I. Le Parnasse et l'Hélicon
124 ŒVVKES POKTIQ^VES
Bornent aucc son nom la gloire de ses vers : Et pource ' appaise toy, consolant par l'attente De ce bien auenir l'infortune présente.
Ainsi flattant mon dueil et m'essuyant les yeux, Tu me disois alors, grand Monarque des cieux, Remarquant de Ronsard la future naissance : Et moy qui me repeu d'vne vaine espérance, l'accoisay- mes souspirs, en pensant qu'vn tel heur Me deuoit bien couster quelque amere douleur : Et qu'encor le destin m'estoit-il fauorable. Si pour tant de mes fils couchez morts sur le sable, Vn au moins me naissoit de qui l'estre diuin N'arriueroit iamais à la dernière fin.
Mais, à ce que ie voy, ceste douce promesse Qui ne tendoit alors qu'à tromper ma tristesse, A trompé du depuis mon espérance aussi : Car ce diuin ouurier, ma gloire et mon soucy, Priué des doux rayons de l'humaine lumière. Aussi bien comme vn autre est allé dans la bière, Et n'a pas moins payé pour passer Acheron, Que feroit estant mort vn simple vigneron.
Cependant i'esperois (et sans la mort cruelle, le croy que cet espoir m'auroit esté fidelle) Qu'il iroit couronnant d'vne si rare fin L'ouurage oii Francion ^ boit des ondes du Rhin, Que celuy qui d'Achille a sacré la mémoire, Le suiuroit d'aussi loin en immortelle gloire. Qu'il le précède en âge, et qu'il a surmonté Tout ce que iusqu'icy les François ont chanté.
Là ie me promettois de voir sa docte plume Vanger de ce vieillard qui tout ronge et consume,