DE RONSARD
vand l'esprit de Ronsard de son corps déuoilé, Comme venu du Ciel, au ciel fut reuolé,
La France qui pensoit que iamais ses année Ne verroient par la mort leurs courses terminées. Croyant que pour sa gloire ainsi l'auoient promis Et lupiter luy-mesme et les destins amis, Lors qu'autour du berceau qui receut son enfance
DE M. BERTAVT. 121
Les trois fatales sœurs chantèrent sa naissance, Et bnislant du laurier prédirent d'vn accord Que Tentant nouueau né surmonteroit la mort : Voyant ceste promesse aux vents s'en estre allée, Et la foy des destins sans raison violée, Constante elle ne peut ce malheur supporter, Ains alla toute en pleurs s'en plaindre à lupiter, Qui lors enuironné d'vne pompe diuine Banquetoit chez Tethis au fonds de la marine Dans le sein des grands flots qui d'vn pas ondoyant Vont auprès de Tollon * les Gaules costoyant : Séjour que de tout temps l'antique dieu Neree Chérit sur tous les Heux de la plaine azurée.
Là, sous les flots marins vn roch est éleué, Où, comme vne grand'sale, vn bel antre est caué, Qu'en obseruant les loix d'vn superbe édifice Il semble que Nature ait fait par artifice : Tant sa main imitant son propre imitateur
Y monstre et la richesse et Tesprit de Tautheur.
, Nymphes de l'Océan, déesses Nereïdes, Qui gouuernez Testât des Royaumes humides, Ne vous offensez point si ie vois en parlant De vos palais marins les thresors décelant. Et si i'expose au iour ce que le sein de Tonde Cache dans son abysme aux yeux de tout le monde.
Vn iour le grand pasteur des monstres de la mer. Qui se peut quand il veut soy-mesme transformer. Pendant que son troupeau ronfloit dessus la riue, Rauissoit mon oreille à ses mots attentiue, Racontant les beautez de ce roch merueilleux. Et les riches trésors dont il est orgueilleux. Car ce grand corps (dit-il) n'est qu'vne Opale entière. De qui Touurage encor a vaincu la matière, Tant d'animaux diuers, ny viuans, ny taillez,
Y semblent ou viuans ou par art émaillez,