I . Au sens d'allégement
DE M. Bertavt. ioi
Ses malheureux moyens luy tenans lieu d'offence, Et sa seule rançon estant son innocence. D'espérer attendrir ces cœurs de diamant, Ou l acier de rigueur dont ils se vont armant, En vain et la prière et la plainte l'essaye : Leur fierté qui sçait bien que sa proye est sa paye, Est sourde à tous propos de grâce et d'amitié, Et leurs âmes n'ont point d'oreilles de pitié.
Les maux qu'ils font souffrir aux misérables terres Où les va conduisant la fureur de ces guerres : Les larmes du pauure homme eschapé de leurs mains : Les vieillards tous meurtris de leurs coups inhumains : La cendre des maisons par leur rage embrasées : Les bourgades d'autour d'habitans épuisées : Les cris, l'horreur, l'effroy, qui marchent devant eux Par tout où s'en répand le torrent impiteux. Nous monstrent tous les iours combien nostre fortune Marche en félicité loin deuant la commune, D'auoir vn protecteur grand en toute vertu, Qui parmy tant de maux dont ce règne est battu, Estend si bien sur nous la grandeur de ses aelles, Qu'il n'en paruient icy que les seules nouuelles : Et qu'on ne sçauroit plus à nostre heur désirer D'autre bien que le bien de longuement durer.
Mais à qui des mortels sommes nous redeuables De tant d'heur qui nous suit en ces temps misérables? 0 Prince généreux, race de ce grand Roy Qui fut des Sarrazins la terreur et l'effroy, Prmce dont la vertu soy-mesme se surpasse, A vous seul après Dieu nous deuons ceste grâce : Le seul respect qu'on porte au nom que vous portez Rend loin de nostre chef ces malheurs écartez : Et le soin que de nous vostre esprit daigne prendre. Fait qu'icy le repos du ciel daigne descendre : Que ce lieu sert d'Asyle aux pauvres affligez Fuyans de toutes parts de leurs bourgs saccagez : Qu'icy le laboureur, exempt de toute iniure, Exerce auec les champs son innocente vsure :
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Qu'en heureuse îranchise, et sans crainte de rien, Chacun y vit paisible et maistre de son bien : Bref, que sous vostre nom qui défend ceste terre. Nous possédons la paix au milieu de la guerre.
Aussi nul iour n'épand sa clarté sur nos yeux. Sans nous voir requérir que la bonté des cieux Vous conserue longs temps à la saincte espérance, Non de nous seulement mais de toute la France : Qu'vn renom perdurable et sans cesse viuant. Aille dans le Soleil vostre nom escriuant : Que les siècles futurs admirans vostre gloire, Auecques reuerence en baisent la mémoire : Que cent lauriers vainqueurs, verds en toute saison, Ceignent de toutes parts vostre illustre maison : Que le sceptre François iamais ne s'en retire, Mais qu'il joigne à ses Fleurs la pomme de l'Empire : Que Dieu vous assistant d'vn heur presque fatal Soit de vos ennemis l'ennemy capital :
Que son bras estendu sous vostre joug les donte : Que la mémoire en meure, ou viue pour sa honte : Que le plus grand malheur qui vous puisse arriver, Ce soit de ne pouuoir en viuant esprouuer De malheur qui suffise à rendre tesmoignage Combien plus qu'aucun mal est grand vostre courage : Bref, que si iamais Prince a vescu comblé d'heur. De pouuoir, de repos, de gloire et de grandeur. Soit es siècles passez ou soit au cours du nostre. Son bon-heur n'ait esté qu'vne image du vostre.
Ainsi disent les vœux, ainsi dit l'oraison Que pour vous, Prince illustre, et pour vostre maison, Nous enuoyons au ciel et de cœur et de bouche. Soit que le iour se leue ou soit qu'il se recouche : Ces costaux, ces vallons, ces plaines et ces bois Font la mesme requeste en leur muette voix.