I. L'édition de 1620 porte : s'enlançants
DE M. Bertavt. 123
Voicy la France entrer qui triste, se jettant Aux pieds de sa grandeuriuy dit en sanglottant : Père, Ronsard est mort : oi!i sont tant de promesses. Qu'appelant à tesmoins les Dieux et les Déesses, Tu me jurois vn iour par les eaux de là bas. Qu'il viuroit vne vie exempte du trespas? Certes quand le malheur qui me portoit enuie. Rendit mon grand François captif deuant Pauie : Et que les Espagnols de mon mal triomphans, Trempèrent l'Insubrie au sang de mçs enfans : Alors que de douleur profondement attainte. Prosternée à tes pieds ie te faisois ma plainte. Nymphe, ce me dis-tu, console tes douleurs : Ton Roy sera bientost vainqueur de ses malheurs : Mais il faut que le cours des fieres destinées Aille par ceste voye aux fins déterminées En l'éternel conseil de qui les sainctes loix Disposent à leur gré des sceptres et des Rois. Cependant pour monstrer qu'icy bas ie n'enuoye Nulle pure douleur ny nulle pure joye, Sçaches que ce mesme an qui maintenant escrit D'vn encre si sanglant son nom en ton esprit, Ce mesme an qui te semble à bon droit déplorable, Te sera quelque iour doucement mémorable. D'autant que dans le sein du terroir Vandomois, Auant que par le ciel se soient tournez sept mois, Vn enfant te naistra dont la plume diuine Egallera ta gloire à la gloire Latine, Et par qui les lauriers naissans au double mont ', Autant que ceux de Mars t'ombrageront le front ; le ne soufflay iamais du vent de mon haleine Tant de diuinité dedans vne ame humaine, Que i'en inspireray dedans la sienne alors Qu'elle sera coniointe aux membres de son corps : Afin que surmontant l'ignorance et l'enuie Il s'acquière en la terre vne immortelle vie : Et que les seules fins de ce grand vniuers