Voir p. 97, vers
XVI Introduction littéraire.
personnages, et qu'ainsi le poète se trouve obligé, par la seule dédicace de l'œuvre, d'élever sa pensée, d'ennoblir son langage, pourtant le naturel n'en est pas facilement exclu. Quelle noble simplicité dans cette prière qu'adresse au Roi l'âme du duc de Joyeuse :
c'est pourquoy ie requiers pour ma gloire dernière
Qu'on t'apporte mon corps enfermé dans sa bière,
Afin que de tes mains recevant quelques fleurs
Et si ce n'est point trop, de tes yeux quelques pleurs.
Il en ressente l'aise en son cœur insensible
Et qu'il en dorme après d'un somme plus paisible.
Et le beau vers que celui où le monarque résume la pieuse affection qu'il garde à son ami défunt :
La mémoire des morts leur sert d'une autre vie.
Parfois même ce naturel devient presque du réalisme, et n'en produit qu'un effet plus vigoureux. Qu'on en juge par ces vers : Le roi Henri III est mort. Bertaut a pénétré dans la chambre funèbre, et il s'adresse à l'homme qui va enfermer dans la bière la royale dépouille :
G toy (lui dis-je alors d'vne voix triste et basse) Qui de la main céleste a receu ceste grâce D'enfermer au cercueil les os d'vn si grand roy, Pour Dieu ne veuille point enuier à ma foy L'honneur de t'assiste r en ce piteux office Que lui rend maintenant ton fidèle seruice. Permets moy de tenir le sapin que tu couds ; Que j'en touche les ais, que j'en touche les clous. Que ma tremblante main vn à vn te les donne...
Nous retrouvons ces mêmes qualités dans la
Introduction littéraire, xvii
pièce que Bertaut composa sur la mort de Calleryme (Gabrielle d'Estrées), et où il fait tour à tour parler le Roi et sa maîtresse.
Elle dit, la pauvre morte, à son royal amant qui lui survit :
Et quand d'autres beautez s'offriront devant toy Pour tenter ta constance et débaucher ta foy, Lorsque tu sentiras ton cœur prêt à se rendre Dis soudain à part toy, repensant à ma cendre : Les yeux de Calleryme en sa tombe enfermez Qui ne sont plus que terre et que j'ay tant aymez Deffendent sans parler cette erreur à mon âme.
Mais le Roi n'oubliera pas celle qui n'est plus ; il lui appartient encore , et comment désormais pourrait-il c( se renchaîner » aune autre femme,
Puisqu'il faut être à soy pour se pouuoir donner !
On sent encore le même souffle vigoureux dans ce vers, vraiment cornélien :
J'oste à bon droit la vie à qui m'oste l'honneur.
Dignes de Corneille aussi ces vers bien classiques :
Et vous Roys dont la gloire en nul temps ne se passe... ...C'est vostre propre sang, c'est ce sang généreux Qui prenant source en vous, et depuis tant d'années, D'un cours vainqueur du temps, vainqueur des destinées Coulé jusques à nous par deux ruisseaux diuers A donné tant de rois à ce grand uniuers.
L'hymne à saint Louis est riche de pensées fortes, de vers éloquents. « J'imagine, dit Nï- « sard^, que si, parfois, il arrivait à Malherbe