DE M. BERTA VT. I 1 I
Dessus vostre vertu : c'est assez maintenant Si par art et conseil vos troupes ordonnant Vous rendez au péril leur vaillance allumée, Et seruez comme d'ame au corps de vostre armée : De la mesme façon qu'Archimede animoit Ses machines de guerre, au temps qu'il en armoit Contre le camp Romain les murs de Syracuse, Luy seul estant la vie en leurs membres infuse. Et lançant par leurs bras contre les assaillans Tant de traits et de dards le peuple esmerueillans, Qu'il sembloit d'vne force et vertu plus qu'humaine Combattre luy tout seul la puissance Romame.
Ainsi sans plus courir oii l'audace du fer Pourroit de vostre vie à son gré triompher, Deuez-vous désormais par la seule prudence Faire à vos ennemis sentir vostre présence : Vous contentant de voir l'esprit de vos desseins En mille lieux diuers mouuoir cent mille mains, Faire dessous vos loix trencher cent mille espees. Rendre des ennemis les forces dissipées : Et bref, de tant d'effects la cause estant en luy, V^aincre par sa conduite et par les mains d'autruy.
Sire, combatre ainsi, c'est combatre en Monarque, Pour laisser de ses faits vne éternelle marque : Non aller à clos yeux dans le sang se plonger Où règne peu de gloire, et beaucoup de danger. Il n'aduient pas tousiours que l'ame auantureuse Couronne ses desseins d'vne fin bien-heureuse : Et quand il aduiendroit, peu durable est l'honneur Qui doit toute sa gloire aux effets du bon-heur.
Donc par ceste vaillance aux trauaux endurcie Qui vous fait désirer d'estre nostre Decie, Vous iettant aux périls pour nous en preseruer. Et taschant de vous perdre afin de nous sauuer. Par l'ennuy dont nos maux rendent vostre ame attainte, Par le triste sujet de nostre sage crainte, Conseruez vostre vie en qui seule est compris Tout ce qu'on voit d'espoir consoler nos esprits.
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Ne la hazardcz plus au pcril volontaire : Obligez de ce bien la PVance vostre mère, Qui plorant vous en prie, et qu'on voit es combas Craindre plus vn malheur qui vous renuerse à bas, Que désirer le gain de cent fieres batailles, Sçachant bien vostre mort estre ses funérailles. Deliurez son esprit de ce mortel effroy : Octroyez au soucy qu'elle a d'vn si bon Roy, Que plus vostre valeur aux coups ne se hazarde. Mais se garde soy-mesme ainsi qu'elle nous garde. Souffrez qu'elle vous iure, en touchant vos autels, Que vous estes celuy d'entre tous les mortels Qui l'obligerez plus vous conseruant pour elle. Que n'ont fait d'autres Rois mourant pour sa querelle : Et cédez au désir de vos humbles vassaux Qui pensent, vous voyant courir à tant d'assaux. Voir es plus grands périls dont la guerre est suiuie Leurs femmes, leurs enfants, leur fortune, et leur vie,
Mais las ! à quel esprit sont ces vœux addressez ? Ou quel Dieu me promet qu'ils seront exaucez? Helas ! i'espans en vain ra voix de mes prières, Ce courage amoureux des bourrasques guerrières Nous a trop tesmoigné par des faits non pareils Que la valeur est sourde aux timides conseils : Et son ame inuaincue a trop monstre de croire Que qui chérit sa vie il mesprise sa gloire.
Que faut-il donc en fm promettre à nos esprits D'vn cœur qui tellement a la mort à mespris. Que le feu de sa ioye esclaire en son visage Quand il trouue vn péril égal à son courage? Smon que le malheur tant de fois mesprise Se sera peu vanter de l'auoir maistrisé, Changeant nos cris de ioye en complamtes mortelles^ Et nostre courte paix en guerres éternelles.
l'y pense auec horreur, et le dy souspirant, Mais quant à moy chetit, ie m'y vois ^ préparant :