées Il satisfait aux vœux de ses belles pensées, Et l'estimant sans feinte à soy-mesme deuoir. N'en veut point de louange en payment receuoir. Il sait qu'elle est au ciel en lettres d'or escrite. Et moins il la désire, et plus il la mérite.

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